‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 128 sur 130 · CHAIRES. — ESCABEAU. — PRIE-DIEU. — CABINETS · texte numérisé non relu

CHAIRES. — ESCABEAU. — PRIE-DIEU. — CABINETS

Les deux chaises à dossier représentées dans la partie supérieure de cette planche se trouvent au château de Blois; elles sont de main française, mais de ce style italien dont sont empreints tant de monuments du centre de la France, construits pendant la première partie du seizième siècle ; il rappelle encore en certains endroits l’ornementation usitée dans nos contrées pendant le quinzième siècle et même avant, comme l’est celle des parchemins plissés en tuyaux qui remonte au quatorzième siècle. Les panneaux de la caisse de l’un de ces sièges conservent encore ce décor de la vieille menuiserie. On sait que l’usage de la chaise à bras et à dossier, constituant la chaire, était exclusivement réservé au maître ou à la maîtresse de la maison.

L’escabeau que nous donnons est d’un caractère large, peut-être un peu postérieur aux deux chaires, mais non moins français. L’escabeau était un siège plus bas que le banc et la chaise ; c’était lui que l’inférieur devait prendre quand on lui permettait de asseoir. En dehors du cérémonial, c'était un meuble charmant, qui se déplaçait facilement; il était commode pour causer avec les femmes, en ce qu’il permettait de se retourner dans tous les sens. Puis on ne l’employait pas seulement comme siège, mais aussi en guise de petite table basse sur laquelle se posait l'assiette du goûter, un pot, une tasse, un. coffret à ouvrage. On en fit de toutes les hauteurs, de tous les poids ; ils étaient souvent triangulaires et, ainsi que le fait remarquer Viollet-le-Duc, cette variété que l’on rencontrait dans la même chambre devait contribuer à donner aux réunions une physionomie pittoresque, bien éloignée de celle d’une assemblée de personnes assises avec monotonie sur des sièges de même hauteur, Chez les gens riches, les escabeaux, sur lesquels s’asseyaient souvent les familiers, étaient couverts de petits coussins, qu’on appelait banquiers.

Le milieu de notre planche est occupé par un prie-Dieu-oratoire en forme de stalle, dont nous donnons la face et le profil pour montrer que, non seulement le pupitre est à une plus grande élévation que la hauteur normale d’un siège, mais encore que ce meuble n’en a pas la profondeur. Le dossier de ce prie-Dieu est un retable fixe, C’est un meuble de véritable valeur et d’une exécution encore supérieure à celle des deux chaires, tout en ayant un caractère analogue et étant vraisemblablement de la même époque et de la même école. « L'usage du prie-Dieu, dit Viollet-le-Duc, n’est pas ancien, et ne remonte pas au-delà des dernières années du quinzième siècle. Jusqu’alors lorsqu'on disait la prière du soir ou du matin, les seigneurs se rendaient avec leur familie et leur monde dans la chapelle du château, les bourgeois dans la salle principale de la maison; là on s’agenouillait à terre ou sur des tapis et coussins. Les églises n’avaient ni chaises ni bancs; on se tenait debout pendant les offices ou à genoux sur des dalles. Mais à la fin du quinzième siècle, lorsque les habitudes de luxe et de confort commencèrent à se répandre dans toutes les classes de la société, on plaça des bancs dans les églises, des prie-Dieu dans les oratoires et chapelles des châteaux pour les seigneurs. Des oratoires, ces meubles pénétrèrent dans les chambres à coucher ou les retraits y attenants. La prière cessant d’être commune, chacun voulut avoir un meuble particulier pour la dire à son aise. » Les prie-Dieu de la fin de quinzième siècle et du commencement du seizième ne sont pas rares ; les vignettes et les bas-reliefs de cette époque en sont remplis, et ils adoptent tous la forme connue.

Nos deux derniers exemples sont de ces cabinets dont la variété fut si grande : Pun est un meuble à deux corps posant sur pied, l’autre est un coffret pour poser sur meuble. Nous n’y insisterons pas, en ayant déjà parlé. Dans la seconde moitié du seizième siècle, on fit un grand nombre de ces cabinets, les Allemands surtout qui les appelaient Zunstschrank, armoire artistique. « On rencontre des cabinets, dit M. J. Labarte, auxquels ont travaillé tout à la fois le peintre, le sculpteur, l’orfèvre, le graveur sur métaux et le graveur en pierres fines, l’émailleur, le mosaïste et l’artiste en marqueterie. Les bois précieux, l’ivoire, l’ambre, la nacre, les métaux et les pierres dures sont employés à les décorer. »

Les musées d'Allemagne conservent un assez grand nombre de ces meubles de luxe ; ceuxci en proviennent et sont tous deux des produits du pays; le plus petit est de Cologne. Le centre principal de ce genre de fabrication était Augsbourg.

Documents photographiques.

(Nous devons à M. Mieusement les deux chaises et le prie-Dieu provenant du château de Blois. L’escabeau appartient à M. le comte d'Armaillé, et est tré de la collection de M. Franck, VArt ancien.)

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