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Le costume en orient

L'histoire du costume est devenue, actuellement, un facteur «essentiel de l'histoire de la civilisation. Sans compter les savants de profession, on voit de plus en plus les artistes, les ouvriers des métiers touchant à l'art, les maisons de modes, le personnel des théâtres, s'intéresser à cette sphère d'activité des facultés créatrices de l'esprit humain. Cependant, nous sommes loin encore d'en connaître tous les détails. Depuis l'époque où Hermann Weiss, dans son „Kostiimkunde" (1860 1872), a institué les premières recherches relativement au costume dans ses rapports avec l'histoire générale des peuples, de nouveaux et de précieux travaux ont été publiés. Toutefois, en parcourant ces divers ouvrages, on s'aperçoit qu'il y manque quelque chose d'essentiel, notamment, le costume lui-même. Combien peu, en effet, nous apprennent-ils au sujet de la forme du vêtement, au sujet de sa coupe, au sujet de l'arrangement de ses diverses parties. Encore, les rares coupes jointes aux ouvrages techniques se bornent-elles au costume européen. Le costume oriental reste presque entièrement de côté. A la vérité, des patrons réduits ou des coupes de vêtements de l'ancien Orient se rencontrent en nombre restreint, mais ces coupes ne s'accordent guère avec la réalité, car, d'une part, les savants se sont laissés trop influencer par les dessins schématiques des anciens dessinateurs et, d'autre part, ils n'ont pas eu un aperçu clair des diverses pièces des costumes ayant été ou étant encore actuellement en usage.

Pour pouvoir reconstituer, il doit être possible de comparer. A cet effet, il a fallu, au préalable, former une collection complète de patrons d'après les vêtements modernes et antiques de tous les peuples. Au cours de voyages dans le nord de l'Afrique, en

Espagne, dans les Balkans, au Caucase, il m'a été donné de compléter et, finalement, de réunir en une collection, les matériaux qu'avaient fournis les musées d'Europe et les collections privées. Ma première collection a été exposée, en 1911, dans la bibliothèque Lipperheide du musée d'art industriel à Berlin, où elle attira vivement l'attention de la direction du musée qui en fit, aux frais de l'Etat, l'acquisition pour la bibliothèque.

Ces dessins de vêtements, publiés par après et que d'autres séries suivront encore, ne peuvent cependant rendre qu'une partie des types de vêtements en usage en Orient, autrefois ou dans les temps présents. Néanmoins, j'ai essayé de faire un choix des formes les plus remarquables, caractéristiques pour chaque pays et permettant, tout au moins, d'avoir une vue d'ensemble de la nature réelle du costume oriental. En examinant attentivement chaque planche et en comparant les planches entre elles, il ne sera pas difficile de retrouver les types de vêtements appartenant à une civilisation déterminée et d'en reconnaître la dissémination géographique. On s'apercevra rapidement que des vêtements semblables se rencontrent répandus sur de larges zones géographiques, mais aussi que les dissemblances les plus extraordinaires peuvent, en même temps, apparaître dans un même pays. Il est vrai que l'histoire nous enseigne que, depuis les temps les plus reculés, les peuples ont émigré, qu'ils se sont mutuellement refoulés ou qu'ils ont fini par s'amalgamer. Cependant tout ce qui se montre comme étant analogue, ne doit pas nécessairement avoir été imaginé en un seul endroit d'où, dans la suite, la dispersion se serait faite. Chaque fois que des hommes ont eu à tenir compte de nécessités semblables ou ont vécu sous un climat identique, la même forme de vêtement a dû s'imposer malgré les différences de localité.

En considérant un vêtement, il y a lieu, d'abord, d'en examiner le nombre des coutures qui, mises en évidence de l'une ou

de l'autre manière, reçoivent une ornementation spéciale, tout en faisant abstraction des coutures n'apparaissant que d'une manière fortuite, par exemple, comme conséquence de l'emploi de pièces d'étoffe de dimensions insuffisantes. L'attention doit, ensuite, être portée sur la forme des manches, la nature de l'encolure, la manière dont le vêtement se ferme, les ornements qui le garnissent, ainsi que la couleur qui le distingue. Les vêtements des civilisations les plus anciennes sont coupés très sommairement et ne révèlent que de rares coutures. Des vêtements compliqués peuvent être réduits à un ,, noyau" caractéristique, qui subsiste lorsque l'on enlève toutes les parties ajoutées, reconnaissables aux coutures. Ce „noyau" se retrouve, chose remarquable, dans des pièces de vêtement actuellement encore en usage et qui me paraissent pouvoir être dénommées formes primitives. Plusieurs de ces formes primitives paraissent n'appartenir qu'à certaines civilisations; d'autres, au contraire, avoir été partout créées identiquement. Comme, de nos jours encore, plusieurs peuples vivent dans des conditions qui se rapprochent beaucoup de celles des premiers temps historiques, il est compréhensible que de très anciennes formes subsistent encore actuellement. Et, de même que, au cours de fouilles, les ruines apparaissent étagées suivant les périodes de civilisation, de même l'habillement de certains peuples se compose de types de vêtements se rattachant à des civilisations et à des époques différentes.

Comme exemple, je cite l'ample chemise de dessous du Maroc (cf. pi. 3). Le noyau de cette chemise correspond à la tunique romaine, caractérisée par l'échancrure horizontale de l'encolure. Les manches se composent de deux parties. La partie supérieure appliquée à la tunique trouve son pendant dans la dalmatique, vêtement à larges manches des basses époques romaines. Les manches de la dalmatique ont reçu, à leur tour, une adjonction par l'application d'une partie en biais qui, vers la main, élargit

considérablement la manche. Cette adjonction en biais répond à une tendance du goût syro-arabe et l'usage doit s'en être introduit, dans le nord de l'Afrique, vers l'époque de la conquête arabe. Si, de cette façon, un nouveau vêtement est apparu, on n'a, cependant, pas renoncé aux anciennes formes indigènes. La tunique, devenue la "djebba", est encore, actuellement, portée au Maroc par les Berbères, et la dalmatique, quoique réduite dans ses dimensions, est devenue la chemise des femmes d'Alger. Ces dernières, encore de nos jours, n'entendent pas renoncer à ces deux bandes passant par-dessus les épaules (angusti clavia) qui étaient cousues sur la tunique ainsi que sur la dalmatique et qui se retrouvent également dans les vêtements coptes. Ces bandes sont remplacées par des rubans satinés en couleurs, fixés à la chemise.

Cet exemple peut suffire. Pour le surplus, je renvoie à mon ouvrage „Studien zur orientalischen Kostiimgeschichte" qui constitue, en quelque sorte, avec ses nombreux détails, un volume de texte accompagnant le présent album de planches. Dans ce dernier, le texte qui se rapporte à chacune des planches doit — de concert avec les matériaux qu'offrent mes „Studien ' — préparer la voie à une étude du développement historique du costume oriental.

La détermination du nom des vêtements ne s'est pas faite sans difficultés. Au cours de mes voyages, je me suis toujours efforcé de me renseigner à ce sujet; toutefois, les indications que j'ai reçues peuvent, plus d'une fois, avoir été erronnées. Lorsque, dans les collections de costumes des musées, j'ai trouvé des indications de noms, je les ai notés. Je serais particulièrement reconnaissant des communications que l'on voudrait me faire relativement à des noms de vêtements qui ne figurent pas dans le présent ouvrage.

Fixer géographiquemënt la présence de tous les types de vêtement est une tache que je ne puis, malheureusement, remplir

que partiellement, mais dont l'importance en ce qui concerne l'histoire de l'habillement, doit à peine être mentionnée.

Sur les planches, tous les vêtements sont dessinés à l'échelle de 1/10 e, de manière à faire ressortir clairement le rapport des dimensions. Les vêtements sont, autant que possible, représentés déployés, de façon à en montrer la coupe et à permettre au tailleur d'en faire la reconstitution.

Les planches ont été rangées en suivant un ordre géographique. C'est ce qui m'a semblé le plus pratique. Il convient de remarquer, cependant, que les formes de vêtements auraient pu être rassemblées par groupes, ce qui, davantage, aurait mis en évidence le développement historique du costume. Toutefois, comme pareille distribution serait restée forcément plus ou moins incomplète, il semble bien que l'ordre adopté pour la suite des planches, doive être considéré comme étant le plus conforme au but envisagé.

Parmi les vêtements on peut considérer deux groupes. Le costume se compose, soit de différentes pièces cousues, auxquelles s'ajoute une encolure, soit d'une seule pièce d'étoffe dont on se sert pour couvrir le corps, entièrement ou en partie. Les vêtements fermés et cousus se prêtent, naturellement, beaucoup mieux à une reproduction graphique que les voiles qui enveloppent simplement le corps, ces derniers n'obtenant leur forme que lorsqu'ils sont plus ou moins artistement drapés, Le premier groupe est principalement reproduit sur les planches suivantes, alors que le second groupe devait, nécessairement, mieux s'approprier à des reproductions dans le texte des „Studien".

Si mes recherches sont consacrées, tout d'abord, au costume oriental, la raison en est que, justement, le costume oriental présente des éléments très remarquables pour l'étude de développement des formes du vêtement. Il nous permet de voir particulièrement bien comment des étoffes couvrant simplement le

corps ont, dans la suite, été utilisées en vue de combinaisons compliquées et comment les vêtements primitifs, n'ayant qu'une simple encolure, ont par les coutures et les pièces ajoutées, donné naissance aux habillements modernes.

S'il m'est donné de publier une nouvelle collection de costumes et, en même temps, de montrer dans mes ,,Studien" le développement de certaines formes primitives du vêtement, il m'est particulièrement agréable d'exprimer mes sincères remerciements à un certain nombre de savants qui m'ont assisté dans mon travail. En premier lieu à M. le conseiller intime Dr. Albert Grunwedel, directeur du musée ethnographique de Berlin, qui, pendant de longues années, m'a aidé dans mes recherches. Je dois également des remerciements à MM. les professeurs Dr. Le Coq et Dr. Ankermann, tous deux attachés au musée ethnographique à Berlin. Je dois, de même, avec un sentiment de reconnaissance, rappeler l'intérêt que, dès le début, a porté à la formation de mes collections, le directeur de la bibliothèque Lipperheide à Berlin, M. le professeur Dr. Doege, décédé récemment.

Mon travail a pu être publié, dans la forme présente, grâce à la maison d'édition Wasmuth A. -G. qui n'a négligé aucun effort pour que, dans ces temps difficiles, l'ouvrage puisse se présenter sous son meilleur aspect.

Berlin, 1922.

MAX TILKE.

Planche 1.

AFRIQUE DU NORD, MAROC

La Djellabia ou Djellaba.

Cet habillement, avec le capuchon, sert de vêtement de dessus et remplace le burnou ou silham. La djellabia est, le plus souvent, faite de lainage grossier, de couleur brune ou grise, et rayé de noir. Elle est généralement ornée de passementerie jaune ou rouge et de houppes vertes ou rouges. Les Kabyles du Riff portent des djellabias brun foncé de couleur uniforme avec des passementeries jaunes et des houppes multicolores. Les citadins aiment les djellabias de drap bleu. La bordure est alors souvent de couleur cramoisie. Les ,,Muchasenias" (Gendarmerie indigène) et les voyageurs portent volontiers la djellabia par dessus le haik.

Original Collection Tilke.

AFRIQUE DU NORD, MAROC

La Farasia.

Ce vêtement est une espèce de chemise, munie de larges manches et arrangée de façon à pouvoir être boutonnée sur la poitrine. Très souvent elle est pourvue d'une ceinture.

Les gens aisés au Maroc portent assez souvent des costumes de coupe presque indentique, toutefois, faits de drap, et qui sont façonnés de manière à pouvoir être boutonnés du haut en bas, à la façon des gilets („ssedria"). Les couleurs préférées pour ces costumes de drap qu'on nomme Kaftan, sont principalement le rouge vineux, le vert d'olive ou le brun clair.

Les armes sont portées au Maroc par des cordons de laine, tressés d'une façon particulière et pendues au-dessus des épaules. Le poignard recourbé s'appelle kumia.

Original Collection Tilke.

Planche 3.

AFRIQUE DU NORD, MAROC

Djebba et Garnis.

La djebba de forme carrée avec encolure horizontale, qui, d'un côté du cou, peut être serrée avec des lacets, est une pièce d'habillement caractéristique des Maghrebs. Elle n'est portée, comme les garnis, que par les hommes. La djebba représentée ici est confectionnée de laine grossière rayée. Généralement cependant elle est confectionnée de coton teint en blanc ou en bleu.

La garnis est une djebba qui a été pourvue de manches: elle sert de chemise.

Original au Musée d'ethnographie à Berlin, Collection Tilke.

Planche 4. AFRIQUE DU NORD, ALGERIE.

Burnou d'un officier des Spahis.

Ce burnou est fait de drap européen rouge et garni de cordons d'or, passementeries et de houppes. Les coins sont ornés, en dedans, de soie multicolore, les bords de devant renforcés de passementeries tricolores. Les burnous ordinaires de l'Afrique du nord (appelés aussi Silham au Maroc) sont composés de laine blanche ou de coton blanc. En outre on en porte également de noirs, bruns et bleus.

Les citadins aisés portent des burnous en laine, qui s'adaptent aux couleurs du costume. Des burnous avec raies verticales, généralement dans les tons naturels de la laine, blanche, brune, grise ou noire, se voient souvent dans le sud de l'Algérie et de la Tunisie.

Original Collection Tilke.

Planche 5. AFRIQUE DU NORD, ALGERIE.

Robe de brocat d'une juive, se boutonnant sur les épaules. Devant brodé d'or.

Chemise de mousseline des femmes à Alger. Très souvent garnies de bandelettes de satin en couleur, larges de 5 cm, qui vont par-dessus les épaules jusqu'au bord inférieur. Les couleurs recherchées de ces bandelettes sont le rouge, le vert, le violet et l'orange.

Original Collection du peintre Wilh. Gentz.

Planche 6. AFRIQUE DU NORD, ALGÉRIE.

Tunique: Habayah ou Djebba. Gilet: Ssedria ou Firmla. Pantalon: Sseruall.

Ce sont les vêtements de dessous de la population des campagnes en Algérie. Généralement ils sont confectionnés de coton blanc léger. Audessus on porte, suivant les nécessités, le haik et le burnou.

Original Collection Tilke.

Planche 7. AFRIQUE DU NORD, TUNISIE.

Jaquette: Rulila ou Oughrlila. Pantalon: Sseruall. Gilet: Ssedria ou Firmla. Chaussure: Bullua ou Bulghra. Bonnet: Chéchia.

Les jaquettes et pantalons tunisiens sont faits de drap. Pourtant on en fabrique, pour l'été, également de toile et de coton.

Le gilet s'adapte généralement à la couleur et à l'étoffe du costume.

Les chaussures d'homme en Afrique septentrionale sont de couleur jaune, celle des femmes, le plus souvent, rouges ou vertes.

La chéchia, en Tunisie, a une forme plus ronde, au Maroc une forme plus pointue.

Original Collection Tilke.

Planche 8. AFRIQUE DU NORD, TUNISIE.

Kasabia, Gasabia et jaquette à capuchon.

La kasabia est le costume de la population ouvrière, des petits marchands, des chameliers, etc.

Elle est faite de grossière étoffe de haik brune, grise ou blanche, et garnie de galons blancs en laine.

La jaquette ou veste à capuchon remplace, chez les marchands ambulants et ceux qui exercent des professions similaires, le gênant burnou aux larges plis.

La jaquette à capuchon est portée au-dessus de la gasabia ou du costume ordinaire. Chez les cochers, à Tunis, elle est, le plus souvent, faite d'étoffe bleue avec doublure rouge.

Dessiné à Tunis d'après un original.

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