‹ Le costume historique (volume 4)Chapitre 130 sur 130 · INTÉRIEUR DE L'HABITATION SEIGNEURIALE · texte numérisé non relu

INTÉRIEUR DE L'HABITATION SEIGNEURIALE

HALL OÙ GRANDE SALLE D'UN CHATEAU DU COMMENCEMENT DU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE.

Hatfield-house, demeure actuelle du marquis de Salisbury, a été bâti par Robert Cecil, premier comte de Salisbury, entre les années 1605 et 1611, non sur les ruines de l’ancien château appelé Æeathfield au temps des Saxons, à cause de sa situation sur une hauteur, Acath (une partie de ces ruines existe encore), mais sur une éminence voisine.

L’Angleterre est le pays des châteaux ; sur tous les points du pays s'élèvent des résidences splendides en rapport avec la puissance et l’opulence de son aristocratie, la plus riche du monde. Ces demeures seigneuriales datent souvent de notre époque; d’autres, d'âge ancien, sont restaurées par des mains habiles de manière à y rappeler les mœurs, les goûts, les coutumes d'autrefois. Les Anglais, si amoureux du comfort, savent cependant s’accommoder des inconvénients de ces antiques logis, des détours fréquents, des escaliers interrompus, des galeries sans issue, des cabinets secrets, etc., que souvent on y rencontre à chaque pas. Ils font en cela preuve d’un bon goût, qui se lie d’ailleurs avec un sentiment de respect pour l’inutile tourelle flanquant le château où le père et l’aïeul ont vécu.

€ Dans les grandes constructions civiles, dit Viollet-le-Duc, comme les salles d’assemblée, les Aalls, les constructeurs du moyen âge ont presque toujours le soin de prendre des jours inférieurs et supérieurs ; les jours inférieurs permettent de voir ce qui se passe au dehors, de donner de l'air ; les jours supérieurs envoient la lumière directe du ciel. Si étendues que fussent les salles comme surface et hauteur, les fenêtres se trouvaient toujours proportionnées à la dimension humaine et, ce qui est plus important, à la dimension raisonnable que l’on peut donner à un châssis de menuiserie destiné à être ouvert fréquemment, »

Les Anglais du seizième siècle se sont largement affranchis de ces règlementations du moyen âge. Ce que leurs architectes ont su tirer de la vitre obligée par le climat pour pro-

curer à l’intérieur de la demeure la lumière et la gaieté, malgré les épaisseurs des murailles, est d’une hardiesse telle que la baie d’une fenêtre comme celle de la grande salle de Hatfield prend les proportions d’une paroi de cette salle, animée du décor magique de la vie extérieure. C’est en se servant de l’épaisseur même de la muraille que l'Anglais a divisé les jours de sa fenêtre, en un jour supérieur et en un jour inférieur. La bande massive qui les sépare, lien nécessaire pour la solidité, était en outre obligée pour empêcher le jeu d’une menuiserie de trop de portée ; mais, pour le temps, cette construction, si elle marque dans son dessin et ses subdivisions rectangulaires l'esprit rectiligne de l'Anglais, détermine aussi l’un des caractères les plus originaux et les plus charmants de l’architecture civile en Angleterre.

Le lambris dont cette pièce est garnie dans sa partie inférieure était d'usage général. Ce lambris était isolé du mur et cloué sur des tasseaux scellés au plâtre dans des rainures. On évitait ainsi la fraîcheur des murs, toujours assez dangereuse dans les habitations.

Les portes de communication d’une pièce à l’autre étaient toujours tenues basses, selon la tradition du moyen âge où, dans aucune habitation, fût-elle princière, on ne trouverait pas, dit Viollet-le-Duc, une seule porte intérieure élevée, mais toujours des portes basses que l’on n’élargissait qu'autant qu’elles servaient de communication entre de grandes salles destinées à offrir une série de pièces propres à donner des fêtes ; toutes, indifféremment, conservant toujours une hauteur variant de 2" à 250 au plus.

Les grandes salles des châteaux, selon la tradition du moyen âge, étaient toujours disposées presqu’à rez-de-chaussée, c’est-à-dire au-dessus d’un étage bas, le plus souvent voûté , sorte de cave ou de cellier servant de magasin. On arrivait au sol des grandes salles par de larges perrons ou des rampes extérieures. Les escaliers, proprement dits, n'étaient généralement destinés qu’à desservir les appartements privés. Toute grande réunion, fête, cérémonie ou banquet, se tenant dans la grande salle, il n’y avait pas lieu d'établir pour les étages fréquentés par les familiers de larges degrés. Les grandes salles des châteaux possédaient toutes des tribunes, généralement de menuiserie, d'une importance plus ou moins grande. On y plaçait les musiciens les jours de fête et de banquet, les femmes, ou des personnes étrangères auxquelles on voulait faire honneur. On y accédait par des escaliers extérieurs.

La tribune du hall de Hatfeld-house est d’une beauté et d’une importance exceptionnele : son nom de Longue Galerie sert à désigner la salle elle-même ; c'est une œuvre de menuiserie construite en encorbellement, formant une tribune de cent soixante-trois pieds de longueur. Cet intérieur est emprunté au bel ouvrage de l'architecte Nash : The Mansions of England.

Aquarelle de M. Stéphane Baron.

Voir pour le texte : Le Recueil de M. J. Nash; Londres, Henry Sotheran et Cie, 1872. — Le

Dictionnaire raisonné d'architecture, de Viollet-le-Duc. — Le Voyage d'un amateur en An-

gleterre, par M. Alf. Michiels; Paris, Renouard, 1872.

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