CHAPITRE XII I
le milieu du corps paraissait enveloppé dans un ballon gonflé d\iir.
Fig. 127. — Demoiselle de la bourgeoisie sous Charles IX (d'après Gaignières).
Le pourpoint fut dénaturé par un nouvel appendice, une bosse ou corne rembourrée qui descendait au bas de Testomac et qu'on nommait panse. La taille, la cein-
ture était ainsi fortement inclinée d'arrière en avant. J'ai sous les yeux un portrait de Henri de Guise : il porte une armure boursouflée à cette même place, preuve que le métal lui-même fut plié à ces formes illogiques. La panse « cotonnée, callefeutrée, emboutie, rebondie», paraissait « un bast de mule ». La largeur des manches, la façon des mancherons, variaient à l'infini et l'ensemble était tout balafré de crevés.
Jetée sur les épaules, la cape exiguë, le « gentil, petit, frisque, gay, troussé mantelin », atteignait Juste à la ceinture, tandis que le cou était entouré d'une fraise immense. La variation de nos modes paraissait incessante aux étrangers. « On a toujours le manteau posé sur une seule épaule, écrit un secrétaire de l'ambassade vénitienne, une manche du pourpoint ouverte et l'autre boutonnée. Ces changements de costume chez les jeunes gens exigent des dépenses considérables. Un homme de la cour n'est pas estimé s'il n'a vingt-cinq ou trente habillements de différentes façons et s'il n'en change tous les jours ». On portait encore la tabarre, le long manteau de reître, mais peu. Le col rabattu avait fait son temps (on l'avait porté même avec l'armure) ; voici venir toute la variété des Jeux qu'on peut faire avec des lés de mousseline empesée « godronnée à tuyaux d'orgue, fraisée en choux crespés », avec les fraises semblables à des meules de moulin ou à des bassins portant une tête décollée.
Pour le couvre-chef, il allait de la forme conoïde à la forme plate, se développant d'une coudée tantôt en hauteur, tantôt en largeur, pareil à un pain de sucre ou à un « cul d'assiette avec un rabat plus que sesquipédal »!
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i6(î LE COSTUME EN FRANCE.
Chose bizarre ! ces hommes charge's de dentelles et de bijoux ne quittaient jamais Tépée et la dague. Les mignons de Henri III étaient de fines lames; sauf ce détail on aurait de la peine à rien relever de viril à la cour. « Le roi, dit PEstoile, ouvroit son pourpoint et descouvroit sa gorge. » Les femmes se montraient, la peau couverte seulement de toile fine, « avec un point coupé (dentelle) à la gorge )i. « Les plus belles et honnestes dames de la cour estant à moitié nues et ayant leurs cheveux espars furent employées à faire le service » dans un banquet donné par la reine mère à Ghenonceaux.
On ne vit oncques prodigalité pareille à celle que le roi déploya aux noces de Joyeuse. Quelques-uns des convives portaient des habits qui avaient coûté dix mille écus; Henri III dépensa pour sa part environ six millions de notre monnaie. « La toile d'or et d'argent, dit l'Estoile, les accoustrements des pages et laquais, le veloux et la broderie d'or et d'argent n'y furent non plus épargnés que si on les eût donnés pour l'amour de Dieu. »
C'eût été merveille que le costume des dames n'eût pas été droit à l'exagération, et peut être, au vrai, l'exemple partait-il d'elles. Jusqu'à la taille, en effet, jusqu'à la taille inclusivement, il ne s'en faut guère qu'on ne puisse confondre la mise d'un jeune seigneur et celle d'une « haute et honneste dame ». Le bizarre déplacement de la ceinture obtenu par la nouvelle coupe du pourpoint viril, et l'adjonction de la panse sont l'imitation du corsage que portaient les élégantes. Ce corsage, sanglé à la taille, était muni d'une pointe rigide avalée fort bas. De cet étranglement partait un