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UNE ÉCOLE DE TARTARERS EN CRIMÉE

I1 y a en Crimée des Grecs, des Kalmouks, des Allemands, des Juifs, des Bohémiens nomades et enfin des Tartares; ce sont ces derniers qui forment la majeure partie de la population. Quant aux Russes proprement dits, ils sont confinés dans les villes, et il paraît que lorsqu'on parçourt le pays, c’est eux que l’on y rencontre le moins. Les peuplades tartares de la Crimée n’ont rien des traits traditionnels des bandes de Gengis-khan et de Timour. Leurs véritables frères sont les Tartares Nogaïs, qui habitent les steppes situés au nord du Caucase et de la mer Noire jusqu’au Danube et jusqu’à la partie septentrionale du Kuban. Ces Tartares Nogaïs sont regardés entre tous, comme ayant le mieux conservé leur caractère originaire, lequel est essentiellement différent du mongol. La grande horde des Tartares qui a soumis jadis l’Asie centrale et joué un rôle si important en Russie, la horde d’or, comme l’appellent les historiens russes, était composée d'éléments très divers. Le Mongol pur paraît laid et difforme auprès du Tartare Nogaïs et de ceux de la presqu'île de Crimée. Le teint de ces derniers est jaunâtre, il est vrai, mais ils ont des traits réguliers, un visage européen qui montre qu’ils appartiennent aux races caucasiques. Leurs cheveux sont bruns, bouclés; leur taille est élancée et robuste; les femmes sont petites et de traits agréables. Elles teignent leurs ongles en rouge, en souvenir de leur origine asiatique, et elles noircissent leurs cheveux et leurs sourcils. Les jeunes gens conservent une fine moustache, portent les cheveux très courts et souvent se rasent entièrement la tête. Les vieux Tartares laissent croître leur barbe et rasent leur chevelure.

L'état social des Tartares de la Crimée est aussi avancé que celui d’une grande partie de l’Europe. Ils appartiennent à l'islamisme, et leur langue est celle des Osmanlis.

Nous avons peu de choses à dire des costumes portés ici par des enfants. Les petits garçons sont uniformément coiffés du kalpak en peau d’agneau ; ils portent le gilet croisé,

la chemise, le pantalon un peu bouffant, vêtements confectionnés par la mère; leurs pieds sont nus, et, selon la mode orientale, tout ce petit monde s’agenouille ou s’accroupit à terre pour étudier ; c’est la tenue de classe. Les petites filles, dont la grâce innée et la gentillesse est si sensible, étudient en commun avec les garçons. Leur bonnet est caractéristique; c’est, avec un sommet plat, la coiffure des Tartares Nogaïs, hommes et femmes. Le sommet de cette coiffure est un peu plus élevé et plus arrondi, mais c’est identiquement la même disposition de bandes concentriques partant d’une bande circulaire et se réunissant au sommet. Le jeune maître d'école est vêtu comme les paysans aisés de la province d’Andrinople. Son kyssa-kurk, sa veste à fourrure épaisse, à demi-manches, son gilet croisé, sa ceinture, son chalwar, son kalpak sont de ceux portés par les Bulgares. C’est un vêtement d'hiver avec

lequel ces derniers font usage de gants.

Pasteur cosaque du gouvernement de Podolie. — Les habitants de ces contrées sont compris dans ceux que l’on appelle Petits Russes ou Malo-Russes (Russiens des Polonais); ils se subdivisent en Petits Russes, Russniaques et Cosaques. Les dialectes et les mœurs de ces trois subdivisions se distinguent par des nuances assez importantes. La Podolie où la nature elle-même, selon M. Guérin (La Russie; Didot, Paris), semble avoir préparé les pâturages, ne mérite pas moins que l'Ukraine le nom de terre de lait et de miel.

N°s 2 et 5.

Russes du gouvernement d'Orel. — Le n° 3 porte le chapeau à petits bords, droit, tronqué bas, habituel aux marchands et gens du peuple. Mais la coiffure du n° 2, élevée et si remarquable par sa forme ronde, qui rappelle la forme en boule de certaines coiffures antiques de l'Asie (voir pl. le Sphinx, n° 17), est un exemple beaucoup plus rare. Ces hauts bonnets sont fort anciens. Il semble que l’on n’en confectionne plus sur ce modèle et que ceux que l’on rencontre sont dus à une conservation exceptionnelle. Le vieillard qui en est coiffé est chaussé de souliers tressés qui tiennent le milieu entre l’espadrille et le mocassin. On relie cette chaussure aux jambes, couvertes de bas épais en feutre blanc, avec des cordelettes de laine qu’on y enroule.

N°s d'et 5.

Roumains. — On rencontre des paysans de cette race

en Valachie, Moldavie, Bukovine, Transylvanie, Bessarabie; elle est répandue dans la Roumanie turque, la Roumanie autrichienne, comme dans la Roumanie russe. Leur type originaire est d'une haute antiquité. C’est parmi les Roumaïns des campagnes et surtout parmi ceux qui avoisinent les Carpathes que le type national est le mieux conservé. Leur apparence robuste rappelle aux voyageurs les prisonniers sculptés sur la colonne Trajane; cette ressemblance est complétée par le costume, dit M. A. Ubicini. (Univers pittoresque.) Sous beaucoup de rapports, il est le même qu’au temps des empereurs romains. Ces paysans portent une blouse de toile grossière, tenant lieu de chemise; elle est serrée à la taille par une large ceinture en cuir ou par une bande d’étoffe de laine qui leur sert de poche. Le pantalon de toile, très ample sur la cuisse, est resserré depuis le genou jusqu’à la cheville. Pour chaussure, ils ont des sandales, opinci, de peau de chèvre ou de peau de cheval écrue, attachées par des courroies enroulées sur le bas de la jambe, et on leur voit encore pour coiffure la caciola, le bonnet de peau d'agneau que leur connaissaient les Romains.

Les vêtements de ces campagnards sont blancs, de toile en été, de drap en hiver, Leur pantalon de laine est d’une seule pièce; une fois mis, on ne le quitte plus, même pour le coucher.

(Documents photographiques provenant de la belle collection, publiée à Odessa par M. JT. X. Raoult, photographe,

sous le titre : Quelques types des peuples de la Russie.)

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