LE COSTUME OFFICIEL MODERNE
Le Professeur Landouzj en costume de professeur
(CUekt j1. Hnrlinpm).
Le Docteur HaUopeau •n costume d'académicien
Le médecin à 1
Restauration
leviTS examens, une longue robe noire et un bonnet carré''' ». Saint Luc triompha de saint Côme, mais son triomphe ne fut pas de longue durée. A la suite de l'opération de la fistule, dont l'heureux succès revint au premier chirurgien Félix, le Roi, désireux de témoigner sa gratitude au corps entier des chirurgiens, sanctionna la création d'une chaire d'anatomie et d'une chaire d'opérations à Saint- Côme ; le premier chirurgien du Roi hit désormais « le chef de la barberie et chirurgie du royaume » ; à lui revenait l'honneur de saigner la personne royale, mais il restait placé sous les ordres du premier médecin , qui tenait la bougie , pendant que l'apothicaire passait les poëlettes. « Le médecin remettait donc, le cas échéant , son malade au bras sécuHer du chirurgien , qui devenait son agent d'exécution , et en savait souvent aussi long que lui. »
Afin de se distinguer des médecins, les chirurgiens portèrent, pendant un certains temps, l'épée. Un chirurgien, ami de Racine, M. du Tertre, la portait, paraît-il, avec une dignité particuhère. « M. du Tertre, écrivait le poète à sa lemme, au mois de mai 1692, se trémousse à son ordinaire et a une grande épée à son côté, avec un nœud magnifique ; il a tout à fait l'air d'un capitaine ». Outre qu'il donnait une contenance , un maintien qui vous mettait dans les bonnes grâces du sexe dont on recherchait les suffrages, le port de l'épée imposait le respect à ceux qui auraient été tentés de l'oubher ; cette arme permettait de se défendre contre les malandrins qui, la nuit venue, se hvraient à leur criminelle industrie. Parmi les chirurgiens, les maîtres n'étaient pas seuls à s'orner de cet appareil militaire ; les compagnons ordinaires (qui représentaient à peu près nos internes actuels) entendirent user du même privilège, jusque dans l'intérieur de l'hôpital. Il r.rriva ce qui pouvait être aisément prévu : à la suite d'une « grande batterie et excès » , survenue à l'Hôtel-Dieu, la Compagnie des chirurgiens fit défense aux compagnons « de porter des épées
(1) Lettre du i3 juUlet 1667.
de campagne
dans ledit Hôtel- Dieu, ni à St.- Louis », et les exhorta même à s'abstenir d'en porter par la ville (''.
Le temps approche où toutes ces marques distinctives , qui constituaient au médecin et au chirurgien une place à part dans la société, vont devenir archaïques et disparaître sans retour.
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Une leçon d autopsie par Dupuj tren (Etudiants en costume de 1 époque)
Déjà au début du XVlll" siècle, certains docteurs négligeaient d'assister en robe aux examens, au point qu'en 1710 la Faculté dut décréter que vingt docteurs, au moins, désignés d'avance, dix anciens et dix jeunes, seraient présents à la cérémonie en grand costume, sous peine de voir leurs honoraires confisqués au profit de l'Ecole, à moins qu'il ne se fissent remplacer par un collègue *='. Il n'y avait que quelque retardataire, quelque entêté des vieilles coutumes, pour déplorer qu'on ne pût plus distinguer, dans la rue, les médecins des autres passants.
Tous, ou à peu près tous, ont adopté le vêtement que portent les bourgeois aisés, l'habit de drap ou de velours ; une fine dentelle forme le jabot et les manchettes ; dans sa main, le praticien tient une canne à pomme d'orl^' ou à bec de corbin.
En 176g, un poète reprochait aux Esculapes la noirceur de leur accoutrement, et le reproche était en partie fondé (4) ; mais il y
(1) Brièle, Documenb, etc., cités par Mareschal de BièVRE, Georges Aîareàcbai , aeigruui- de Bùvre.
(2) Faovelle, op. cit., 78.
(3) Souvtnlrô d'un nonagénaire (Besnard), t. II, 200-201. ■ Les médecins portaient des perruques rondes à un ou deux rangs de boudins , et sortaient rarement sans avoir à la main une canne à pomme d'or. •
(4) Pourquoi TOUS revêtir de la couleur sinistre
Dont se pare le deuil dans l'ombre des tombeaux ? Quand on sait de la Parque émonder les ciseaux. Doit-on affecter l'air de ton cruel
avait des élégants pour s'en affranchir. Bordeu visitait le matin ses malades vêtu d'un habit de canelé gris ou noisette; le soir, il était « musqué et testonné comme M. de Buffonl»' ». Barthez saignait les dames avec une ligature à gland d'or. Lorry, « parfait médecin selon le monde » , tout couvert de rubans, de soie et de parfums, était réputé pour son costume éblouissant. Pomme, le spécialiste recherché des vaporeux et surtout des vaporeuses, était un « docteur petit-maître, d'une très jolie figure, parlant bien, vêtu très élégamment et très propre à séduire les femmes ». Tronchin fut un des rares qui conservèrent la tenue austère, adéquate à la gravité de son sacerdoce.
On ne voit plus , comme au siècle précédent , le médecin chevauchant sur sa mule, il ne va qu'en carrosse ou en chaise à porteurs. Il ne se sépare jamais de sa tabatière et de sa râpe à tabac, car l'usage de priser, recommandé par lui , est devenu une fureur <=). Son chef est orné d'une perruque non plus à crinière, mais à belles boucles, « séparée en toufies et nouée en queue ». Il en est qui la portent poudrée à blanc, au risque de sahr l'habit. Baudelocque était resté fidèle à la perruque poudrée; quant à Corvisart, il ne put jamais se résoudre à s'affubler de cette pyramide postiche. On conte que lorsqu'il demanda un service de médecine à l'hôpital récemment créé par Mme Necker, celle-ci lui déclara que la place ne serait donnée qu'à un médecin portant perruque. Corvisart préféra garder sa chevelure naturelle et l'on se passa de ses services.
Il en était, parmi les confrères d'antan, qui, même pour les consultations, ne se séparaient pas de leur manchon, ainsi qu'on le voit dans une fort johe gravure de J.-B. Oudry. D'autres portaient la douillette; ce vêtement, à la fois chaud et léger, que le grand Trousseau affectionnait, et qu'il avait fini par adopter, après avoir essayé de tous les vêtements d'hiver imaginables, depuis la pelisse jusqu'aux plus riches fourrures des régions polaires.
Le négligé ne se remarque, au XVIII' siècle, que chez les chirurgiens de campagne, qui portent généralement un « habit de ras doublé de serge d'Aumale, avec une chemisette de pareille étoffe et une culotte
11) Lepeuvb, Notice iur Bordeu, 1883 (a) Midtciru tt JWcciiu, juillet 191
doublée de peau. Il attend le cKent avec le chapeau, bordé d'argent, sur la tête, tirant de temps en temps de sa poche sa tabatière de bois de Ste-Lucie''*. »
A la fin du règne de Louis XVI, les rayures deviennent en faveur; on en trouve la trace, sur le costume médical, dans le portrait de Baudelocque consei'vé à la Faculté : le haut col de son habit laisse apparaître le revers d'un gilet rayé comme celui d'un Incroyable; à ce moment, le gilet n'est qu'une veste sans basques.
La Révolution éclate : le costume, comme le reste, se démocratise; quelques traditionnahstes s'obstinent à s'habiller conune sous l'ancien régime, mais ils sont l'exception. Les médecins ne vont pas cependant jusqu'à adopter le bonnet phrygien et la carmagnole; seul, notre terrible confrère Marat s'entoure la tête d'un foulard, et conserve la robe de chambre dans son intérieur : combien différente cette tenue débraillée, de celle qu'il avait lorsqu'il occupait la charge de médecin des gardes du corps de Mgr le comte d'Artois! Mais les temps sont changés. La perruque est démodée; on ne la voit plus que sur la tête de quelques partisans ai-riérés des régimes abohs : « avec les perruques, tombèrent en même temps les boucles des faces, les ailes de pigeon et les fers à cheval'^'». Les jabots et les manchettes en dentelles ont partagé le même sort que les toupets et les queues postiches. Est suspect d'aristocratisme, quiconque n'a pas adopté la simphcité répubhcaine dans son habitus extérieur.
L'habit français reparaît, sous le premier Empire, à la cour, chez les ministres et autres grands dignitaires. « Le chapeau rond, les cheveux courts, l'habit coupé, le pantalon et les bottes-souliers forment le costume de la presque totalité des bourgeois » ; et les médecins rentrent dans cette dernière catégorie.
Sous la Restauration, le costume des Esculapes ne laisse rien à désirer sous le rapport de la propreté , de l'élégance et de la légèreté : habit ou redingote d'un drap à la mode le
(i) Albert Base au, La vie rurale daiu l'ancuiuu France, 167 et suiv.
(2) Ani. Caillot, Jlénwirej pour ^^srvir à l'hùtoirt deô nuruTà et u^ageà de^i Français, t. II. Paris, 1827.
Le Docteur Jules Cloquet Professeur de clinique chirurgicale il la de médecine de Paris
plus fin, pantalon de même, chapeau rond de castor, cheveux lavés et parfumés, bottes bien cirées à la cire luisante, jabot bien plissé, pierres fines à la chemise et avix doigts des deux mains, chaîne de montre de laquelle pendent de gros bijoux '''. »
Sous le gouverne m. ent de Louis- Philippe, comme sous le Second Empire, le médecin n'a aucune marque distinctive qui le singularise, il reste confiDndu dans la masse de ses concitoyens.
La plupart, pour ne rien perdre de cette gravité doctorale à laquelle l'Ecole de Salerne attachait une importance particulière (=>', ne vont visiter leurs malades autrement qu'en redingote, chapeau haut de fi)rme et cravate blanche. La robe reste l'apanage des professeurs dans l'exercice de leurs fonctions, de même que le tablier est l'insigne du médecin d'hôpital. Une fois par an seulement, à la cérémonie où se distribuent les récompenses, ou bien lorsqu'ils assistent aux obsèques d'un de leurs collègues défunt, nos Académiciens revêtent leur costume d'apparat : l'habit à la française, aux palmes
consultation à l'époque
p.tique (d'après Ga
(i) Idem, itlD.
(a) L'Ecole de Sale nédecm :
qui obtint en
:5 le
nférer des grade
(L'Ecole de Salerne,
Vêtu d'habits décents, affable et plein de zile.
Le médecin s'empresse k la voix qui l'appelle.
D'un rubis l'étincelle à son doigt brillera,
Sur un coursier fidèle en visite il ira.
Ce splendide attirail rehausse son mérite :
Sur l'esprit du malade il réussit plus vite,
Reçoit cadeaux sans nombre; un mince accoutremc
Lui vaudrait profit mince et sec remerciement.
rad" en vers français de Cb. Meaux St.-MarC; Parii
violettes, que complètent, dans un ensemble harmonieux, le bicorne et l'épée.
Sait-on, à ce propos, que tout docteur en médecine diplômé est autorisé, par décret, non abro^gé, du 3o brumaire an XII, à porter un uniforme qui ne diffère pas sensiblement de celui des professeurs?
Lej jimplâd docteurs en médecine, lorsqu'ils seront in%atés à quelque cérémonie publique et lorsqu'ils prêteront serment, feront ou affirmeront quelque rapport devant les tribunaux, pourront porter le petit cojtume : robe noire d'étamine avec dos et devant de soie cramoisie, la même chausse de soie cramoisie, bordée d'hermine; habit noir à la française, cravate de batiste tombante, toque en soie cramoisie ornée de galon d'or.
(Type du médecin sous
Louis-Philippe et le A ' j. j • r '
Second Empire) /iprcs tout , pourquoi ne tenons-nous pas
revivre cet usage? Ce costume est assez seyant, pour que notre coquetterie n'ait pas à en faire fi.
Docteur Cabanes.
Le Docteur
La Blbtiothzqut Université d'Ottawa Echéance
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