LE MARIAGE SLAVE. — LA DANSE RUSSE
Tout le monde étant réuni pour un mariage, le prêtre, revêtu de ses habits sacerdotaux, s’avance et commence à célébrer les fiançailles ; on distribue des cierges au jeune couple et à tous les assistants; on allume aussi deux gros cierges, portés sur de grands candélabres, faits communément d'argent et placés à côté de la table sur laquelle est déposée l’image du saint de la maison. La cérémonie commence par des prières et des chants analogues à la circonstance, Le prêtre met sur la tête des époux des couronnes d’argent; dans le mariage des personnes de distinction, ces couronnes sont soutenues au-dessus de leurs têtes par des assistants qui prennent le nom de drougeki, Quand les anneaux ont été bénits et échangés, le célébrant présente aux époux un verre de vin qu'ils boivent alternativement à trois reprises différentes; ils font également trois fois le tour de la table sur laquelle se trouve l’image; ils reçoivent enfin la bénédiction du pope qui leur dit : « Croissez et multipliez ; que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a joint. » On retourne à la maison, et l’on se livre aux divertissements jusque très avant dans la nuit.
On pratique, dans les villages éloignés des grandes villes, d’autres usages qui paraissent remonter à la plus haute antiquité. L’amant villageois débute par faire sa déclaration aux parents de la jeune fille qu’il recherche, accompagné de son droujka où paranymphe; il se présente à leur logis ; le droujka dit à la mère : « Montrez-nous votre marchandise, nous avons de l'argent, » Introduit dans l’appartement de la fille, il l’examine attentivement pour pouvoir en faire le portrait fidèle à son ami. Le lendemain, l’amour les ramène, et cette fois l'amant a le privilège d’entrer dans la chambre de sa belle, qui se tient cachée derrière le rideau, cherchant à se dérober au regard curieux; quoique l'intimité de ces deux jeunes gens date quelquefois de plusieurs années, ce n’est qu’en faisant une douce violence à la fille qu’on parvient à la tirer de derrière ce rideau. La mère, qui est présente à cette scène, demande au jeune homme comment il trouve sa marchandise, et s’il répond qu’elle lui convient, on fixe de suite le jour pour donner lanneau et célébrer les fiançailles. Pour cette cérémonie, on étend par terre un
vêtement de peau sur lequel les deux jeunes gens se prosternent, Le père met sur leur tête l’image d’un saint de la maison, avec lequel il les bénit. Les compagnes de la fiancée viennent lui offrir leurs services pour broder un certain nombre de mouchoirs destinés à servir de dari ou présents qu’elle doit faire à son époux, aux droujkis et aux amis. La veille du jour fixé pour la célébration du mariage, la future épouse est conduite au bain par ses compagnes ; elles se promènent ensuite avec elle dans le village, en chantant, sur des airs tristes, des paroles qui expriment la douleur que leur cause la perte qu’elles vont faire.
Arrive enfin le jour de l’union. Les invités s’assemblent pour accompagner les fiancés à l'église, Un chœur de jeunes filles chante un épithalame : « Un faucon s'attache à la poursuite « d’une colombe : charmante colombe, êtes-vous prête? l’époux est venu pour vous chercher, » Un oui, accompagné de soupirs, doit être la réponse. Le cortège s’achemine alors vers le temple, précédé d’un jeune homme portant le saint de la maison. Après la bénédiction nuptiale, l'époux a le droit de donner à la jeune épouse le Hifra ou baiser d'amour, selon la manière usitée, par une coutume aussi singulière qu’ancienne, c’est-à-dire en la prenant par les oreilles. Avant que la mariée sorte de l’église, la swakha ou pronuba ôte à l'épousce sa coiffe de fille pour lui mettre celle des femmes. La compagnie se rend ensuite à la maison, où l’on se met à table et où on se livre à la joie, tandis que l’épouse fait semblant de pleurer. Le lendemain, le mari donne le dernier festin pour prendre congé de ses amis : il jette des noisettes par terre pour annoncer qu’il renonce aux jeux de l’enfance. Avant de quitter l’épousée, la swakha lui donne des avis, et lui rappelle les devoirs que lui impose son nouvel état.
La danse appelée proprement danse russe est une espèce de pantomime galante; un jeune homme et une jeune fille sont les acteurs de ce divertissement singulièrement piquant par le mélange des caresses, des refus, des sourires et des dédains.
Dans les danses qui ne sont pas de caractère, les jeunes gens montrent beaucoup d'adresse et de légèreté ; on les voit quelquefois tourner sur un pied, presque assis eb se relever vivement pour prendre une attitude grotesque, bizarre, qu'ils varient continuellement, avançant, reculant, en une marche circulaire ; ils dansent souvent seuls où avec une femme qui ne fait aucun mouvement. La scène représentée se passe dans un village : l'orchestre se compose de la balalaika, espèce de guitare à deux cordes, jouée ici par un homme qui accompagne un chanteur, et qui, pour donner plus de force à sa voix, la diriger, tient sa main ouverte près de sa bouche; un troisième bat la mesure en frappant ses deux mains l’une contre l’autre. La balalaika est un instrument national et populaire.
{ Documents empruntés à l'ouvrage de Charles de Rechberg : Les Peuples de la Russie; description des mœurs, usages et costumes des diverses nations de cet empire; Paris, 1812-13, 2 vol. in-fol.)
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COSTUMES POPULAIRES