LA KIBITKA OU TENTE DES KALMOUKS
Les Kalmouks, au nez aplati, aux pommettes hautes et saillantes, aux yeux bridés, sont la représentation exacte du type mongol dans toute sa pureté. Nouveaux venus en Europe, ils apparaissent pour la première fois en 1630 à l'occident de l’Emba, et c’est en 1636 seulement que le gros du peuple émigrant transfère ses cinquante mille tentes sur les bords de la Caspienne. A la suite de vexations infligées par le gouvernement russe, les Kalmouks résolurent de retourner dans la patrie de leurs ancêtres, au pied des monts Altaï; ils se mirent en marche pendant l'hiver de 1770 à 1771, mais l’arrière-garde, qui n'eut pas le temps d'échapper aux Kirghiz et aux Cosaques chargés d'arrêter les émigrants au passage de la Volga, dût reprendre le chemin des campements abandonnés.
Les terrains des steppes parcourues par les Kalmouks sont d’une nature tout à fait impropre au labourage et ne peuvent attirer que des peuplades nomades. L'exemple des fonctionnaires . russes se déplaçant avec les villages ambulants qu’ils sont chargés d’administrer en est la preuve convaincante.
En général, les Kalmouks sont pêcheurs ou pasteurs. Errant de pêcherie en pêcherie, de pâturage en pâturage, ces nomades pourraient à peine vivre s'ils n'avaient pour compagnons leurs animaux domestiques et surbout les chameaux qui portent les enfants et les tentes. Ils mettent souvent une trentaine de lieues entre le campement du jour présent et celui de la veille. Arrivés à l'endroit qu'ils ont choisi, leurs chameaux s’agenouillent, puis les cavaliers, hommes et femmes, les débarrassent de leur charge. On commence à former les oulous où villages temporaires, on dresse les tentes ou kibilkas.
Ces tentes sont formées de treillages en branches de saule d’une hauteur de deux mètres. La réunion de ces treillages ou claies autour d’une circonférence d'environ cinq mètres de diamètre, forme le mur de l’habitation fortement consolidé par des pieux fichés en terre. Sur cette muraille légère s'appuient de longues perches recourbées qui aboutissent à un cercle supérieur laissant libre l’espace par lequel la fumée doit s'échapper. Cette construction est cou-
verte de feutre attaché avec de forts cordages, sauf une porte en menuiserie ajustée avec son bâti entre deux claies. Ces demeures se montent en un quart d’heure.
Dans l’intérieur tout est en ordre comme s’il s'agissait d’une longue installation : au milieu, se trouve le grand trépied sous lequel on entretient constamment du feu; sur ce trépied, les Kalmouks posent une marmite dans laquelle s'apprêtent les repas.
Le fond de la tente est occupé par un lit de bois recouvert de plusieurs pièces de feutre et enveloppé dans une ample pièce d’étoffe ; il est surmonté d’une tenture en baldaquin formant une clôture de rideaux. Les images des dieux, des coffres renfermant les habits, les armes et les selles, des étagères où s’entassent différents objets, des petits bancs servant de tables, des pièces de feutre roulées faisant les fonctions de siège, plusieurs ustensiles suspendus autour de l’habitation, telles sont les pièces principales du mobilier, et au premier rang, brille toujours le cuivre du samovar. Les Kalmouks étant boudhistes, on doit ajouter à ces objets le moulin à prières dont le ronflement continu ressemble à un murmure humain.
La plupart des Kalmouks ont gardé leur ancien costume : il se compose d’un bonnet fourré, d’un bechmet, espèce de justaucorps agrafé depuis la ceinture jusqu’au menton, sur lequel on met une houppelande serrée à la taille par une ceinture, Ce dernier vêtement est fait de toile teinte ou d’une étoffe de soie ou de laine; le bleu et le vert sont ses couleurs dominantes. Des culottes larges servent aux deux sexes : celles d’été sont faites de toile et celles d'hiver d’une étoife de laine ou de peau. La chaussure consiste en bottes de cuir noir ou de maroquin jaune, avec de hauts talons garnis de clous ou d’une plaque de fer. Les pauvres, à défaut de bottes, s’entortillent les jambes avec de la toile ou du drap; l'été ils vont nu-pieds. Les Kalmouks ont le pied très petit; habitués dès leur berceau (et ce berceau est une selle) à monter à cheval, ce sont d’excellents cavaliers, mais de très mauvais marcheurs. Les femmes, constamment occupées des soins du ménage, montent aussi à cheval pour faire la plus petite course,
Les femmes kalmouks portent une longue robe recouverte d’une houppelande: elles aiment à se parer de boucles d'oreilles formées d’un simple cercle de métal auquel est attaché un morceau de nacre. Leur coiffure est le riche bonnet de soie doublé de velours, orné d’une large bordure retroussée dissimulant complètement l’arrangement des cheveux dont on n’aperçoit que les longues tresses encadrant le-visage.
Ces nomades sont peu délicats sur le choix de leur nourriture : « dans la steppe, le hanneton même est gibier, » dit un proverbe relatif à leur genre de vie ; mais la chair du mouton est leur viande préférée et le gigot est le plat rituel lors de la célébration du mariage; l’os de ce gigot est conservé dans la tente conjugale comme une chose sacrée.
Document emprunté à Pouvrage du comte de Rechberg : Les peuples de la Russie, 1812.
Voir pour le texte : l'ouvrage du comte de Rechberg. — M. Moynet, le Volga (Tour du Monde, 1867). — M, Élisée Reclus, Géographie universelle.
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