AUVERGNE
dans la garniture des demi-manches; robe froncée
Cette province se divisait autrefois en haute et basse Auvergne : la première a formé le dé-#
partement du Cantal et une partie de celui de la Loire ; la seconde est aujourd’hui le départe-s
ment du Puy-de-Dôme. La population est uniformément forte et laborieuse, mais les monta-M
gnards, les plus Celtes des Celtes à en juger par leur physionomie et leur taille, se distinguenth des habitants des vallées par la façon dont ils restent immuables dans leurs mœurs; ils mettenté
à conserver cette Immobilité autant de soin que d’autres mettraient à la perdre. Le nombre des habitants a considérablement diminué. La rudesse du climat, la cherté des
fermages, l’accumulation dans un petit nombre de mains de la propriété foncière, provoquenté
depuis de longues années un mouvement important d’émigration. Bon nombre de gens quittent
leurs villages pour aller gagner leur vie, soit dans les grandes villes par une profession séden-#
taire ; soit dans les campagnes comme marchands nomades d’étoffes, de bestiaux, etc. Cettel émigration qui se faisait d’abord avec esprit de retour, a insensiblement changé de caractères et est devenue durable pour un grand nombre d’expatriés. |
Haute Auvergne. — IX] y a quelques années on pouvait encore voir les Cantaliens vêtus dul
costume traditionnel généralement fait de raze, drap grossier fabriqué dans le pays. [1 com=#
prenait la veste longue, munie de grandes poches ; le poulacre, espèce de surtout en flanelle,.
serré autour des reins par une ceinture de cuir; le gilet, de même étoffe que la veste; la brayek
des Gaulois et les longues guêtres recouvrant presque tout le sabot. Deux coiffures étaient enM
usage : le bonnet, pour les jours de travail, et le chapeau rond à larges ailes pour ceux où l’on se rendait à la ville.
On porte toujours la coubertie (ancien sagum), manteau rayé appelé argo peilloux lorsqu'il est vieux eb rapiécé ; mais le reste du costume est complètement modifié. Aujourd’hui, c’est" la casaque de velours bleu ou gris, ornée d'énormes boutons en os ; le gilet et le pantalon dem
même étoffe, excepté l’été où tous deux sont en coutil bleu ; enfin le petit chapeau rond. Les dimanches, le gougou, long couteau à gaîne, est attaché par une double chaîne en cuivre à la dernière boutonnière de la casaque et remonte jusqu’à une poche pratiquée dans la doublure de la veste, sur la poitrine, Les montagnards ont, en outre, un bâton terminé par une boule ferrée ; à l’occasion, ils savent s’en servir avec une redoutable dextérité.
Les femmes conservent assez l’ancien vêtement ; dans quelques endroits on rencontre encore chez elles le corsage dont la manche est ornée de doubles parements de soie ouvrée simulant le brassard ; un corset, gracieux parfois, passant sous les bras et de formes capricieusement variées selon les localités : le mouchoir, tantôt d’indienne, tantôt de soie, croisé sur la poitrine ; la robe de grosse bure relevée par devant pour faire une vaste poche et le tablier à bavette. — Il existe une particularité au sujet de cette pièce du costume : le jour des fiançailles, l'obligation s'impose au futur de parvenir à dénouer librement, et sans que sa fiancée s’y oppose, les cordons de son tablier. C’est comme le symbole du consentement. — Les riches paysannes portent à leur cou des chaînes d’or avec des Saint-Esprit d'émail enrichis de quelques pierres précieuses. — Les coiffures varient beaucoup et affectent des formes différentes se reproduisant dans des localités quelquefois très éloignées les unes des autres. Dans les environs d’Aurillac, la coiffe est généralement longue, tandis que dans les arrondissements de Saint-Flour et de Murat, les femmes portent sur leurs cheveux lissés en bandeaux un mouchoir qui y demeure fixé au moyen d’un cercle de laiton. Cet ornement que les Cantaliennes affectionnent à la forme du diadème antique; on l'appelle serre-malice. Lorsqu'il pleut, on s’enveloppe de la capele, sorte de capuchon bleu doublé d’écarlate et se rapprochant assez de la coiffure des Pyrénéennes.
Entre les nombreux traits communs à l'Auvergne, au Velay et au Bourbonnais, il en est un que l’on constate dans bon nombre d’endroits ; c’est l’adjonction d’un chapeau sur la coiffe. La toilette est pour ainsi dire incomplète si elle n’a que l’un ou l’autre de ces deux objets. — Cet usage existait depuis longtemps dans le Cantal où les montagnardes avaient une certaine coiffure qui pouvait, par son ampleur, rivaliser avec celle de leurs maris ; aujourd’hui elles ont presque toutes adopté le petit chapeau noir garni de velours.
Basse Auvergne. — Tia Limagne « diaprée de la verdure de ses prairies et de l’or de ses moissons », est un vaste bassin d’une fertilité proverbiale ; elle occupe une partie considérable du centre de la basse Auvergne. Ses habitants diffèrent des montagnards par le costume, le langage et les mœurs.
Ils forment deux catégories : le paysan-propriélaire et le paysan-journalier ; la mutation de cette seconde catégorie dans la première est continuelle, et c’est surtout au Limagnien que peut s'appliquer ce vieux dicton : « Les Auvergnats et Lymosins — font d’abord leurs affaires — puis celles de leurs voysins. »
Au siècle dernier, les habitants de la basse Auvergne avaient un large chapeau à deux cornes; un habit blanc court et plissé: de larges culottes d’étoffe grise et des guêtres.
Actuellement, lhabillement, toujours fait de grosse bure, est d’une grande simplicité. On porte la veste à taille courte avec des poches sur le côté ou la biaude (l'ancien bliaud), blouse de bure grisâtre ; un gilet garni d'énormes boutons en métal et un pantalon; comme coiffure, la casquette de feutre gris en forme de mitre ou le chapeau de haute forme. Par les mauvais temps, chacun se couvre d’un manteau de grosse laine et de poil de chèvre. Partout lés sabots sont la chaussure ordinaire ; on les remplace le dimanche par de gros souliers garnis de clous. — Le lailladou ne quitte jamais la poche de la veste; à la moindre provocation, ce couteau entre en jeu.
Le paysan à deux vêtements : celui des jours de fête et celui des jours de travail ; le vêtement de travail n’est autre que celui des fêtes arrivé à l’état de vétusté.
Le costume des femmes échappe à toute description par son infinie variété. Chez celles qui n’ont pas encore fait de concessions aux modes actuelles, il se compose généralement d’une robe de bure dont le corsage est recouvert d’un foulard d’indienne, du petit corset et d’une robe que, les jours de travail, on relève en larges plis, comme dans le Cantal. Les bonnets ont tantôt le fond arrondi et bouffant, tantôt le fond long et étroit recouvert de longues passes flottantes. Par-dessus le bonnet, on met un chapeau dont les formes diverses procèdent toujours de celui en usage dans le Bourbonnais ; on le garnit de velours ou de crêpe noir.