‹ Le costume au moyen âge d'après les sceaux (volume 2)Chapitre 53 sur 77 · LE PALLIUM · texte numérisé non relu

LE PALLIUM

ux vêtements qui viennent d'être décrits, l'archevêque en ajoutait un autre tout particulier ^ qu'il passait par-dessus la chasuble dans les grandes solennités de l'Église. C'était le pallium, Tinsigne caractéristique des plus hautes fonctions archiépiscopales.

Le pallium consistait en une bande de laine blanche formant un cercle posé sur les épaules et dont les extrémités retombaient Tune devant la poitrine,

l'autre le long du dos, jusqu'au-dessous du bord de la chasuble. Cette bande, décorée devant et derrière de cinq croix rouges d'abord, puis noires, était cousue sur la chasuble ou fixée par des épingles d'or à têtes ornées de pierres fines, de jacinthes. Comme on le voit par cette description, le pallium archiépiscopal est déjà bien loin du manteau qui porte le même nom.

Réduit à l'état d'emblème, il semble plutôt dériver de la palla mérovingienne, qui comporte la même disposition et n'en diffère que par un peu plus de largeur.

Aux sous-diacres apostoliques appartenait le soin

Fig. 364.

D'après le sceau

d'Eudes Rigaud,

archevêque de Rouen, 1256.

VETEMENT SACERDOTAL

de veiller à sa fabrication. On employait à cet effet une laine provenant d'agneaux jumeaux sans tache, bénits le jour de sainte Agnès dans l'église de ce nom et envoyés ensuite dans un monastère où ils étaient nourris jusqu'au moment de la tonte. Après sa confection, le pallium était déposé dans la basilique du Vatican, la veille de Noël, sur le corps des apôtres saint Pierre et saint Paul, où il restait toute la nuit. Le lendemain on le livrait aux fonctionnaires préposés à la garde de cet insigne.

Les métropolitains devaient, dans les trois mois de leur consécration, faire la déclaration de leur foi et recevoir du saintsiège le pallium, sans lequel le prélat titulaire ne pouvait dédier des églises, consacrer des évoques, ordonner des prêtres ni même se nommer archevêque.

Le pallium ne se transmet pas, il suit l'archevêque dans la tombe.

Les sceaux offrent quatre variétés de pallium. Les deux plus anciennes appartiennent à deux types de Guillaume de Champagne, archevêque de Sens, en 1 169- 1 177. Dans l'une, les extrémités de l'insigne sont pâtées; dans l'autre elles se terminent en palette.

Fig. 365.

Guillaume de Champagne.

archevêque de Sens, 1 169- 11 77.

KJO

Aucune n'offre de traces de franges ni de pendeloques. Hugues de Toucy, archevêque de Sens, en 1 1 58, porte également un pallium pâté à ses extrémités.

Thibaud d'Amiens, archevêque de Rouen, en 1225, présente un exemple de la troisième variété. Sur le sceau du prélat, la partie retombante du pallium

s'élargit insensiblement à partir du tour d'épaules jusqu'à son extrémité, qui est munie d'une frange.

La quatrième variété se rencontre dans le type de Guillaume de Brosse, archevêque de Sens, en 1262. Ici le pallium conserve partout la même largeur. Il est garni d'une frange indispensable pour le faire tomber droit.

Je signalerai, en terminant, quelques exceptions. D'ordinaire on représente le pallium en étoffe unie, sans autre ornement que ses croisettes.

Toutefois celui de Gilles Aycelin, archevêque de Narbonne, en i3o6, est brodé de perles dans toute son étendue. Le pallium de Samson Mauvoisin, archevêque de Reims, en 1145, semble se trouver dans les mêmes conditions.

Les sceaux figurent en général ce vêtement formé d'une seule pièce. Et pourtant celui de Jean, archevêque d'Arles, en 1243 {fig. 36j\ parait fabriqué de

Fig. 366.

Guillaume de Brosse,

archevêque de Sens,

VETEMENT SACERDOTAL

parties distinctes, rattachées ensemble par un fermail composé d'une croix nimbée.

En principe le pallium appartient exclusivement au métropolitain. Néanmoins les papes ont accordé quelquefois à certains suffragants le droit de le revêtir. Les sceaux n'ont pas manqué de relater cette faveur exceptionnelle. Tels sont ceux des évèques d'Autun, qui depuis Syagrius, en 590-600, jouissaient de ce privilège par une concession de Grégoire le Grand. Tels sont encore les sceaux des évêques du Puy, qui avaient été gratifiés de la même distinction sous Tépiscopat de Pierre de Mercœur, en 1 048-1052, par le pape Léon IX.

Fig. 367.

D'après le sceau

de Jean,

archevêque d'Arles,

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