COSTUMES DE LA CHEVALERIE
LE BANNERET, LE SEIGNEUR-CHEF, LE HÉRAUT D’ARMES, LE PAGE. . TYPES DE PITAULTS OÙ PAYSANS.
NOTE Le banneret,
Le harnais de ce chevalier offre l'exemple du commencement d’un luxe qui devait arriver à son apogée au seizième siècle, époque où les armures furent couvertes d’or et d'argent, enrichies de figures et d’ornements par les plus célèbres artistes de la France ou de l'Italie. (Voir à ce sujet la notice ayant pour signe le Tambour, quinzième siècle.)
Armure dorée recouvrant un haubergeon de mailles et remarquable par ses renforts d’épaules de dimensions égales, car avec la lance moyenne le faucre devenait inutile. La défense des bras se continue par les coudières et les avant-bras. Hallecret ou corselet garni de longs fancards ou tassettes articulées descendant jusqu'à mi-cuisse; sur ce corselet s'étalent deux riches colliers dont l’un porte sans doute les insignes d’un ordre de chevalerie, A la hauteur de la taille est un léger ceinturon auquel sont suspendues la dague ou main gauche et l'épée à haute poignée ; celle de la dague se distingue par un pommeau en forme de grosse boule rendant cette arme de poing offensive de tous côtés; cette dague n’a point de garde. Cuissots, genouillères munies de gardes, prolongements en forme de plaques rondes couvrant le défaut de l’armure; grèves défendant les jambes et les enveloppant en entier;
les chaussures, non recouvertes de solerets, accusent déjà la forme pattue.
Le bois de lance de la bannière était toujours doré ou peint. Dans l’action, l’écuyer qui portait cette enseigne ne faisait jamais usage de l’arme dont il devait tenir le bois haut pour le ralliement. Celle que le chevalier porte lui-même dans cet exemple, a la flamme garnie d’un gland d’or et les armes du seigneur y sont brodées. Cette bannière se prolongeant en flamme est le gonfanon proprement dit,
No 2, Le page.
Ce jeune page conduit le grand-cheval ou cheval de tournoi d’un seigneur-chef dans la ville du tournoi ; il précède le duc de Bretagne. \
Son costume est mi-partie et à la livrée du seigneur-chef ; cet uniforme s'appelait livrée, parce que la livraison s’en faisait deux, trois, quatre fois par an. Il consiste en un petit hoqueton sans manches montrant celles du pourpoint; les parements en sont bleus, de la couleur de la calotte. Les chausses disparaissent dans les heuses à la poulaine, bottes étroitement ajustées et à hautes tiges que l’on mettait par-dessus les souliers. Éperons à molettes.
Le grand cheval, harnaché à la couleur du sei-
gneur-chef, a une housse traînante dont la teinte rouge est relevée par des blasons d’hermine. La têtière, surmontée d’une touffe de plumes bleues, ainsi que le porte-mors et la muserolle sont de même couleur. Mors d’orfevrerie ; rênes en cuir doré ; collier et croupière composés de pompons brodés d'or. Certains seigneurs tournoyants faisaient habiller leur cheval par le tailleur, de sorte que l'animal apparaissait cousu dans le satin ou dans le velours.
Le seigneur-chef,
On désignait sous le nom de seigneurs-chefs les deux chevaliers qui ouvraient la lice ou qui, dans une lutte générale, se trouvaient à la tête de chaque camp ou partie.
Ici, le duc de Bretagne, un des seigneurs-chefs, entre dans la ville où le tournoi doit être livré.
La joute était précédée et suivie de cérémonies sans nombre (voir la planche DD) dont chacune était pour les tenants l’occasion de se montrer dans un costume différent, eux et les gens de leur suite.
C’est le cas de ce seigneur qui, se rendant à une des cérémonies préliminaires du tournoi, n’a pas encore le grand costume représenté dans la planche ayant. pour signe le J couronné.
Chapel à bec. Espèce de cotte à chevaucher dont la mañche dextre est fendue et flottante; ce vêtement court, celui des cavaliers, était quelquefois remplacé par une houppelande ne dépassant pas le genou. Heuses à retroussis et à la poulaine. Éperons à molettes,
Harnais de cheval complètement en soie bleue relevée par des bossettes et des clous d’orfévrerie.
Héraut d'armes d'Alphonse, roi d'Aragon.
Les hérauts, comme les anciens féciales, étaient des officiers chargés des cris publics, des proclamations, etc. Leur ordre, au moyen âge, se divisait en chevaucheurs, poursuivants et hérauts d'armes, soumis au commandement d’un chef nommé roi d'armes.
Les hérauts, généalogistes jurés et justiciers en matières héraldiques, étaient employés dans les missions diplomatiques, à la guerre et dans les tournois, C’est dans cette dernière circonstance que le héraut du roi Alphonse se trouve représenté ici :
tenant à la main un blason gironné de cinq pitces de sable et d'argent; il assiste à la distribution des écussons ou insignes des parties, une des phsses préliminaires du tournoi.
Le costume de ce héraut consiste en un talnrd aux armes d'Aragon et écartelé, c’est-à-dire dont chaque face représente l’accouplement de deux Hasons ; les emblèmes héraldiques étaient figurés sur cette cotte par un moyen d'impression appelé atture, Haut-de-chausses blanc et souliers de même couleur,
Les pitaults ou paysans.
Le laboureur.
Chapeau de paille rappelant par sa forme le chapd à bec. Cotte sur laquelle est jeté un petit manteau (sagulum). Tablier ou pièce d’étoffe garantissant le hantde-chausses et noué derrière le dos. Guôtres ou gamaches, fourreaux de jambe en toile.
Les populations rurales de cette époque, commeon le voit dans cet ensemble de figures, apparaissent toujours avec une mise propre, modeste, le goût de la parure règne chez les femmes et jamais, au moyen âge, le paysan n’arriva au degré d’abjection où il devait tomber au temps de La Bruyère.
Le semeur.
Chapel à calotte hémisphérique. Petit gonnel sans manches sur une cotte de drap bleu. Tablier blanc attaché derrière le-cou et contenant la graine. Hautde-chausses enfoncé dans de larges houseaux de cuir noir,
Le faucheur.
Les ouvriers ou gens de service, en tant qu'ils s’habillaient pour le labeur quotidien, s’en tenaient de préférence aux vêtements courts, et pour de certains travaux, lorsque la saison le permettait, ils quittaient même une partie de ces vêtements plus par économie que par commodité. Ce faucheur, coiffé d’un chapel de paille, porte, sur sa chemise écourtée, la petite tunique qui, aux heures de travail, remplaçait le bliaud, Le paysan retirait alors son haut-de-chausses
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et conservait ses souliers, restant les jambes nues ou encore les couvrant de la gamache (voir les n°5 8 et 9).
Dans le célèbre manuscrit du cardinal de Grimani dont les peintures sont attribuées à Memling, les moissonneurs, faucheurs, etc., sont aussi représentés sans haut-de-chausses et les jambes entièrement nues. Au dix-septième siècle, dans les scènes villageoises si bien tracées par Stella, le paysan moissonneur ou vendangeur se dépouille encore de ses chausses, mais comme la division en haut et bas-de chausses existait alors, il conserve sa culotte pour se livrer aux travaux des champs. Voir à ce sujet la planche CH, France, XVILe siècle,
N° 81et.9.
Les fossoyeurs.
N° 8, Petite calotte. Sous la tunique sans manches, on voit un pourpoint aux manches courtes recouvrant celles de la chemise qui sont amples, longues et que ce fossoyeur à retroussées pour la facilité de son travail. Gamaches en toile sur les jambes nues,
N° 9. Chapel à bec. Cotte à longues manches étroites. Chausses reliées à la cotte par des aiguillettes qui, comme on le voit ici, se rompaient quelquefois sous l’effort du travail et occasionnaient l'accident saisi par le peintre, le débord de la chemise par-dessus le haut-de-chausses.
Le n° 1 est tiré d'un tableau votif du quinzième siècle appartenant à M. de Boischevalier ; peinture ayant figuré à l'Exposition de l'union centrale en 1874.
Les n°5 2 et 3 proviennent du célèbre Tournoi du roi René, ms. de la Bibl, nat. de Paris, ainsi que les suivants.
Le n° 4 est tiré d'un traité de Jean Hérard sur l'Office d'armes, ms. du seizième siècle.
Les n°5 5, 6, 7, 8 et 9 sont des reproductions de l'école de Jehan Fouquet, l'illustre miniaturiste des Antiquités des Juifs et de Tite-Live,
Voir pour le texte : Les Monuments français inédits de Willemin, texte d'André Potier, — Histoire du costume en France, de Quicherat. — Institutions, usages et costumes au Moyen Age, par P. Lacroix. — Les Mémoires du peuple français, par M. Challamel; Hachette, 1867.
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