CHAPITRE XIII
porter la petite cape et le manteau de reître. Les chausses gardèrent leur ampleur. L'enflure de ces chausses monta et descendit au gré de la fantaisie la plus journalière : c'étaient tantôt des sphères, tantôt des cônes, tantôt de larges draperies ressemblant au pantalon de nos zouaves. Chacun de ces galbes portait un nom étranger, car on croyait imiter la mode des pays voisins. Les bas-de-chausses suivaient comme ils pouvaient ces inégalités.
Quicherat croit voir l'origine des canons dans une sorte de genouillère qui, dans certains cas, couvrait la solution de continuité entre les bas et les hauts de chausses.
Dans la boursouflure de ces dernières, on inaugura les premières poches, réceptacles invisibles qui effrayèrent assez l'esprit public pour être prohibés pendant quelque temps.
Fig. 125.
Bourgeois du temps de Charles IX
(d'après Gaigiiières).
Le pourpoint fut garni d'un étrange appendice; c'était une manière de tige en métal ou en quelque autre substance élastique qui faisait ressort sur le sternum et porta le nom significatif pour nous de buse. Cet instrument de torture fut mis à la mode par les femmes qui, pour obtenir une taille mince, n'hésitaient pas à se sangler dans un cof'ps piqué qui les déformait misérablement. Le buse et la garniture de tiges des corps piqués sont bien le contraire d'un instrument orthopédique, mais leur usage ne devait pas être moins insupportable.
Par-dessus cette cuirasse, les dames vêtaient, elles aussi, un étroit pourpoint bien guindé; elles se mirent à porter des chausses [caleçon] comme les hommes, et conservèrent la vertugale, les cottes et la robe des règnes précédents; mais il y eut des robes de deux façons : les unes, décolletées, s'ouvraient fort loin et auraient laissé pour le moins la poitrine aussi découverte que les robes de bal de nos jours, si toutes les parties exposées n'avaient été un peu protégées contre les regards inquisiteurs par de fines collerettes à manches ; les autres, montantes, étaient strictement fermées, mais très amples. Celles-là se portaient à cheval, et étaient de véritables amazones pourvues d'une queue. Les robes de gala avaient aussi la queue, qu'il fallait ramener et draper sur les reins pour pouvoir se mouvoir. Nommons encore les robes à façon de pardessus (on les nomma bernes) ou de casaque, ouvertes comme nous avons vu, en éventail sur les cottes qui elles-mêmes s'ouvraient sur la vertugale.
« Les robes des femmes estoient amples et plissées,
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i6o LE COSTUME EN FRANCE.
dit un satirique, et les manches estoient si amples qu'un bouc eût bien entré dedans; et une queue avoient à leurs robbes qui estoit constamment longue de six pas, et assembloyent sous icelles, quand elles les traînoient par les grandes salles ou églises, force stercores, poussière, fanges et autres saletez : ou, si elles ne les laissoient traîner, on leur attachoit cette inutile queue sur le cropion avec un gros crochet de fer ou un bouton d'or ou d'ivoire, tellement que j'ay ouy dire à de vieilles femmes qui avoient esté de ce temps-là, qu'on en a veu qui ont esté suffoquées sous telles longues robbes à queue. Et davantage, fut-il hyver ou esté, il falloit par honneur les porter fourrées d'hermines ou de martres zubelines. » Lors du sacre et du couronnement de la reine Elisabeth d'Autriche, en 1574, les princesses qui figuraient dans le cortège, montées sur des haquenées blanches, étaient suivies par des écuyers à pied qui avaient pour mission de porter la queue de leurs robes. Ces queues avaient communément de cinq à sept aunes de longueur; celle de la reine Elisabeth n'avait pas moins de vingt aunes.
On avait inventé, sous les règnes antérieurs, de couvrir le bas du visage d'une étoffe, ou cache-nez, qui avait le faux semblant d'être hygiénique. Les dames préférèrent, sous Charles IX, le masque de velours noir, dernière folie à laquelle on n'eût pas encore pensé. Il est clair que d'aussi étranges aberrations ne se sont jamais généralisées. Il faut cependant les relever comme des symptômes de ce goût du factice qui arrivait à son apogée. Au moment où nous sommes, la coiffure féminine est encore le chaperon de velours noir à cornette ;