‹ Le costume historique (volume 3)Chapitre 5 sur 173 · LENTO LENS · texte numérisé non relu

LENTO LENS

veste. Une cravate garnie de dentelle formait un gros nœud sur la gorge. La culotte de daim ou de casimir, à grand pont, serrée à l'écuyère, descendait jusqu’au mollet et s’attachait avec des rosettes sur des bas rayés en long. On portait avec ce costume de fines bottes à revers ou des souliers à cordons sans talon, et à la main une grosse canne ficelée d’une corde à boyau.

Les progrès du pantalon sont attestés par l’apparition du commerce des bretelles qui eut ses annonces à Paris dans les journaux de 1792. Les pantalons furent larges ou collants (n°2, 10, 14 eb 31).

L'ancienne lévite (n° 20 et 24) était une espèce de surtout qui tombait presque jusqu'aux talons, et dont faisaient usage ceux qui se promenaient le matin ou allaient faire des visites de peu d'importance ; ce vêtement appartenait au monde élégant.

On peut constater que beaucoup de jeunes gens de cette époque adoptèrent la veste de chasse ou celle de postillon comme costume de cheval (n° 1 et 14) ; cette mode existait encore à Paris en 1802.

L'habit militaire, porté par les figures n° 21, 22 et 28, est celui qui, depuis 1789, devint à peu près universel.

Les perruques à queue nattée et à catogan furent religieusement conservées par un certain nombre d’hommes esclaves de l'habitude ; mais elles parurent bientôt si surannées qu'on ne les vit plus que sur la tête des vieillards incorrigibles ou sur celle de certains militaires. Les hommes à la mode eurent tantôt les cheveux longs, tantôt les cheveux à la Titus, d’autres, les cheveux courts et légèrement poudrés.

L’habitude de porter des bottes était invétérée ; on les gardait constamment, même au bal; plusieurs de nos figures montrent la botte unie, ou celle à revers, ou encore la bottine échancrée par derrière.

Tous ces hommes ont une attitude qui reflète surtout les champs de bataille et l'engouement du militarisme si général à cette époque. Ce n’était plus l’outrance du maintien qui faisait porter la tête en saint-sacrement (selon l'expression de Camille Desmoulins) et telle que Saint-Just la porta sur l’échafaud, avec cette attitude « bien ferme, bien prononcée qui », dit Chalier dans le traité qu’il soumit à la Convention, « est l’image de la liberté, »

Sous le régime de la Terreur, les modes masculines. s’acheminérent graduellement vers la transformation qui se montre accomplie quand vient le Directoire. À sa première époque appartiennent les muscadins, d’où sortirent les petits-maîtres, les précieux dits #neroyables dont cette planche offre plusieurs types, — notamment les n°° 9, 10, 18 eb 19.

Les figures 9,.18 eb 19 sont des modes du Consulat. Les chapeaux d'alors étaient de forme haute et garnis de bords qui ne s’arrétèrent jamais à de justes proportions, s’il faut en croire leurs changements constants. Il y eut également de ces chapeaux bas du genre de celui qui semble être cloué sur la tête du personnage n° 18. En soirée (voir n° 19), la coiffure de rigueur était un chapeau-claque, un nouveau bicorne auquel on donna les noms de chapeau à la russe, à la Vintimille, ete. Dans la suite, ces chapeaux firent partie du costume de ville,

Les formes d’habit variaient à l’infini ; certains étaient confectionnés en deux heures et ne $e trouvaient portés que douze. C’est à ce moment que les petits maîtres mettaient beaucoup d'importance à faire saillir carrément sur leur joue les deux extrémités du col de leur chemise et à tirer deux pointes aiguës du col de leur cravate, | :

La mode des guêtres d’étoffe fut plusieurs fois tentée; pendant un moment, il y en eut autant que de bottes. Elles disparurent complètement en 1805.

En regard de ces quelques types des modes de la fin du dix-huitième siècle, on voit ici (n° 38) une dame d’Augsbourg dans sa toilette du dimanche ; en 1800, elle est restée étrangère aux transformations qui se sont accomplies, et a conservé, dans son costume national, la robe, le corsage aux manches garnies de dentelles qui rappellent encore, par certains côtés, les modes à la Pompadour.

Les modes françaises, sur lesquelles les modes anglaises eurent tant d'influence pendant les dernières années du règne de Louis XVI, forment le fonds des costumes de cette suite. La publication de ces types par les journaux périodiques des modes en Allemagne, reproduits par eux comme des modèles, montre assez que l'engouement pour les modes françaises n’y avait point été arrêté par la Révolution ; on en trouve ici un témoignage certain, selon les almanachs de Berlin, de Goëttingue et de Leipzig. Nos ridicules mêmes étaient l’objet d’une imitation suivie de très près en Allemagne; les n°% 17, 18, 19 et 25, particulièrement, nous font voir au

delà du Rhin nos incroyables et nos merveilleuses de 1803 dans toute leur intégrité, avec cette grâce allemande que Chodowiecki, le graveur de Lavater, a si finement esquissée dans ses figurines et dont on peut juger par les exemples présents, remontant jusqu’à 1788 ; n°5 21, 22, 23, 24 et 26. À voir ces attitudes sans gêne, ce caporalisme, cette politesse d’une facilité si peu légère, même quand le bon vouloir y est, on peut reconnaître qu’il ne suffit pas toujours d'adopter plus ou moins les modes d’une nation ni même ses ridicules pour lui ressembler.

Les figures 29 et 30 sont tirées d’une série de gravures intitulée Norstellung'en von deutschen national trachten; Awgsbourg, 1800.

Tous les autres exemples proviennent des almanachs de Goëttingue, de Berlin et de Leipzig, dont les figures sont de Chodowiecki, Dieterich, Rupenhausen, Dorriheim, etc.

Voir, pour le texte :. Pujoulx (J.-B.), Paris à la fin du dix-huitième siècle, an ZX. — Caillot (Antoine), Mémoires pour servir à l’histoire des mœurs et usages des Français, 1827. — Le Journal des modes, année 1803. — Quicherat, Histoire du costume en France, — Paul Lacroix, Directoire, Consulat et Empire, Didot, 1884.

FP

FRANCE. — XVIIE SIÈCLE

LA GRÉCOMANIE.

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