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CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

ESSAI SUR LA PHILOSOPHIE DU COSTUME, DÉDIÉ A M. LE D' ARTUR HAZELIUS, DIRECTEUR DU MUSÉE ETHNOGRAPHIQUE DE STOCKHOLM.

À la suite des huit planches à réunir concernant les costumes, les parures, l'habitation typique et les objets en usage en Suède, Norvège, Islande et Laponie, ayant pour signes distinctifs la Corde, le Chien de fusil, À couronné, B P, BQ, BR, BS, et BT, et dont tous les éléments

appartiennent aux classes rustiques, nous croyons devoir immédiatement rattacher les considérations générales auxquelles cet ensemble donne lieu, en ce qui concerne le Germain, « cette race qui ne ressemble qu’à soi, » dit Tacite, et dont le Scandinave représente l’un des types supérieurs,

Le royaume de Suède, configuré en une hauteur étendue de la Baltique au cap Nord, contient deux éléments principaux de population : 1° les tribus laponnes, fort réduites (voir à leur sujet, la notice spéciale pl. BT) ; 2° le Germain, le dernier conquérant demeuré vainqueur, dont le chef conserve encore au dix-neuvième siècle le titre significatif de roi des Goths et des Vandales. (Proclamation du duc de Sudermanie, Charles XITT ; 1809.)

Le Germain de la Suède, qûi se présente sous la forme agricole et pastorale qui le caractérise aujourd’hui, est encore, à beaucoup d’égards, le vieux Scandinave guerrier, dont la réapparition devait se produire dans les temps modernes avec l’éclat que l’on sait, en apportant au protestantisme allemand le poids décisif de son épée.

Les costumes sous lesquels nous le voyons représenté, à la veille même de l’ère des confections à la grosse qui, en Suède comme dans toutes les autres parties de l’Europe, font aujourd’hui disparaître les derniers vestiges des choses traditionnelles, ces costumes, disons-nous ferment, en réalité, le cycle de tout un passé, dont il importe d’autant plus de rechercher le caractère, au point de vue du costume et de la parure, que les paysans du royaume de Suède sont en nombre relativement beaucoup plus considérable par rapport aux autres parties de la population qu’on ne les trouve généralement dans les autres États de l'Europe ; par leur importance et leur caractère, ils sont la nation même,

Physiquement, le Germain de la Suède, sans rien conserver de l'air féroce que lui attribue l'historien latin, est généralement resté le Germain montré par Tacite « aux yeux bleus, à la chevelure d’un blond souvent ardent, au grand corps. » Il est principalement de cette race teutone où tudesque que les naturalistes désignent comme #do-germaine. La peau est très blanche, vermeille ; les formes sont robustes et massives ; le caractère est flegmatique, tenace et froid.

Le mélange des races s’accuse de plus en plus en avançant vers le nord ; la nuance distinctive de la chevelure des peuples scandinaves se rembrunit, selon que l’on se dirige vers le pôle. À Hernœsand, dans l’Angermanie, on ne voit plus que des cheveux châtains ou tout à fait noirs, des traits bruns ou basanés.

De catholique, le Suédois est devenu un ferme protestant. Tout paysan sait lire eb écrire, et sa lecture la plus ordinaire, c’est la Bible. Cela n’empêche point que chacun connaisse l’histoire nationale, et garde le souvenir des anciens mythes illuminés des noms de Thor et d’Odin. Pour le Norvégien à la mémoire tenace, malgré les objurgations du clergé et le sermon du missionnaire, le mysticisme des époques des hauts faits, survivant en grande partie, continue à se transmebtre, Conséquence du climat et du mode d’existence, tendance native de l’ima.gination, ou encore effet de la contagion de l'esprit de ceux qui occupaient auparavant le sol,

sous ce ciel si fréquemment nébuleux, de lumière avare, où les nuits longues s’enveloppent de voiles mystérieux, où la famille vit, ordinairement, dans un isolement presque absolu, toutes les choses de la nature ont comme une vie propre, à laquelle chacun est initié pour tout ce qui concerne l'entourage immédiat.

Au commencement de ce siècle, alors que dans cette Suède aujourd’hui sillonnée de chemins de fer et largement entrée dans le mouvement industriel contemporain, les paroisses séparés par de longues distances ne communiquaient que par des chemins fréquemment rendus impraticables par le climat, l’homme antique était encore, sous bien des rapports, si peu modifié, celui du jour se liait si étroitement aux hommes du passé des plus anciens âges, par une sorte d'imagination propre à la ténacité de ces gens froids, que, malgæé le rationalisme du protestant, les voyageurs constataient généralement la persistance en de certaines croyances. Pour le paysan de cette première moitié du siècle, les montagnes ne continuent pas seulement à recouvrir toujours les géants, ennemis de la lumière et des dieux qui les ont vaincus ; les entrailles de la terre ne continuent pas seulement à être peuplées de nains industrieux et actifs, les 7rolles, qui fabriquent les armures de fer et cisèlent les glaives d'acier ; l'entrée des golfes ne demeure pas seulement gardée par Wak, la divinité à laquelle 11 faut des sacrifices sanglants ; mais chaque montagne, chaque torrent, chaque forêt, le lac comme la plaine, toute chose de la nature enfin avec laquelle l'homme se trouve en contact, à son génie propre, hostile ou propice, etc., etc.

C’est ce paysan que la Suède à surtout montré dans les expositions internationales depuis 1867; il forme une division capitale dans l’importante galerie ethnographique fondée en 1872 à Stockholm, par M. le D' Artur Hazélius. Les types, consacrés par l'élection des nationaux, sont de véritable valeur ethnographique ; dans leurs moindres détails ces représentations sont d’une précision qui en forme des documents dont la valeur ne saurait guère être surpassée. Le seul titre de la qualité exceptionnelle de ces effigies expliquerait l'attention apportée ici à leur examen ; mais un autre motif nous a déterminé, en outre, à poursuivre notre étude.

Les exhibitions internationales de la plupart de ces figures ont été accompagnées de répertoires si laconiques, n’indiquant guère que les localités, que le spectacle, entr’autres, offert par les couples de fiancés, est resté comme une espèce d’énigme dont il est regrettable que la Suède ne nous ait pas elle-même fourni le mot.

La plupart de ces paysans sont montrés, et très judicieusement, dans la parure des jours de fêtes, avec l’habit dont on entend tirer honneur, en costume de choix, le seul qui soit véritablement de nature à révéler quelque chose du caractère de l’homme. Comment ge fait-il qu’un couple de fiancés présente invariablement le singulier spectacle d’une fille en costume d’ancêtre, mettant sa main dans celle d’un garçon dont l’habit, donnant parfois à ce paysan les allures d’une prétention propre au sexe fort, est immanquablement d’une coupe plus ou moins rajeunie, se rattachant au grand courant des modes européennes des deux derniers siècles, courant dans lequel les femmes ne se seraient point engagées ?

En recherchant les causes d’un étab si particulier des choses en Suède, nous avons pu reconnaître comment les effets des traditions peuvent se manifester diversement. Tantôt la transmission de certaines pièces du costume en usage démontre matériellement la durée des traditions ; tantôt la déviation même des choses du costume, l’abandon total des vieilles formules, s'annonce comme une conséquence non moins certaine de la persistance des traditions dans leur essence morale, peut-être la plus indélébile de toutes.

S'il existe une philosophie du costume (et un essai de ce genre est à sa place dans un ouvrage comme le nôtre), l'étude faite ici pourra n’être pas inutile pour la compréhension de la double marche des traditions sur bien d’autres points que le vieux sol scandinave. En tout cas, nous ne pouvions laisser passer sans en rechercher les causes, le contraste flagrant que l’on nous montre, entre des femmes restées les mêmes, et des hommes flegmatiques, lents, mesurés, réfléchis, chez lesquels la gravité est une marque de race, eb pour qui, au contraire, toutes les vieilles formules du costume ont disparu.

En examinant les choses de près, on retrouve sous le rajeunissement des costumes paroissiaux le vieil homme des traditions, conservant encore à bien des égards son caractère natif, presque non moins que s’il se présentait toujours affublé de vêtements absolument identiques pour l’homme et la femme que portaient les anciens Scandinaves : l’habit court, les pantalons, les bottes, les gants, le capuchon enveloppant toute la tête, à l'exception du visage.

Pour les femmes il n’en est pas de même. Malgré le préjugé d'élection signalé par Tacite dans ses indications générales sur la Germanie : « Ils supposent aux femmes je ne sais quoi de saint et de prophétique, et ils ne méprisent pas leurs conseils, ni ne négligent leurs réponses, » malgré les adulations prodiguées, surtout aux filles vierges, parmi les populations de sang germanique pendant le moyen-âge, la condition de la femme dans la famille agricole chez les Germaïns de la Suède s’est trouvée ravalée dans une telle mesure, que des voyageurs modernes ont pu écrire avec justesse, comme l’a fait M. Louis Enault traversant le Guldbrandsdal : « Les femmes ont l'air de n’être que les servantes de leurs maris. »

On peut, en effet, observer chez les Suédois que plus les nécessités de l'existence maïntiennent dans la famille l’organisation patriarcale, plus la prépondérance d’un chef mâle est dans les mœurs, plus l'élément féminin est subordonné. Dans l’oligarchie de cette communauté (voir le Gaard, notice pl. B P), chaque homme participe de l'importance de celui d’entre eux qui, dirigeant un vaste domaine agricole, ou des populations clairsemées sur d'immenses pâturages, est souvent obligé, par suite de son éloignement de toute chose, de cumuler certaines fonctions du culte et de la magistrature. En de pareils milieux, où le génie féodal se mélange avec les mœurs républicaines, c’est surtout l’homme qui compte, celui dont la famille est fière.

La bravoure du paysan endimanché, avec le sens de ce vieux mot français appliqué à Paccoutrement, est significative. L'unité locale de la toilette paroissiale ne sert pas seulement à

faire montre de l'importance et de la prospérité de la paroisse ; l'affectation des divergences, souvent si sensibles entre voisins immédiats, est d’une source plus noble, bien caractéristique. Sous l’étendard de la paroisse, la toilette du paysan continue à représenter l'indépendance de l’ancienne tribu, dont l'esprit apporté par les Germains « aux bataillons formés de membres de la même famille, » dit Tacite, est toujours si facile à reconnaître dans l'exploitation agricole de la paroisse, exercée avec une solidarité tenant à la parenté, à la propriété, au culte, au sol, et qui persiste, en Suède, comme une marque indélébile de la race.

Ainsi s'expliquent les divergences si obstinément voulues qui n’ont cessé de se produire entre voisins, et qui se retrouvent dans tous les rajeunissements des costumes masculins. La diversité des costumes paroissiaux, si remarquable en Suède, est, assurément, une conséquence de ces temps où, divisés en tribus innombrables commandées chacune par un roi (& foule des petits rois, disent les chroniqueurs), le territoire occupé par chaque groupe prenait le nom de royaume, eë affichait une indépendance complète. Le port du costume paroissial emprunte à cette indépendance une signification particuliere et explique que nous rencontrions les toilettes masculines toutes rajeunies, en conséquence de traditions imperturbables, que nous avons désignées comme d’ordre moral : d'accord d’une part avec l'assertion de Tacite que « le Germain se donnait à voir, dominant par l'admiration, » et d'autre part, avec ce que se montre le Germain de la Suède, imbu d’un tel sentiment d'égalité que le paysan, celui du Dovre-field comme celui de la Dalécarlie, tutoie indifféremment tous les gens, quel que soit leur rang, et y compris le souverain. Les rajeunissements de la parure masculine ont été une conséquence très directe du caractère traditionnel de cet homme; l’histoire de cette parure le démontre.

Si jamais les restrictions des lois somptuaires, qui ne-manquèrent pas plus à ce pays qu’à d’autres, düûrent être sensibles, paraître odieuses, aux gens sans titre ayant à les subir dans leurs conséquences les plus vexatoires, ce fut surtout à ce paysan égalitaire qui vient d’être montré. Le fait est là pour le prouver. Tandis que la femme se pare de ses antiques toilettes, il ne subsiste rien, dans les habits parés à l’usage de l’homme, qui remonte au delà des premiers affranchissements de la classe des paysans, admise à faire partie de la représentation nationale vers la fin du quinzième siècle, sous Sten-Sture l’ancien, les paysans formant depuis ce temps l’un des quatre ordres fondamentaux de la nation.

À cette première indication en succèdent d’autres ; la mode des édits somptuaires ayant continué à sévir en Europe pendant le seizième siècle, et même pendant une bonne partie du dix-septième, 1l ne semble pas très probable que le paysan suédois, malgré la première importance politique acquise, ait été tout de suite beaucoup plus indépendant au sujet du costume que, selon sa classe, il lui était licite de porter. Sa véritable émancipation, sous ce rapport, paraît surtout se rattacher à son affranchissement définitif, qui ne date, en fait, que du dix-huitième siècle, et particulièrement de la révolution de 1772, pour le succès de laquelle Gustave III sut rallier à la cause royale les ordres inférieurs de l'Étab, les paysans ayant dé-

cidé le triomphe du monarque dans une lutte qui divisait alors la noblesse, partagée en en deux partis, celui des bonnels (bonnets de coton) et celui des chapeaux, du nom dont on les distinguait depuis 1728. Dans ce heurt, où devait disparaître à jamais la Suède oligarchique, les paysans s'étaient rangés du côté des chapeaux, et peut-être le souvenir d’une victoire qui valut tant de flatteries du souverain au paysan, n'est-il point étranger à la présence du chapeau glorieux que tant de villageois portent dans leur costume paré.

En somme, les toilettes paroissiales des paysans, si souvent étrangères par leur aspect à ce qui semblerait devoir convenir à des gens menant la vie rustique, agriculteurs, pasteurs, mineurs et marins, en quelque sorte déguisés les jours de fête, doivent leur caractère de fond au sentiment d'égalité si profondément empreint chez le Germain de la Suède. Les gens de cour, en Suède, suivaient avec d'autant plus d'affectation les modes exotiques qu’elles n'avaient aucun rapport avec les costumes agrestes de leur pays; l’imitation de ce que l’on voyait de plus beau dans les villes, devint l’objectif du campagnard affranchi; de là ces habits que leur coupe rapproche si souvent de ceux des seigneurs. Enfin, toute idée de distinction des classes par l’habit étant abandonnée, une partie des accoutrements représentés tiennent leur principal caractère (en Scanie, particulièrement) d’un costume national, imité de l’espagnol, dont Gustave III fit, en 1778, la proposition au sénat, et dont, par une circulaire adressée à tous les gens du royaume, l'adoption fut vivement recommandée. On remarqua que tous les hommes s’en affublèrent, tandis que le beau sexe compris dans cette nouveauté, y demeura à peu près étranger.

Pour ce qui concerne les femmes, continuant à se parer de leurs modes séculaires, conservant à leurs toilettes le même caractère qu’aux époques où les prescriptions restrictives étaient la marque de la sujétion de la classe à laquelle on appartenait, persistance qui semblerait annoncer que pour leur propre compte elles sont restées étrangères aux événements, à l’émancipation du paysan, on doit faire remonter la cause principale de cette immobilité au rôle effacé qui est le leur dans la famille agricole.

Malgré l'apparence, il n’est point exact que ces femmes, ayant dans la vie ordinaire « l’air d’être les servantes de leurs maris » soient restées étrangères aux évolutions publiques ; ce sont elles qui sont les auteurs des toilettes masculines, et c’est avec des soins particuliers que la fiancée pare elle-même l’homme sur le bras duquel doit s'appuyer son bras d’épousée. Rien de trop glorieux (et ce sentiment montre combien elle a accepté son rôle si fatalement secondaire), rien de trop beau pour le mâle représentant de la tribu, portant ostensiblement les marques de l’affranchissement, lesquelles, qu’on le remarque, ne pouvaient consister que dans des rajeunissements significatifs. Quant à elles, si éloignées de Pimportance de l’homme, de sa prépondérance, leurs toilettes n'avaient pas à prendre de signification nouvelle; elles sont d’un intérêt secondaire aux yeux de la tribu, et d’ailleurs, d’un usage si rare. La grande parure de la paysanne, le vêtement d’honneur, légué par la mère à sa fille depuis des siècles et qui se trouve dans toutes

les familles, n’est point l’habit du villageois endimanché. Ce vêtement d'honneur n’est d’usage qu'en des jours comptés : les fiançailles, les baptêmes, les grandes circonstances de la vie.

On cite souvent, comme ayant dû contribuer à la conservation des costumes et parures à l'usage des femmes, des ordonnances que l’on empruntait en Suède à l’Allemagne et qui, comme le montre, par exemple, l'arrêté du conseil de Spire de 1356, concernant les dames, font ressortir combien, particulièrement, la fille non mariée, était l'objet de privilèges en même temps que de surveillance dans la société germaine.

Les Suédoises ayant dû reconnaître depuis longtemps, combien pour elles c’étaient là des privilèges de surface, tout en constatant qu’elles n’avaient point les mêmes motifs pour répudier . tous les vestiges du moyen-âge, nous croyons surtout à l'efficacité des causes, d’un ordre bien autrement décisif, qui sont signalées, et qui découlent de l’organisation patriarcale de la famille agricole.

En résumé, et puisque nous avons parlé de philosophie du costume, et des traditions différentes qui peuvent en expliquer la conservation ou l’abandon, le problème posé par l’exhibition des toilettes rustiques de la Suède, nous paraît devoir aboutir à cette conclusion : l’homme antique, le compagnon de la bande guerrière, le soldat qui choisissait son chef, est d'autant plus resté semblable à lui-même, que l’habit, parfois d'aspect baroque, mais d'intention égalitaire, porté par le paysan, avec sa gravité naturelle et son allure sans vivacité, a été rajeuni. Cet abandon si complet des anciennes formules du costume masculin, est l’un des effets d’une tradition morale, d'autant plus certaine que la race est plus réfléchie et, généralement, peu empressée au changement, comme le montrent les grandes toilettes féminines, dont la conservation semble là toute naturelle, étant donné le rôle, insignifiant en politique, subordonné même dans la famille, auquel la femme se trouve réduite dans la tribu agricole.

Historiquement, il semble que l'emprunt, l'adoption des choses exotiques, soit la loi du costume des Scandinaves. C’est à la lointaine influence de la grande masse des marchandises importées en Suède, à l'époque où la Russie fut tombée sous la domination des Varègues, que l’on fait remonter les rapports essentiels qui existent entre la parure des femmes du royaume de Suède et celle des Slaves orientaux. C’est dire que dans les choses du costume qui paraissent les plus originales en Suède, il n’y en aurait pas dont l'originalité lui appartienne autrement que par l’adoption.

Y eut-il eu une originalité véritablement scandinave, qu’elle aurait eu de la peine à résister à l’invasion qui se produisit vers l’an 1000, époque de l’envahissement du christianisme, Les missionnaires allemands furent alors comme une avant-garde d’une armée de commerçants et d’ouvriers de toutes sortes qui, sous la protection d’un clergé très puissant, vinrent remplir le rôle d'ouvriers spéciaux, cordonniers, tailleurs, etc., parmi des populations qui en avaient été à peu près dépourvues jusqu'alors. Ce sont ces Allemands qui fondèrent Wisby, en l’île de Gothland, Bergen, en Norvège, restés comme des marchés importants, où ces marchands appor-

tèrent leur goût qui détermina un mouvement décisif. La vieille habitude où étaient les femmes de confectionner elles-mêmes tous les vêtements nécessaires à leurs proches, alla se perdant peu à peu. Vers la fin du douzième siècle, la coupe du vêtement des hommes était devenue la germano-franque. Dès le début du quatorzième siècle, l’ancien costume se tronve remplacé par le costume allemand. L’originalité propre ne paraît exister réellement en Suède, que dans le for intérieur de l’homme, Tout au plus signale-t-on que lorsque les Scandinaves connurent les fins tissus de laine, de coton, de soie, tous importés, on remarqua que les hommes ne se servirent de ces étoffes fines pour leurs vêtements, que lorsqu'elles étaient de couleur sombre, grise ou brune. Pour les femmes et les enfants, la plupart du temps c’était le contraire ; leurs couleurs préférées étaient le vert, le bleu, le rouge, clairs, vibrants. Les Suédoises qui, par ce goût, se seraient déjà distinguées de celui de leurs maris, offrent encore d’autres contrastes. Tous les voyageurs ont parlé de leur beauté, de leurs formes gracieuses et sveltes, de leur tournure d’une, élégance naturelle. Rien n’égale, selon l’enthousiaste Daumont, l'éclat de leur teint, la beauté de leur chevelure, l'expression de leur physionomie douce et animée. Les dons de la nature, selon ce même auteur, ont été surtout répandus avec profusion sur les femmes d’une condition inférieure. Ce contraste devient tout à fait piquant, lorsqu'on entend M. Louis Enault s’exclamer : « Comment avouerai-je que la coquetterie féminine reste en Norvège beaucoup au-dessous de la magnificence de la moins belle moitié du genre humain ? »

Les exemples répartis dans nos diverses planches provenant de localités situées dans des conditions fort différentes, d’un bout à l’autre de la surface du pays, il est nécessaire d’en indiquer les grandes divisions régionnaires pour que l’on puisse se rendre compte de la nature des costumes, selon les nécessités climatériques, et aussi selon la nature des milieux plus ou moins prospères.

Le royaume de Suède, par une répartition qui remonte à l’époque de l'invasion des Germains, se divise en trois régions qui sont, en allant du sud au nord : la Gothie, la Suède proprement dite, le Nordland comprenant la Laponie. La Norvège compte également trois divisions régionnaires ; le Sœndenfields, le Nordenfields, le Nordlandens, que l’on désigne encore sous les noms de zone pastorale, zone aride, et zone sauvage,

La Laponie norvégienne, presque toute au delà du cercle polaire est composée du Finmark. La Laponie suédoise, riveraine en grande partie du golfe de Bothnie, prend le nom de Lappmark. [’Islande la « terre de glace » se rattache étroitement par sa population au groupe scandinave. On parle le danois dans cette île soustraite à la domination de la Norvège depuis 1397, mais l’Islandais n’en a pas moins conservé dans toute sa pureté l’ancienne langue de ses ancêtres.

Nos exemples provenant de la Scanie, du Halland, de Bleking, de Smaland et de la Westrogothie, sont de la Gothie; ceux fournis par la Sudermanie et la Dalécarlie, sont de la Suède proprement dite.

Le diocèse d’Aggerhus est de la zone pastorale de la Norvège. Les diocèses de Bergen et de Drontheim sont de sa région centrale, la zone aride.

La Suède a un climat sévère, un air pur, et non pas les brouillards de la Norvège où la pluie est fréquente. Le ciel norvégien, presque toujours nébuleux, couvre le pays d'un jour pâle, terne, triste, dû aux golfes innombrables et aux abondants cours d’eau de cette « terre des lacs, »

comme l'appelle Ossian.

Les documents proviennent principalement du Musée d’ethnographie scandinave, fondé à Stockholm, par M. le D' Artur Hazelius, qui en est le directeur. Les parures orfévries et l’intérieur de l'habitation qui font partie de ce musée, figuraient dans la section suédoise de l’exposition universelle de 1878. Nous avons emprunté à Forssell, les figures qu'il a publiées dans l’Ætt ar à Sverige (Une Année en Suède, Stockholm, 1836) ; eb une partie des figures laponnes ainsi que leurs ustensiles sont tirés de « Om Lappland och Lapparne », par M. Gustaf

von Düben.

Voir pour le texte : Le catalogue de l'Exposition ethnographique (secéion suédoise), Exposition universelle de 1878. — La brochure publiée celte même année sur le Musée d'ethnographie scandinave de Stockholm, par M. J.-H. Kramer. — Les ouvrages cilés «dessus de Forssell et de M. Gustaf von Düben. — A. de Humboldi, Introduction du Voyage en Norvège et en Laponie, par Léopold de Buch. — Alex. Daumont, Voyage en Suède. — Curteri, Voyage en Suède, 1873. — Tivinning, Voyage en Norvège et en Suède. Revue suisse, 1877, Chronique scandinave. — J.-J. Ampère, Esquisses du Nord. — M. Xuvier Marmier, Lettres sur le Nord. — De Sève, Le Nord industriel et commercial, 1862. __ M. Louis Enault, La Norvège, 1857, et Un Amour en Laponie. — M. Paul Riant, Voyage dans les États scandinaves (Tour du monde, 1860). — M. Jules Dofontaines, La Suède au XIX: siècle. — M. de Suint-Blaise, Voyage dans les États scandinaves (Tour du monde, 1861). — Toilette de la fiancé en Norvège (Magasin Prtoresque, 1862). — Ph. Le Bas, Suède et Norvège (Univers pilloresque). — A. Léouzon le Duc, La Fille du sorcier (Paris, K. Nülson, 1875). — Hermann Weiss, Korstümkunde.

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