MEUBLES DU VII SIÈCLE AU XIV. — LITS, TRONES ET SIÈGES
Dans un ouvrage du caractère de celui-ci, on ne saurait négliger ce que les devanciers ont recueilli, surtout lorsqu'il s’agit de devanciers ayant la valeur artistique de Willemin, qui partage avec Lenoir la gloire d’avoir apprécié, à une époque où cela était vraiment rare, le mérite des œuvres de toute sorte que le Moyen âge et la Renaissance ont laissées. Willemin, graveur archéologue très consciencieux, a composé ses planches de documents en général judicieusement choisis. Il serait oiseux, dans bien des cas, et souvent inutile de chercher autre chose
que ce qu'il a trouvé ; Viollet-le-Duc lui-même y recourut fréquemment. Pour nous, nous nous
sommes appliqués à former, avec des matériaux répandus dans de nombreuses planches, des résumés d'objets similaires dont le rapprochement facilite l’étude. II fallait forcément, pour que de tels résumés fussent possibles, recourir à des réductions assez fortes; mais on doit considérer que la plupart des renseignements fournis par Willemin, provenant des peintures des manuscrits lorsqu'il s’agit des époques les plus anciennes, valent surtout par les principes généraux, et que ces principes, quelle que soit l'échelle adoptée, sont toujours appréciables. Un ensemble où, d’une part, seraient résumés les caractères généraux, et où, d'autre part, les caractères particuliers seraient l’objet d’une étude suffisamment détaillée, comme on le voit, par exemple, au sujet de la crédence dans la planche ayant pour signe le T couronné, et dans ceile au signe du Cric, dont les documents ont été fournis par la photographie et traités sur une échelle supérieure, cet ensemble nous paraît ce que l’on peut faire de plus utile. C’est d’ailleurs en rappelant la source à laquelle nous avons puisée, et en rendant à Willemin la justice qui lui est due, que nous avons disposé des riches matériaux qu’il a su réunir.
N°S 1 et 2, Profil et face d'un siège en bronze doré, connu sous le nom de trône de Dagobert, — Ce trône appartient aux premiers temps mérovingiens, C'était originairement un pliant dont on a fait un faudesteuil fixe, en y ajoutant le dossier et les côtés formant. bras, ce qui fut accompli par l’ordre de Suger. Les rois des Francs avaient coutume, après avoir pris le gouvernement de leur royaume, de s’asseoir sur ce pliant, de tradition antique, pour recevoir l'hommage des grands. C’est pour continuer ce même usage que Suger l’avait fait réparer, consolider et compléter au goût du jour. Ce siège royal qui, de temps immémorial, faisait partie du trésor de Saint- Denis, existe toujours.
N° 7. Siège épiscopal du huitième siècle, représenté de face, — C’est une chaise en marbre reposant sur deux éléphants. Elle appartient à l’église de Canova, petite ville du royaume de Naples.
N°8. Siège archi-épiscopal, qui a plus que l’autre, l’aspect d’un trône ; il est de la fin du onzième siècle, — Le diocèse de Canova ayant été réuni à celui de Bari, l'archevêque appelé à le gouverner avait fait graver, en latin, sur sa chaire, cette inscription : &« Sur ce siège s’asseoit le pieux et excellent patron Hélie, archevêque de Bari et de Canova. » — Les lions qui servent de supports au marchepied de ce srône, doux l'emploi est fréquent dans des trônes analogues, semblent un souvenir du trône de Salomon, tel qu’il est décrit dans le ITT° livre des Rois. « Ce grand trône d'ivoire, revêtu d’un or très pur, avait deux appuis et six degrés ; deux lions auprès des deux appuis, et douze lionceaux sur les six degrés, six d’un côté et six de l’autre... » — Il y aurait, selon toute apparence, peu d'effort à faire, pour reconnaître dans le lion accroupi que l’on voit ici sous le marchepied une tradition d’artisan assyrien ; celui-ci est du genre de ceux que l’on retrouve à Ninive, car c’est à leurs voisins que les Hébreux empruntaïent leurs artistes. (Voir pl. ayant pour ligne le T couronné, ce qui est dit au sujet de l’évêque siégeant in cathedr4.) Ce trône épiscopal est dans l’église de Bari, royaume de Naples,
‘N° 6. Pliant articulé, drapé et avec coussin, ayant le caractère d'un trône, d’un siège d'honneur. — On le rencontre fréquemment dans les mss. de la période carlovingienne.
No 15. Chaise à dossier du milieu du neuvième siècle. Bible de Charles le Chauve.
N° 16. Siège du douzième siècle, provenant d’un ms. de l’époque. — Les bois façonnés au tour qui entraient généralement dans la composition des sièges,
retenaient encore quelque chose des formes architecturales massives de l’âge précédent.
N° 14. Trône, d’après une Bible de la fin du treizième siècle.
Nes 8 et 10. Faudesteuils, tirés d'un manuscrit sur la chasse, composé en 1380 par Gaston Phébus, comte de Foix et seigneur de Béarn.
N° 13. Lit du neuvième siècle, et de caractère byzantin. — C’est le chalit rectangulaire grec et romain avec son marchepied et son coussin. Seulement il ne semble pas qu'il y ait de matelas, et il paraît n'y avoir là qu'un fond tendu ou tressé attenant au bâti à la manière de certains lits égyptiens.
N° 11. Lit. — Ce lit, avec dossier au chevet, et plus relevé de ce côté que de celui des pieds, de façon que la personne couchée y paraisse presque sur son séant , est une forme plus particulière, L'usage des lits de repas, plus courts que ceux faits pour dormir, avait été entièrementabandonnée depuis le sixième siècle. Quoique l’on semble ne connaître du moyen âge que des lits pour la nuit, peut-être cependant doit-on voirici dans ce meuble du neuvième siècle, le lit de repos de cette époque. Ces deux exemples proviennent d’un manuscrit grec exéculé vers 886.
N° 17. Lit du douzième siècle. — Celui-ci qui est bien un lit pour dormir a beaucoup fixé l'attention. Le chalit est en plan droit ; au chevet, se trouve un dossier élevé, et au pied, un arrêt moins élevé de même nature ; un unique et souple matelas, retenu par l'arrêt du pied, et se repliant du côté du dossier de chevet qu’il domine, telle est cette couche. Sur ce matelas, le dormeur appuie sa tête sur un oreiller, et repose sous une couverte dont il est enveloppé sans que le matelas le soit. (On ne dormait pas, bien entendu, la couronne sur la tête, la présence de cet insigne étant, dans les peintures antérieures au quatorzième siècle , une des manières de désigner la qualité des personnages.) C’est ordinairement par des amas de coussins, plus nombreux et plus épais vers la tête, que l’on donnait une grande déclivité à lacouchette, déjà construite dans ce sens, assure Viollet-le-Duc. Dans notre exemple, siéloigné de toutes ces conditions, le bâti paraît de bois, les montants des dossiers sont en fer, et leurs traverses sont des cordes. Un tapis couvert d’ornements est placé sous le matelas et pend au dehors. Ce tapis est fort riche, ainsi que le matelas et l’oreiller. Il y a un marchepied, et le siège n° 16, décoré de même sorte, appartient à cet ameublement. Le manuscrit d’où ce document a été tiré est du douzième siècle et de l’école rhénane,
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Fe Paris
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