L'ECU, SA FIGURE, SES SUPPORTS
a s son s maintenant au type héraldique proprement dit. C'est ainsi qu'on nomme en sigil- ]T& lographie une représentation dans laquelle l'écu tient la principale place sur le champ du sceau ou l'occupe seul tout entière. D'abord droit, puis penché, l'écu reste semblable de figure au bouclier que portent les chevaliers, mais sa dimension est plus grande.
Écu droit. — Cette imagerie héraldique apparaît vers iig3. L'écu, à cette date, figure debout et seul dans le champ du sceau, dont il occupe la plus grande
TYPE HERALDIQUE
Fig. 25a.
D'après le sceau
de Henri de Ferrie res, 120S.
surface et presque toute la hauteur. Il a la forme
dite en cœur. A ce modèle appartiennent les sceaux
de Robert de Chartres, en i ig3, — de Henri d'Es-
touteville et de Henri de Ferrières,
en i2o5, — d'Eudes des Barres,
en 1210, — de Nicolas d'Estrées,
en 121 5, — de Thibaud de Ber-
ville, en 1218, — d'Ansel de Gour-
nay, en 122 1, — de Jean de Beaumont-sur-Oise, en 1237.
Mais avant d'atteindre cette
date extrême, la forme en cœur a
commencé de se modifier. Dans certains écus, le bord
supérieur a déjà perdu de sa convexité. Il s'est rapproché de la ligne droite, ses angles seuls restant arrondis. Les sceaux de Roger de Meulan, en 1204, — de Guillaume de Garlande, en 121 1, présentent ce changement d'une façon très sensible.
En 1227, Técu est devenu triangulaire, presque aussi large que haut, à angles émoussés, tels qu'on les voit dans les types de Gautier
de Chateron (fig. 254), en 1227, de Pierre de Canly,
en 123 1.
Puis, de 1254 à 1 291, le triangle s'allonge ; son
bord supérieur devient tout à fait droit et même un
Fig. 253.
D'après le sceau
de Guillaume de Garlande,
peu concave, à angles adjacents franchement accusés. Quelquefois ses bords latéraux sont presque droits comme sur le sceau de Nicolas de Pomponne, en 1254, ou comme au type de Sebran Chabot, en 126g. Mais leur forme ordinaire sera légèrement convexe, et ils conserveront par la suite cette courbure dont les types de Raoul Bouteiller de Senlis, en 1266, de
Fig. 254-
Fig. 255.
Fig. 256.
D'après le sceau
D'après le sceau
D'après le sceau
de Gautier de Chateron.
de Sebran Chabot,
de Raoul Bouteiller
de Senlis. 1260.
Simon du Châtel, en 1291, présentent des exemples très caractérisés.
Pendant cette dernière période, le goût des accessoires ornés commence à se faire sentir. On inscrit quelquefois Técu dans une rosace à lobes garnis de rinceaux. Les types de Maurice de Craon, sénéchal d'Anjou, en 1271, et de la sénéchaussée de Saintonge à La Rochelle, en 1273 (fig. 257), offrent les plus beaux spécimens de cette sorte d'ornementation.
On entoure ensuite Técu de motifs tirés de l'architecture de l'époque et dont l'ogive forme l'élément principal. Ce sont des trilobés ou des quadrilobes,
TYPE HERALDIQUE
tantôt simples, tantôt combinés avec un système de petits arcs ou d'angles sortants, décorés à l'intérieur
Fig. 257. — Sceau de la sénéchaussée de Saintonge à La Rochelle, 1273.
de festons, de feuillages, d'animaux, de figures emblématiques telles que celles des quatre évangélistes.
De plus, Técu est accompagné, vers 1344, de personnages naturels ou fantastiques, d'animaux, d'oiseaux, qui le soutiennent d'ordinaire, Fun à droite, l'autre à gauche.
Le sceau d'Humbert II, fils du dauphin Jean, en 1349, nous fournit un des plus riches exemples de ces nouvelles dispositions. L'écu est placé droit dans un quadrilobe. Deux hommes sauvages à cheval sur des griffons le supportent de chaque côté. Dans
Fig. 258.
Petit sceau d'Humbert II.
dauphin de Viennois, 1349.
2oS LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX
le lobe supérieur, un homme d'armes, l'épée à la main et tenant un bouclier, est assis sur un lion couché. Le lobe inférieur contient un masque humain de face, entre deux chimères.
Toutefois la composition du sceau n'exige pas toujours un encadrement architectural.
Perrennelle, vicomtesse de Thouars, en 1378, fait supporter son écu par deux lions au manteau échiqueté sur Tépaule et le suspend par la guiche, niicL c'est-à-dire la courroie, au cou d'une
de Perrennelle. '^jl^ • * j
vicomtesse de Thoua», a,gle> sans avoir recours a des orne- IJ' " ments accessoires. Il en est de même
pour le type de Charles d'Artois, en 1413 ; l'écu, supporté par deux béliers et surmonté d'un troisième, est posé sur un fond de rinceaux, sans encadrement.
Ecu penché. — Les écus dont il a été parlé jusqu'à présent sont droits, debout sur la pointe dans le champ du sceau. Vers le milieu du quatorzième siècle, la mode vint de les placer de biais, de les pencher, et de poser sur leur angle le plus élevé un heaume surmonté d'un cimier: en termes de blason, de les timbrer. On leur donna des supports, comme il vient d'être dit pour les sceaux droits, d'ordinaire au nombre de deux, l'un à droite, l'autre à gauche. D'autres fois la disposition n'en comporte qu'un seul, tandis que dans certains cas on a eu recours à des supports multiples.
TYPE HERALDIQUE 209
Dès le déclin du treizième siècle on a songé à soutenir Técu, mais les vrais supports héraldiques commencent, ainsi que nous l'avons déjà dit, vers 1344. On a demandé, pour remplir cet objet, des motifs à tous les règnes de la nature, au ciel, à la mythologie.
— Le ciel a donné les anges qui tiennent l'écu de France et ceux de beaucoup de dames. — La fable a prêté les centaures, les cerfs ailés, les licornes, le phénix, les griffons, les sirènes et les tritons.
— A la terre, on a pris l'homme dans ses différents états, depuis l'homme d'armes jusqu'à l'homme sauvage et, parmi les animaux : le bélier, la biche, le cheval, les chiens de diverses espèces, le léopard, le lion, que l'on a quelquefois coiffé d'un heaume ou recouvert d'un manteau armorié, des loups, des ours, des rats, des sangliers. Les arbres même ont fourni leurs branches, ou estocs. Dans le domaine des oiseaux, on a choisi l'aigle, le cygne, le héron; les aigles portent aussi quelquefois le manteau armorié, et les cygnes le heaume. On ne pouvait manquer d'emprunter à la mer le dauphin.
Les supports n'ont pas un rapport direct avec les
blasons, si ce n'est lorsqu'ils sont vêtus, mantelés ou
cravatés, dans lequel cas le manteau ou la cravate
répète les armoiries de l'écu ; mais ils se continuent
souvent dans les familles et, à ce titre, ils méritent
d'être étudiés.
Nous donnerons quelques exemples de support
unique, de supports doubles et de supports plus compliqués, en commençant par le support unique, plus ancien de quelques années que le composé.
Fig. 260.
D'après le sceau de Louis I,r,
duc d'Anjou, 1370.
Exemples de support unique :
Une aigle couronnée porte à son cou l'écu de Louis Ier, duc d'Anjou, en 1370.
L'écu de Marie, fille de Charles le Téméraire, en 1477, est soutenu par un ange. — L'archange saint Michel porte l'écu de Jean IV, duc de Bretagne, en i3gi.
Jean, duc de Berri, en i3q3, fait tenir son écu par un cygne coiffé d'un heaume.
Sur le sceau de Guillaume Cousinot, chambellan du roi, en 1473, une dame soutient d'une main l'écu et de l'autre le heaume. — Certaines dames, dans les types les plus anciens, semblent supporter elles-mêmes leur blason : Marguerite de Courcelles, en 1284, — Alix de Verdun, en i3ii, — Hélissent des Barres, femme de Guillaume de Thianges, en i3i6, appuient une main sur leur écu, et l'autre sur l'écu de leur mari. Charles, dauphin de Viennois, vers i355, fait soutenir
son écu par un dauphin.
Sur le sceau de Jean, fils d'Humbert PT, en 1294, un griffon porte à son cou l'écu au dauphin.
Fig. a6 1.
D'après
le sceau
de Florent
de Hainaut,
Les hommes d'armes en pied, à mi-corps, en buste, ont été très employés. L'écu de Florent de Hainaut, en 1283, est supporté par un guerrier debout. — Un homme d'armes à mi-corps tient Técu de Bertrand de Bricquebec, maréchal de France, en i325, — de Pierre de Tournebu, en i33(), — de Charles III, comte d'Alençon, en i356, — d'Olivier de Clisson, en 1397.
Un lion heaume, assis et souvent mantelé,
supporte les écus des comtes de Flandre, depuis Louis de Maie jusqu'à Charles le Téméraire. — C'est encore un lion heaume qui porte à son cou l'écu de Jean de Rodemack, en 1398, — de Jean IV, comte d'Alençon, en 1408, — de Guillaume de Dommartin, en 1425.
Dans le type de Marguerite de Pommiers, vicomtesse de Fronsac, en 1394, un oiseau à tête humaine soutient les deux écus de Pommiers et de Fronsac.
Fig. 262.
D'après le sceau
de Jean
de Rodemack,
Exemples de supports doubles. — Les supports doubles peuvent être semblables ou différents.
r Deux supports semblables. — Deux aigles. Bureau de la Rivière, chambellan du roi, en 1399; — Louis, duc d'Orléans, en 1401 ; — Dunois, en 1444.
— Les aigles sont mantelées sur le sceau de
Jean VII cTHarcourt, en 1410.
Deux anges supportent les armes de France dès
Charles VII ; — Técu de Jeanne, dame de Plasnes
et de la Mouche, en 1376.
Deux béliers. Charles d'Artois, en 141 3.
Fig. 263. — Scsau de Jean d'Orléans, comte d'Angoulême, 14 \5.
Deux biches. Arnoul d'Ordingen, en 143 1.
Deux centaures ailés tenant des instruments de musique.
Monseigneur de Saint -Dizier, queux de France,
en i36o.
Deux chevaux. Jean II, comte de Tancarville, en i366. Deux chiens. Jean de La Ferté, en 1391. — Charles
d'Artois, comte d'Eu, en 1468, emploie deux dogues;
— Guillaume, vicomte de Melun, en 1397, et
TYPE HERALDIQUE
Sacquet de Blaru, chambellan du roi, en 141 5,
deux lévriers.
Deux cygnes. Jean d'Orléans, comte d'Angoulême, en
1445 (fig. 263). — Ils sont montés chacun sur un
ours dans le type de Jean, duc de Berri, en i386. Deux dames ou damoiselles . Bertrand du Guesclin, en
i365; — Pierre de Brebant, amiral de France, en
1406; — Charles Ier, duc de Bourbon, en 1439;
— Hugues de Montmorency, chambellan du roi,
en 1482.
Deux dauphins. L'écu de Charles VI, sceau secret,
vers 1387; — Louis II, duc de Bourbon, en i3q3. Deux griffons. Olivier de Clisson, en 1387; — Philippe de Habarcq, Jacques de Luxembourg, tous
deux chambellans du roi, en 1482.
Deux hérons. Gilles d'Eclaibes, en
Deux hommes sauvages. Jean, vicomte
de Melun, chambellan de France,
en 1340; — Bouchard VII, comte
de Vendôme, en i368; — Jean VI,
comte d'Harcourt, en 1376; —
Jean de Bourbon, comte de la
Marche, en 1384; — deux hommes sauvages à
cheval sur deux lions supportent Técu de Gérard
de Harchies, en 1476. Deux sarra{ins. Jean Ier, comte d'Armagnac, en i343-
i36o; — Louis II, comte d'Etampes, en i38i.
Fig. 204.
D'après le sceau
de Jean de Bourbon,
comte de la Marche,
2i4 I-E COSTUME D'APRES LES SCEAUX
Deux léopards mantelés. Perrennelle, vicomtesse de Thouars, en 1378.
Deux licornes. Bertrand II, comte de Boulogne et d'Auvergne, en 1473.
Deux lions. Jean, comte de Dreux et de Braine, en 1287; — Charles, comte de la Marche, qui fut Charles le Bel, en \3ij; — Jean de Boulogne, comte de Montfort, en i35i; — Charles, duc de Normandie, plus tard Charles V, en i36o; — Guillaume de Penhoët, en i38i; — Jean -sans -Peur, en 1403 ; — Bureau de Dicy, échanson du roi, en 1404; — Louis de Chalon, prince d'Orange, en 1432; — Louis de Laval, chambellan du roi, en 1465 ; — François II, duc de Bretagne, en 1475. — Deux lions au manteau armorié et chargé d'une devise : Hugues de Gramont, en 1341. — Deux lions assis, coiffés d'un heaume cime d'une tête humaine à oreilles d'àne :
Arnaud-Amanieu d'Albret, en i368.
Deux loups. Amanieu de Pommiers, en
1374. Fig.*65.
Deux oiseaux (deux colombes?). Jean Bétas, dAmanieu
de Pommiers,
chambellan du roi, en 1401. ,374.
Deux ours. Louis de Bourbon, comte de Montpensier, dauphin d'Auvergne, en 1450.
Deux rats. Renaud de Velort, en 1449.
Deux sangliers couronnés. Arthur de. Bretagne, connétable de France, en 1435.
TYPE HÉRALDIQUE 2i5
Deux sirènes. Pierre, duc de Bourbon, en i352; —
Bernard VII, comte d'Armagnac, connétable de
France, vers 1408; — Philippe de Lévis, en 141 5;
— Bernard d'Armagnac, comte de la Marche,
en 1444.
20 Deux supports différents. — Une aigle et un lion.
Jean du Chastelier, en i38r.
Un cerf ailé et une licorne. Pierre de
Bourbon, comte de Clermont-en-
Beauvoisis, en 1462.
Un chien lévrier et un lion. Edouard Fig. 266.
Sceau de Jean.
de Bar, en 1407. du chastciier, i38i.
Une damoiselle et un lévrier. Girard de Cousance,
en 1398.
Une damoiselle et un griffon. L'amiral Louis de
Graville, en 1 514.
Une damoiselle et un homme sauvage. Guillaume de
Naillac, chambellan du roi, en i386.
Un estoc et un lévrier. Jeanne de Bourbon, comtesse
d'Auvergne et de Boulogne, en i5o2.
Un griffon et un lion. Gui de Blois, en 1367; —
Clément Rouhaut, vicomte de Thouars, en 1378 ; —
Charles de Trie, comte de Dammartin, en 1394. Un homme sauvage et une dame. Balthasar de Bélousac,
en i38o.
Un homme et une femme sauvages. Jean de Treze-
guidy, en i38i ; — Jean de Tiercent, en 1427. Un lion et une aigle. René d'Anjou, en 1429, 143 1.
Un lion et un homme sauvage. Hugues de Hames, chambellan du duc de Bourgogne, en 145 1 .
Un ours et un cygne. Jean, duc de Berri, en 1379.
Un phénix et un lion. Denis de Chailly, chambellan du roi, en 1436.
Une sirène et un dauphin. Henri, comte de Lùtzelstein, en i38i.
Une sirène et un triton. Guillaume Bodin, en i38i.
Exemples de supports multiples :
Trois anges. Isabelle de Ghistelles, vicomtesse de Meaux, en 141 8.
Fig. 267. — D'après le sceau de Jean, duc de Berri, vers 140S.
Quatre anges. Jacqueline de Béthune, vidamesse
d'Amiens, en 1422.
Trois damoiselles. Marie de Berri, femme de Jean I*r,
duc de Bourbon, vers 141 2.
Six ours. Jean, duc de Berri, vers 1408.
TYPE HERALDIQUE 217