RÈGNES DE HENRI II ET DE FRANÇOIS II
Nous n'avons pas entretenu Jusqu'ici nos lecteurs des innombrables édits somptuaires promulgués sous chaque règne, ou peu s'en faut :
il aurait fallu ajouter aussitôt que leur effet avait été nul. Un édit de ce genre, donné par François I" en 1543, défendait Tusage des draps ou toiles d'or et d'argent et des passements où ces métaux étaient employés , aux seigneurs de tout ordre et n'en autorisait l'emploi que sur les vêtements des enfants de France. Henri II renouvela cet édit en 1547
Fig. 117. — Le roi Henri II.
et en 049 : la prohibition fut alors étendue à la soie cramoisie; le velours fut interdit aux gens d'église et aux habitants des villes; les pages ne purent être habillés que de drap orné d'une simple bande de broderie en soie ou en velours; il fut défendu aux artisans et aux gens de condition inférieure de porter des habits de soie.
On dirait que ces ordonnances, rendues au moment où la Réforme paraissait, — on croirait vraiment y découvrir une influence latente de ce grand et nouveau facteur, — ont été mieux obéies que les précédentes. Les règnes de Henri II et de François II virent se produire un arrêt sensible et même une sorte de recul dans Pentraînement effréné vers le luxe qui affolait depuis si longtemps les esprits; le costume semble plus sévère, sans que, du reste, il ait changé de forme.
Il y a, par exemple, une grande diminution dans l'ampleur et dans la richesse du costume viril. Les bas (chausses) sont désormais de tricots variés; les hautsde-chausses sont de simples sphères rembourrées pour être bouffantes, qui garnissent assez ridiculement le haut des cuisses; d'autres fois, les bas et hauts-dechausses faisaient corps et c'était comme une poire gonflée qui enfermait les cuisses à partir du genou. Le pourpoint a pris un collet droit et les manches ajustées; le saye n'est plus qu'un long gilet retenu par le ceinturon de l'épée. Les vêtements de dessus sont la casaque, la cape exiguë, à collet rabattu, le manteau de relire tn cloche et, pour la bourgeoisie, la robe à collet droit.
L'élégante toque portée par Henri II complète bien ce costume d'une sobre richesse. La chaussure, quoique
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tailladée encore, moule le pied dans le cuir, le satin et le velours.
Dans réquipement militaire, il y a toujours beaucoup
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Fig. 119. — Assemblée des Trois Etats à Orléans (janvier isfîi).
de parade ; nous voyons nommés le velours, les passements métalliques, le maroquin dans les pièces de Thabillement des bandes. Mais la déchéance des pesantes armures est irrévocable : la peau de buffle est préférée au métal. L'armure complète que portait Henri II n'a pas empêché Taccident qui lui coûta la vie au tournoi
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de la Bastille ; Theure du dernier tournoi a sonné. Des deux règnes dont nous parlons, celui de François II n'eut guère d'importance à notre point de vue : on fut en deuil et on porta du drap à la cour par étiquette pendant toute sa durée. Il faut noter comme une nouveauté l'emploi nouveau du linge apprêté, sous forme de collerettes plissées et godronnées, qui donna une grande extension à l'industrie nouvelle de la dentelle. La/raise nous vint d'Italie et Catherine de Médicis accorda au Vénitien Vinciolo le droit exclusif de fabriquer et de vendre les collerettes ainsi nommées. On les confectionnait d'abord avec une espèce de toile très fine et travaillée à jour qui s'appelait lacis ou point coupé. Pour plus ample information, voici comment Biaise de Montluc décrit en ses Commentaires un sien costume qu'il revêtit à Sienne: «...Je me fis bailler des chausses de veloux cramoisy, couvertes de passements d'or et fort découpées; car au temps que je les avois fai.t faire, j'étois amoureux. Je prins le pourpoint tout de mesme, une chemise ouvrée de soie cramoisy et de filet d'or bien riche (en ce temps-là on portoit les collets de chemises un peu avaliez), puis prins un collet de buffle et me fis mettre le hausse-col de mes armes qui estoient bien dorées. En ce temps-là, je portois gris et blanc pour l'amour d'une dame; et avois un chapeau de soye grise faict à l'allemande, avec un grand cordon d'argent... Les chapeaux en ce temps-là ne couvroient pas grand, comme font à cette heure. Puis me vestis un cazaquin de veloux gris garni de petites tresses d'argent à deux petits doigts l'une de l'autre et doublé de toile d'argent tout découpée entre les tresses. »
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On voit que les puissants passaient fort à Taise entre les mailles des vulgaires filets où se prenaient les petits.
Costume féminin. ■ — La vertugale est réduite à cette heure au rôle d^une simple armature, sans doute une armature de cerceaux; la basquine, qui la complète, est pourvue de manches. La robe ne s'ouvre plus sur la poitrine; elle monte droit, se ferme, comme le pourpoint des hommes, par un collet droit et tombe sans s'écarter de la droite ligne jusqu'aux pieds. Les manches ont perdu leur ampleur ; les voici qui serrent le poignet; les anciens manchofis seront transformés, il est vrai, en mancherons, fausses manches fort sottes et sans utilité ni agrément qui pendent de l'épaule comme nous l'avons vu déjà au xiii'' siècle. Les crevés, les chers crevés subsistent, mais moins largement béants : ils ont été directement visés par les édits comme une des causes du mal. Du reste, les couleurs sont devenues plus sérieuses : on affectionne le blanc, le noir, le gris, les violets et les lilas. Enfin le peu de linge qui se voit consiste en d'étroites manchettes et des collerettes empesées du genre de celles que l'on désigne justement sous le nom de collerettes à la Marie Stuart.
Les femmes semblent avoir quitté avec peine l'excellent chaperon. La toque qu'elles portèrent sous le règne de Henri II n'est guère différente de celle des hommes.
C HAPITRE XIII.