‹ Le costume au moyen âge d'après les sceaux (volume 2)Chapitre 60 sur 77 · DIEU LE FILS · texte numérisé non relu

DIEU LE FILS

i 1° ICONOGRAPHIE DU CHRIST

^?i comme il 1 a déjà acceptée pour exprimer

^ans les représentations du Fils, le moyen âge suivra la tradition des premiers siècles

l'idée du Père.

Sans toutefois renoncer au symbolisme, les anciens chrétiens, imposant silence à leurs scrupules, crurent pouvoir recourir à la figure humaine dans leurs images d'un Dieu fait homme; de même l'esthétique religieuse du moyen âge nous montrera le Verbe éternel dans son incarnation ou sous le voile du symbole.

Les sceaux reproduisent la figure du Fils en buste, à mi-corps, debout ou assis, et quelquefois même ils ne donnent que la tète seule.

Sous la plupart de ces aspects, la tête est nue, les cheveux longs et bouclés, séparés sur le milieu du front, le visage ovale allongé et portant, dans les images les plus anciennes, une barbe courte, taillée en pointe et bifurquée au menton. Plus tard la barbe devient arrondie du bas.

Des exemples du Christ à barbe archaïque se rencontrent sur les sceaux de l'abbaye de Fécamp, au

Fig. 406.

D'après le sceau de l'abbaye

de Fécamp, xiu siècle.

douzième siècle, — du chapitre de Sainte-Croix d'Orléans, en 1209; — tandis que le type de Henri de Gand, archidiacre de Tournay, en 1287 (fig, 410), offre un spécimen de barbe arrondie.

Contrairement à l'usage habituel aux premiers siècles, le Christ est rarement en adolescent imberbe. Cependant le moyen âge a respecté ce principe dans les types de

l'abbaye de Morigny, en 1196, — du chapitre de Saint- Sauveur de Blois, en 1261.

Nous avons dit que la tête était nue, mais il existe quelques exceptions à cette disposition. Une couronne ceint la tête du Christ, roi des cieux, sur les sceaux du prieur de l'abbaye de Saint-Denis, en 1299, — du couvent de la Thieuloye, en 1425.

Nue ou couronnée, la tête du Fils paraît presque toujours entourée de cette émanation lumineuse, circulaire, qu'on a appelée le nimbe et que l'Eglise emprunta aux anciens dieux et aux empereurs. Le nimbe du Christ présente ce caractère distinctif qu'il est décoré d'une croix pâtée qui semble le couper en

Fig. 407-

D'après le sceau

de l'abbaye de Morigny.

3i8 LE COSTUME D'APRES LES SCEAUX

quatre parties égales. — Sur le sceau de Sainte- Catherine du Mont, à Rouen, en 1244, un nimbe crucifère à circonférence radiée entoure la tête du

Rédempteur. — Dans le type de l'abbaye de Saint-Sauveur d'Anchin, en u53, les extrémités de la croix dépassent le bord du nimbe. Il en est de même chez le maître

Fig. 40S.

D'après le sceau de l'hôpital du Saint -Esprit de Besançon,

de Pierre,

maître de en i32i. Dans ce dernier exemple, la bran-

Ihôpital du

saint-Esprit che supérieure de la croix prolongée finit

de Besançon.

i32i.' elle-même en une petite croix.

Une des rares figures de Christ dépourvu de nimbe se voit sur le sceau d'Hamelin, doyen de Verneuil, en 1255 (fig. 411). Au contre-sceau de Guillaume, abbé de Figeac, en 12 14, la tète n'offre pas d'attribut lumineux, mais le Christ à mi-corps est placé devant un grand nimbe crucifère occupant tout le champ.

L'habillement du Fils consiste en une tunique recouverte du manteau des philosophes grecs posé sur une ou sur les deux épaules, un des pans s'enroulant autour du corps au-dessous de la ceinture. Le pallium recouvrant les deux épaules se voit dans les types de l'abbaye d'Anchin et de l'abbaye de Fécamp. Le sceau de l'abbaye de Morigny (fig. 407) présente le manteau drapant une seule épaule. Les pieds sont nus, et leur nudité devient au moyen âge un attribut constant.

Le sceau du chapitre de Saint-Sauveur de Harle-

Fig. 409.

Sceau du chapitre Sauveur Harlebekc,

beke, en 1407, offre l'exemple, unique dans la collection des Archives nationales, d'un Christ en costume de diacre, l'étole passée en sautoir de gauche à droite.

Dans presque tous les types, le Christ bénit à la manière latine, comme le Père. La main bénissante, d'ordinaire élevée à droite à la hauteur du visage, se trouve quelquefois placée devant la poitrine. Un dc Saint

* *■ r r de Haï

Christ dans ce dernier geste est gravé sur

le sceau du prieuré de Lihons-en-Santerre, en i3o3.

L'action de bénir est presque constante dans les diverses figures du Fils; cependant la main droite tient le livre de la loi dans le type d'Hamelin, doyen de Verneuil, en 1255 (fig. 411); elle montre un phylactère dans celui de la chapelle de Sainte-Marie de Clermont-Ferrand, en 1264.

En même temps qu'il bénit de la droite, le Verbe porte à la main gauche la croix de l'Église triomphante, croix de résurrection qui dérive du labarum constantinien, nue ou garnie d'une banderole; d'autres fois, sa main gauche tient le livre de la loi ou un monde crucifère.

La croix est nue dans les types de l'abbaye de Saint -Sauveur d'Anchin, en 1172, du chapitre de Sainte -Croix d'Orléans au douzième siècle. Une banderole flotte à la hampe sur

Fig. 410.

D'aprcs le sceau

dc Henri de Gand,

archidiacre de Tournay,

le sceau de Henri de Gand, archidiacre de Tournay, en 1287, et chanoine de Courtrai, en 1295 (fig. 410). Le livre que Ton remarque à la main du Christ est le plus souvent fermé, comme en témoignent les sceaux de l'abbaye de Lessay, au douzième siècle, — de Guillaume, doyen de Chichester, en i3o2; — il déroule ses pages ouvertes sur les sceaux des abbayes de Fécamp et d'Eename, au douzième siècle.

Le Christ soutient un monde crucifère dans le type d'Hamelin, doyen de Verneuil, en 1255, et dans les

types plus modernes de Geoffroi, archidiacre d'outre-Loire dans l'église d'Angers, en i3i2, — de l'abbaye d'Anchin, en 1443, — de la Sainte-Chapelle de Bourges, au quinzième siècle.

Fig 41I Dans les figures assises, le siège du

D^HamVrnrU Fils consiste d'ordinaire en un trône d'ardeverucuii chitecture, sorte de banc décoré selon le ï2b'' style en vigueur à la date du sceau. Quelquefois, mais bien rarement, un pliant ou un arc-enciel remplacent le trône architectural.

Les dessins qui accompagnent ce texte nous dispensent d'indiquer des exemples de ce dernier. On remarquera un pliant à têtes d'animaux, le seul que nous ayons rencontré, sur le contre-sceau de l'abbaye de la Trinité de Lessay, au douzième siècle; tandis que la face de la même abbaye nous offrira le Christ dans une auréole ogivale, assis sur deux arcs-en-ciel à

courbe opposée et soudés par leur convexité. Le Fils est encore assis sur un arc-en-ciel dans le type des Dominicaines de la Thieuloye, près Arras, en 1425 (fig. 414).

Nous n'avons considéré jusqu'à présent que le Christ seul, sans nous occuper de certains attributs et de certaines pièces qui l'accompagnent assez fréquemment. Il convient de signaler à leur tour ces accessoires et de traduire le sens caché sous leur symbole.

Après le nimbe que nous avons déjà fait connaître, un des principaux attributs est l'auréole, la gloire, émanation lumineuse enveloppant tout le personnage, limitée

tantôt par une ogive,

<//• uJ biC "Bel ^ ^ comme celle que nous

/S/^^^y^JÎ^^V^ venons de citer, tantôt

Fig. 412. — D'après le sceau

de l'abbaye de la Trinitc de Lessay,

xi:* siècle.

Fig. 4i3. — D'après le sceau de l'abbaye de Saint-'l iberv, i3o3.

par un quadrilobe, quelquefois soutenue par des anges, comme par exemple au sceau de

l'abbaye de Saint-Tibery, en i3o3.

Le Christ est escorté du soleil et de la lune dans

le type de Saint-Sauveur de Blois, au douzième siècle;

— du soleil, de la lune et d'une étoile, au sceau du

prieur de Tordre de la Pénitence de Jésus-Christ en Espagne, en 1258. Comme nous l'avons déjà expliqué, la présence de ces mondes indique l'universalité de la puissance divine.

Les lettres grecques Act W, l'alpha et l'oméga qui accostent la figure du Sauveur dans le type du prieuré de Lihons-en-Santerre, en i2o3, répètent le texte de saint Jean : « Je suis le commencement et la fin de toutes choses, » Ego sum A et (0, initium et finis (Apocalypse, xxi, 6); comme les lettres latines a et m gravées sur le sceau du prieur d'Hesdin, au treizième siècle, nous reportent à la Salutation angélique, au souvenir de Marie joint à l'image de son fruit béni : Ave, Maria.

Parfois, au lieu de simples accessoires, ce sont des personnages empruntés au Nouveau Testament qui accompagnent le Fils de Dieu. Il est accosté des têtes de saint Pierre et de saint Paul, dans le type de Guillaume, doyen de Chichester, en i3o2. Le sceau de Sainte-Marie de Clermont-Ferrand, en 1264, offre les tètes des douze apôtres entourant leur divin maître, les tètes des disciples d'une proportion plus petite que celle du Christ. Le sceau des Dominicaines de la Thieuloye, en 1425 (fig. 414), représente, dans une auréole en losange, le Verbe assis sur un arc-en-ciel entre les figures symboliques des quatre évangélistes.

Nous devions esquisser d'abord, dans leur caractère général, les traits principaux qui distinguent la

deuxième Personne divine. Il est temps dès à présent de faire connaître, d'après' les sceaux, la figure de Jésus parcourant les diverses phases de sa vie terrestre.

La première sera la Nativité.

Les sceaux de l'abbaye de Grandchamp, en 1271,

Fig. 414. — D'après le sceau des Dominicaines de la Thieuloyc, 1435.

— de la prieure de la Thieuloye, en 1367, reproduisent la venue du Sauveur. L'enfant divin, le corps enveloppé de langes maintenus par des bandelettes croisées, repose sans intermédiaire dans la crèche entre le bœuf et l'âne, ou bien, comme au sceau de l'abbesse des Clarisses d'Aix, au quatorzième siècle, Jésus, plus libre sous l'étoffe qui l'emmaillote, est installé dans un berceau de forme ovoïde placé dans la crèche. Au-dessus de l'enfant brille l'étoile miracu-

Fig. 4ï5.

D'après le sceau de la

prieure de la Thieulove,

leuse; et, sur le sceau de l'abbaye de Grandchamp,

deux lampes éclairent l'humble asile.

Dans le type de la prieure de la Thieuloye, la

Vierge, par un geste de tendresse familier aux mères, tient la main de Jésus endormi, tandis que Joseph, assis aux pieds du lit, les deux mains appuyées sur un bâton, contemple cette scène à la lueur d'une lampe suspendue à la place occupée sur les

sceaux précédents par l'étoile miraculeuse.

En 1255, l'abbaye de Noyon représente, sur un

sceau malheureusement incomplet, l'épisode de l'Adoration des mages. On n'aperçoit plus de Jésus assis sur les genoux de sa mère que son bras bénissant. Le mage le plus rapproché, barbu, couronné, une chlamyde nouée sur l'épaule et posée sur une ample tunique ceinte, dans une attitude respectueuse à demi fléchie, présente des deux mains l'or enfermé dans un vase. Derrière lui, les deux autres rois attendent debout, tenant chacun leur offrande. Au talon

du premier personnage, on distingue la molette d'un

éperon rappelant le long voyage entrepris.

La Présentation au Temple se voit au sceau du

gardien des frères Mineurs de Toulouse, en 1274. La

Fig. 416.

D'après le sceau

de l'abbaye de Noyon,

Vierge tient sur l'autel Jésus debout et nimbé, qu'un personnage nimbé , saint Siméon sans doute , semble

vouloir prendre dans ses bras. Un deuxième type, celui de Gazon de Savigny, évêque de Laon, en 1297, figure à droite de l'autel la Vierge debout et portant son enfant; de l'autre côté, Siméon étend ses mains vers Jésus, prononçant les paroles bien connues.

Plusieurs de nos monuments reproduisent le Baptême du Christ. Dans la composition la plus simple, le Sauveur, entièrement nu et dans une colonne d'eau du Jourdain montant jusqu'à la ceinture, la tête entourée du nimbe qui lui est propre, tient les mains jointes devant la poitrine. A sa gauche, saint Jean, en tunique de peau de bête, répand sur l'épaule de Jésus l'eau du baptême puisée dans une buire. En haut, la colombe descend d'un nuage sur la tête du Sauveur. Tel est le sujet traité sur le sceau de l'abbaye de Saint- Jean-au-Bois, en i3o3.

Sur le sceau de Jacques, abbé de Saint -Jean de Valenciennes , en i3i8, le Christ nimbé et dans une colonne d'eau comme il vient d'être dit, la main gauche posée sur la hanche, paraît bénir devant lui. Saint Jean, en pénule de peau, lui répand sur la tête l'eau contenue dans un vase. A gauche, on remarque la tunique de Jésus, soutenue probablement par une main indistincte.

Dans un type de l'abbaye de Chocques (fig. 417), en i3i5, c'est un ange qui tient la tunique, tandis

que saint Jean, une main sur l'épaule du Christ, élève la droite vers la colombe qui descend du ciel, portant une ampoule à son bec. Exemple assez rare de

T Esprit - Saint apportant l'ampoule qui doit servir au baptême de Jésus.

Le Repas chez le pharisien se trouve figuré sur le sceau de l'Hôtel- Dieu ou de la Madeleine de Rouen, en i366. Jésus nimbé, en tunique, assis à l'extrémité de la table, étend la main vers un de ses disciples qui lui présente une coupe. La sœur de Lazare, Marie-Madeleine, étendue sur le sol, vient de répandre l'huile parfumée ; elle essuie de sa chevelure les pieds du Rédempteur. On voit, en haut, la partie supérieure d'un édifice surmonté d'une coupole. Les sujets reproduisant la Résurrection de Lazare nous offrent le Christ debout, nimbé, dans le costume des philosophes, seul ou avec des assistants, bénissant Lazare ou le tirant par le bras.

Sur les sceaux de Pierre de Chalon, archidiacre d'Autun, en i3o2, — de Jean

Fig. 4«7- D'après le sceau de l'abbaye de Chocqucs i3i5.

de

JcandeCorbignv,

de Corbigny, chapelain du duc de Bour- chapelain du duc

de Bourgogne, i3o5.

gogne, en i3o5, la composition ne renferme que les deux personnages essentiels. Jésus bénit Lazare d'une main et tient de l'autre la croix de l'Eglise triomphante.

LES TROIS PERSONNES DIVINES 3i7

Dans les types de la maladrerie de Pontféraud, en 1247, et de l'hôpital de Saint -Lazare de Paris, en 1399, le Sauveur prend Lazare par le bras. Ce dernier exemple comprend un nouveau personnage, la Madeleine agenouillée derrière son frère.

Sur un autre sceau de Saint-Lazare de Paris, en 1264, Marthe et Madeleine accompagnent Jésus.

La scène est encore plus complexe dans le type de Saint-Lazare de Beauvais, en 1477. Le Christ y paraît suivi de saint Pierre à mi-corps, et de l'autre côté du sépulcre se tiennent Marie-Madeleine et Marthe. Dans le champ, on lit les paroles du Sauveur, telles que les relate saint Jean, xi, 43 : lazare, veni foras. La même inscription, mais ainsi abrégée : la ve fo, se rencontre, sur un ciel constellé, dans le type déjà cité de Jean Corbigny, chapelain du duc de Bourgogne

Le sceau de Hugues de Cipro, cardinal-évêque de Palestrina et légat à latere, en 143 5, offre une Transfiguration entièrement conforme au récit des livres sacrés. On y voit le Christ debout et nimbé, dans le costume traditionnel si souvent décrit, sur une mon-

tagne, entre Moïse et Elie. Au bas sont les trois disciples, Pierre, Jacques et Jean; l'apôtre du milieu assis, ébloui par l'éclat de la divinité; celui de gauche élevant la tête, étendant les mains en signe d'admiration; le troisième renversé, frappé d'étonnement.

L'histoire évangélique nous apprend qu'après la

Cène, Jésus, voulant donner un exemple d'humilité à ses disciples, ôta son manteau et leur lava les pieds. Le chapitre de Lille a choisi ce motif en l'honneur de saint Pierre, son patron. Comme il a été fait dans tous les monuments antiques, les apôtres y sont

représentés par un seul d'entre eux, par celui qui devait recevoir les clefs du royaume céleste. Le Christ nimbé, en tunique, sans pallium, un genou en terre, tient dans ses deux mains, au-dessus Fi d'un vase, le pied de l'apôtre.

D'après le sceau g j ^ j Sauyeur Ja divine

du chapitre de Saint-Pierre 7

de une. 1 426. colombe vole entre des étoiles.

Le nimbe crucifère distingue le Christ; la tète du disciple ne comporte qu'un nimbe simple. Les actes auxquels sont suspendus les types du chapitre de Lille portent les dates de 1426 et de 1509.

Le douloureux épisode de la Flagellation a été gravé sur le sceau des frères Mineurs de Beauvais, en i3o3.

Nimbé, nu jusqu'à la ceinture d'où part une petite jupe s'arrêtant au genou, les mains liées à un poteau placé devant lui, Jésus est frappé par deux bourreaux armés d'un fouet à trois lanières. D'autres fois, comme au sceau des frères Mineurs de Douai, à la date de i3o8, au lieu du fouet, un des deux bourreaux brandit les verges.

Avec Jésus portant sa croix, nous observons une

interprétation figurée toute différente de celles que

les œuvres des maîtres et les saintes Ecritures mêmes ont consacrées. De trois sceaux représentant le portement de croix, celui de Pons de Saint -Gilles, frère prêcheur, en 1255, avec celui des frères Mineurs de Senlis, en i3o3, nous offrent un Christ à la démarche dégagée, portant légèrement l'instrument du supplice. Ce n'est que dans le type des frères Mineurs de Doullens, au seizième siècle, que Ton a cherché à exprimer une certaine fatigue douloureuse, une attitude plus accablée.

Sur ces trois sceaux, le Christ est nimbé ou sans nimbe, tantôt revêtu d'une tunique talaire comme chez les frères Mineurs de Senlis, tantôt portant une tunique qui finit au genou comme au type de Pons de Saint-Gilles.

Sur le sceau des frères Mineurs de Senlis, la croix, de celles qu'on appelle latines, présente la branche inférieure affûtée à son extrémité. Le champ contient, en caractères gréco-latins, l'inscription :

Fig. 420.

D'après le sceau

des frères Mineurs de Senlis, i3o3.

IbC XP

Jhesus Christ us.

Le Sauveur sur la croix a déjà jeté sa dernière

exclamation humaine, le Christ est mort. Son corps

n'a même plus la rigidité qui suit les derniers moments, il s'affaisse, soutenu seulement par les clous qui le suspendent au gibet. Sa tète penchée sur l'épaule, nimbée ou dépourvue de nimbe , ne présente pas la couronne d'épines; ce dernier attribut paraît seulement à la Renaissance. On a tiré ses vêtements au sort, il est à peu près nu. Une petite jupe nouée à la ceinture et tombant jusqu'au genou constitue tout l'habillement, et même, aux quinzième et seizième siècles, Fart chrétien n'hésite plus à rappeler que Jésus a subi nu son dernier supplice; la jupe est réduite à une étroite draperie serrée autour des reins, comme on peut s'en assurer par les sceaux des grands maîtres des Dominicains, Léonard de Mansuetis, en 1475, et François Silvestre, en i528.

Le corps du Rédempteur repose, il est vrai, droit sur la croix, la tête seulement penchée, dans le type du chapitre du Saint - Sépulcre de Caen, en 1226; mais en général, la rigidité a fait place, comme nous l'avons dit, à l'affaissement, et cet anéantissement de la force musculaire est surtout indiqué sur les sceaux de Munio , maître de l'ordre des frères Prêcheurs, en

Fig. 431.

D'après le sceau

du chapitre du Saint-Scpulcrc

de Caen, 1226.

1286, et de Gui, cardinal du titre de Sainte-Croix à Jérusalem, en 1379. Des gouttes de sang coulent de ses blessures, dans le type de la Grande-Chartreuse, en 1431.

Jésus subit le dernier supplice sur la croix dite latine, croix à quatre branches droites, l'inférieure plus longue que les trois autres. A la supérieure est le plus souvent fixé l'abrégé du titulus : in ri. Sur le sceau de Munio que nous venons de citer, les deux branches transversales de la croix, au lieu de se continuer en ligne droite, forment entre elles un V très ouvert.

Le bois est brut, ébranché seulement Fig. 422.

h , , D'après le sceau

sans être equarn, au sceau du chapitre de Munio, maître des de Sainte-Croix d'Orléans, en 1317. 12S6.

Quelques croix présentent un appui, un suppedaneum, fixé à la branche inférieure, sur lequel les pieds étaient cloués séparément ou croisés l'un sur l'autre. De là, un clou pour chaque pied comme au sceau du Saint-Sépulcre de Caen (exemple qui porte à quatre le nombre des clous de la Passion), ou un seul clou pour les deux pieds, variante la plus ordinaire.

La plupart des sceaux déjà mentionnés, auxquels nous ajouterons celui de la Chartreuse de Vauvert, en 1291, offrent la croix plantée sur une éminence figurant le Golgotha.

Nous n'avons envisagé jusqu'à présent que le

crucifix seul. Il convient maintenant de parler de ses divers accompagnements : accessoires symboliques , priants, saints patrons, et surtout des témoins les plus intéressants de la Passion, la Vierge et saint Jean.

Le crucifix repose sur un champ de rameaux fleuris dans les types de Pierre, cardinal du titre de Saint- Ange, en 1404, — de Jourdain, cardinal des Ursins, en 141 7, — de Barthélémy Texier, maître de Tordre des frères Prêcheurs, en 1428.

Un pélican, symbole de la Rédemption, somme la branche supérieure de la croix, sur les sceaux de la Grande-Chartreuse, en 1431, — du maître des frères Prêcheurs, en 1475 et i528.

En outre d'un ou de plusieurs priants agenouillés au pied de la croix, la branche supérieure est accostée du soleil, de la lune ou de deux étoiles; quelquefois même la croix se dresse dans un ciel constellé comme aux sceaux des frères Mineurs de Lyon, en 1293, — du maître de Tordre des Dominicains, en 1428 et i528.

On la rencontre cantonnée des figures symboliques des quatre évangélistes, dans le type de Thierri d'Ubach, général des religieux de Tordre de Sainte- Croix, en 1544.

D'autres fois c'est la branche inférieure de la croix qui est accostée de deux roses, de deux étoiles, d'une étoile et d'un lis ou de deux tiges de lis plantées à son pied, ainsi qu'on le voit sur les sceaux de Pierre

de Hendecourt, prieur de l'abbaye de Saint-Bertin, en i3o6, — des maîtres des frères Prêcheurs, en 1475 et en i528.

Dans le type de la Grande-Chartreuse, en 143 1, un petit personnage émergeant d'un sépulcre entouré d'ossements rappelle le prodige des morts sortant de leurs tombeaux.

Sur certains sceaux , tels que celui des frères Mineurs de Lyon, en 1293, on lit l'inscription grecque ihc xpc, — ou bien, comme au sceau des Dominicains de Lille, en 1403, une banderole enlaçant le crucifix porte : fides tua te salvum fecit (saint Luc, xvii, 19, et xviii, 42).

Parmi les saints patrons figurent, entre autres : saint Honoré en évèque, dans le type du prieuré de Saint-Honoré-lès-Abbeville, en i362 ; les fondateurs d'Ordres, saint François, saint Dominique, dans leur costume professionnel, ceux-ci appartenant par leur date à la Renaissance.

On voit encore aux pieds du crucifix qui sert de type au chapitre de Sainte-Croix d'Orléans, en i3 17, une priante couronnée, surmontée de l'inscription helena. C'est sainte Hélène, l'impératrice, mère du grand Constantin, qui retrouva le bois de la croix.

Mais il est deux personnages que l'on rencontre surtout au pied du crucifix : Marie, mère de Jésus, et Jean, le disciple bien-aimé. Bien avant que le Stabat eût inspiré des chefs-d'œuvre, les tailleurs de sceaux

Fig. 423.

D'après le sceau

de la chartreuse

de Vauvert,

avaient compris la situation dramatique de la mère et

du fils d'adoption.

Ils les ont représentés debout, le visage appuyé

sur la main en signe d'affliction, ou les mains jointes,

le corps tordu par la douleur. Les plus anciens crucifix accompagnés de la Vierge et de saint Jean se remarquent sur les sceaux des Chartreux de Vauvert, en 1291,

— de Pierre de Hendecourt, prieur de l'abbaye de Saint-Bertin, en i3o6, — du chapitre de Sainte-Croix d'Orléans, en i3 17,

— de Gui, cardinal du titre de la Sainte- Croix à Jérusalem, en 1379, — de la Grande-Chartreuse, en 1390.

Dans le type de Jean du Mans, frère mineur, en

1267, le crucifix est montré

et soutenu par deux saints

religieux.

Nous ne pouvons nous

empêcher de citer, en terminant ce qui regarde les

crucifix, une curieuse légende

gravée sur le sceau des Carmes-Billettes, en 1475. Elle représente un miracle arrivé du temps de Philippe le Bel. Un juif fait bouillir dans une marmite une hostie qu il a transpercée; pendant qu'il active les flammes, un crucifix apparaît au-dessus de la chaudière, aux yeux de deux

Fig. 424.

D'après

le sceau du

frère mineur

Jean

du Man«,

Fig. 425.

D'après le sceau

des Carmes-Billettes,

femmes étonnées du prodige. Pour expliquer plus clairement le sujet, l'artiste a figuré l'hostie sur la paroi extérieure du vase.

Vers la fin du moyen âge et pendant les premières années de la Renaissance, l'imagerie religieuse s'est complu dans la reproduction d'une scène des plus touchantes et des plus poétiques : le Christ descendu de la croix, reposant sur les genoux de sa mère. On rencontre cette composition dans les types de Michel de Monchy, prieur de Sainte-Croix de Tournay, en 1248, — du cardinal Georges d'Amboise, en i5o5, — de Jean du Chemin, prieur de Saint-Saulve de Valenciennes, en 1 565. — Sur le sceau du prieur de Sainte- Croix de Tournay, se dresse derrière le groupe une croix accostée, en haut, du soleil et de la lune que deux anges semblent tenir.

Sur le sceau de Georges d'Amboise, saint Jean contemple le Christ et pose en même temps la main sur le cardinal prosterné.

Nous ne saurions omettre de placer en regard de ces pietà certains Ecce homo symboliques de la Passion que l'on rencontre quelquefois sur les sceaux.

Le Christ à mi-corps, nimbé, nu jusqu'à la ceinture où naît un morceau de draperie, les mains attachées devant la poitrine, paraît sortir d'un tombeau.

Tantôt deux anges agenouillés le soutiennent, comme dans le type de Jean Philippe, provincial de l'ordre des frères Mineurs en France, en 1579; tantôt

le Sauveur est accosté de saint Paul et de saint Pierre, comme dans le type de Pierre IV, évèque de Cambrai, en i35i.

Des représentations plus modernes, telles que le sceau de François Wisson, commissaire de Grégoire XIII, en 075, montrent un Ecce homo tenant le fouet et les verges, devant une croix, sur un ciel constellé d'étoiles.

Le Christ dans son tombeau, tel est le sujet que les grands maîtres des Hospitaliers avaient fait tailler

sur leurs contre-sceaux, dès 1193. Sous

œ$fà$&L une t0*ture à coupoles ou à clochetons,

(i™ ' M ^r* Jésus est étendu, enveloppé dans son

%|^^c<£§ï linceul, les mains croisées sur la poi-

'Ww^ trine ou les bras placés le long du

D'après^ contre-sceau COrPS« Une IamPe SUSpendue à la VOÛte,

^Ci^'r la croix de résurrection plantée à la

csll> tète du sépulcre, un encensoir qui se

balance vis-à-vis les pieds, complètent le funèbre

tableau. Le nimbe crucifère n'entoure pas toujours la

tète du Sauveur.

Parmi les sceaux des Hospitaliers, on doit mentionner plus spécialement les types des grands maîtres GeofFroi du Donjon, en 1193, — Foulques de Villaret, de 1307 à 1314 ; — les types de T Hôpital même, de 1356 à i534.

Deux sceaux, appartenant Tun au provincial de Tordre de la Pénitence de Jésus-Christ en France, en

du provincial

de Tordre

de la Pénitence,

en France, iî58.

1258, l'autre à Adenet Houssel, simple clerc de la cuisine de la comtesse d'Artois, en 1371, représentent la descente aux limbes.

Sous un ciel étoile, le Rédempteur debout et nimbé, tenant la croix triomphale et foulant aux pieds le dragon, saisit le bras d'Adam accompagné d'Eve et les retire tous deux d'une immense gueule ouverte, une gueule de crocodile.

De tous les sujets traités par les graveurs du moyen âge, la Résurrection est sans contredit celui où ces modestes artistes ont développé les plus belles qualités.

Harmonie de l'ensemble, noblesse de la pose, finesse d'exécution, tout nous révèle des hommes véritablement doués. C'est avec une grande élévation de sentiment qu'ils ont représenté, sous le costume traditionnel, le Christ debout, nimbé, imberbe, c'est-àdire renaissant dans la jeunesse éternelle, une jambe déjà hors du tombeau, tenant la croix de l'Église triomphante et bénissant le monde. Tantôt ils l'accompagnent du soleil et de la lune,

attributs de la royauté céleste ; tantôt ils le font

Fig. 428.

D'après le sceau de l'abbaye

du Saint-Sépulcre de Cambrai,

i3so.

encenser par deux anges. On reconnaîtra des qualités faites pour nous étonner dans les types des frères Mineurs, de Châlons-sur-Marne, en 1254, — de Jean le Doux, abbé du Saint - Sépulcre de Cambrai, en 1268, — de cette abbaye même, en i320 (fig. 428). Ce dernier type nous offre de plus le groupe des trois soldats endormis.

Il ne peut être question en ce moment que des résurrections où figure le Christ; nous réservons pour un autre travail celles qui ne donnent plus que le tombeau vide de THomme-Dieu ressuscité.

L'Apparition à la Madeleine figure sur les sceaux de Sainte-Marie-Madeleine d'Aigueperse, en 1307, —

du prieur de la Madeleine de Salins, en i3 17 , — de Nicolas, prieur de l'Hôtel -Dieu de Rouen, en i366, — des abbesses d'Etrun, en i365, i382, 1397, — de l'abbaye de Vézelay, en

Le Rédempteur debout , nimbé , imberbe, en costume philosophique, tient la croix de résurrection et semble par son geste écarter Marie-Madeleine. Celle-ci, agenouillée, étend les mains vers Jésus. Un arbre les sépare. Dans le champ de la Madeleine d'Aigueperse sont écrites les paroles prononcées par le Christ, noli me tangere (saint Jean, xx, 17). Sur le sceau de l'abbaye de Vézelay, on lit l'appel fait

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Fig. 429.

D'après le sceau du

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