‹ Le costume historiqueChapitre 59 sur 130 · COSTUMES DE CHEFS · texte numérisé non relu

COSTUMES DE CHEFS

Les dix personnages représentés décorent une des voûtes de la Sala de Justicia de l’Alhambra de. Grenade. Ils sont peints sur des panneaux de cuir cousus ensemble et cloués sur une surface concave composée de planches d’un bois résineux. Ces peintures sont les seules qui offrent des exemples authentiques du costume mauresque ; elles prouvent assez que les fondateurs de l’Alhambra n’ont pas toujours tenu compte des préceptes du Coran qui interdisent la représentation de tout être animé,

Les dix chefs maures qui délibèrent assis sur des aZmohadas (coussins), forment un divan (al-dyônan) ou conseil de chefs des tribus de Grenade. Ils ont le teint brun, la barbe noire taillée en fourche, et portent le costume des Maures du quinzième siècle : xasia, ou turban, recouvert de la marlota, sorte d’écharpe ou de voile qui retombe en plis flottants sur les épaules ; albornoz où burnou descendant jusqu'aux pieds eb rappelant le dubbé turc (chez quelques-uns des chefs, ce burnous est mi-parti ou accompagné d’un almofar, capuchon, ainsi que le montre la figure n° 10) ; feredjé formant robe de dessous ; borceguies ou bottines de cuir teint; baudrier du cavalier consistant ici en une bande de velours garnie de clous d’or, à laquelle est suspendue l’alfange, épée mince et large à deux tranchants dont la poignée est munie d’une garde en forme d’écusson. Bien que l’épée à poignée en forme de croix des chevaliers chrétiens ait été longtemps bannie chez les musulmans, on rencontre des gardes de sabres à quillons droits dans l’armement des Arabes du seizième siècle, représentés dans la suite des tapisseries de la « Conquête de Tunis » dont les dessins ont été tracés par Vermeyen, et qui appartiennent au Musée de Madrid.

Au moyen âge, il n’y eut pas d'objets de luxe plus recherchés que les soieries de Valence et d’Alméria, les draps de Murcie, les jaiques ou gazes, et les tissus de coton de Grenade. Les rois maures faisaient présent de ces étoffes aux souverains étrangers : en 1333, à la conclusion d’un traité de paix, on voit Mohammed IV, roi de Grenade, offrir à Alphonse XI, roi de Castille, plusieurs pièces d’étoffe en or et soie, de celles qui « se fabriquent à Grenade ».

Ce sont les Arabes qui perfectionnèrent les procédés en usage pour le travail du cuir, et qui apprirent à l’Europe l’art du fourbisseur et de l’armurier. Leurs épées de Cordoue, de Saragosse et de Tolède jouissaient d’une grande renommée ; elles avaient tant de formes et de noms, qu'un auteur arabe, Mohammed-al-Heraury, a fait un livre intitulé « Esma-al-Saïf », c’est-à-dire les noms de l'épée.

Pendant sept siècles de domination en Espagne, les Arabes déployèrent une activité qui s’étendit à toutes les branches de l’industrie, des sciences et des arts ; ils réussirent, sous ce rapport, à transformer matériellement et intellectuellement le pays et à le placer à la tête des

nations de l’Europe.

trempe de leurs lames et la rare perfection de leurs ciselures, ont placé Julian en tête de ces fameux artistes de Saragosse, de Saint-Clément, de Cullar, de Tolède surtout, dont les produits resteront toujours comme un témoignage de la supériorité que l'Espagne a longtemps conservée en ce genre d’industrie.

Espadas ou épées.

INOIS Épée dite de Boabdil, dernier roi de Grenade.

Poignée et pommeau couverts d’émail, d'ivoire, de filigrane, et ornés de légendes arabes ; la. garde, aux quillons recourbés, est formée de deux têtes d’éléphants «et décorée de l’écusson des rois Maures; des caractères arabes sont gravés sur la lame, Épée Hourecque dé Don Jude

Cette arme, trouvée à l’ Alhambra, a appartenu, suivant la tradition, au dernier roi de Grenade, Boabdil, surnommé el rey chico. On aurait peut-être là un

No°12.

Les ornements de la lame, légèrement en relief, sont dorés sur un fond d'azur; ceux de la poignée à

échantillon précieux du talent de l’un des favoris du roi arabe, Julian del Rey, surnommé le Maure, armurier célèbre qui, après la chute de Grenade, fut l’un des premiers à embrasser la religion catholique, ayant pour parrain, à son baptême, le roi Ferdinand V. Les espadas du renégat, par l'excellente

quillons recourbés, avec un relief plus fort, ont le même genre de décoration; l'étoile, au centre du pommeau, est formée d’un émail rouge, blanc et vert.

Cette épée a été, dit-on, conquise par Don Juan sur un chef maure, à la bataille de Lépante.

Figures tirées des peintures de la Sala de Justicia, de l’Alhambra de Grenade.

Les épées font partie de l Armeria de Madrid et ont élé reproduites ici d'après les photographies de la collection Laurent.

Voir, pour le texte : comte de Circourt, Histoire des Mores Mudejares et des Morisques, 1845-48. — Vaardot (Louis), Histoire des Arabes et des Maures d’Espagne, 1851. — Catalago de los objetos de la Real armeria, Madrid, 1863. — Baron Charles Davillier, Voyage en Espagne.

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La calotte de feutre, la chachia, rouge, blanche ou brune, est portée par tous les indigènes et sert de base à toutes les coiffures masculines. Le Turc et le Maure y enroulent le turban; l’Arabe la recouvre du haïk dont il se sert pour préserver sa nuque et entourer son visage, Cette pièce d’étoffe est d’une laine légère quise fabrique surtout dans une oasis tunisienne,

le Dijerid ; on fixe cette enveloppe en l’enroulant d’une corde faite de poil de chèvre ou de chameau, tantôt ronde, tantôt plate.

L’Arabe porte sous son haïk deux et trois chachias superposées, la rouge par-dessus; s'il est en mission, cette coiffure qu’il ne quitte jamais, ni le jour ni la nuit, lui sert de porte- ‘ feuille; il place entre les calottes étagées les dépêches qu’on lui a confiées, et elles y demeurent jusqu’au terme de son voyage.

Le haïk étend ses plis sur une chemise de laine, la gandoura, couvrant le corps et les épaules sous le burnous. On porte le manteau de diverses manières, noué sur le devant avec des cordons,

n° let 6 ; relevé et rejeté sur une épaule, n° 8 ; relevé et contenu sur la poitrine au moyen d’une courroie, n° 2.

Notre n° 1 représente un laboureur arabe du Tell, un de ces paysans dont la principale occupation consiste dans l'élevage des bestiaux, des moutons surtout.

Le n° 2 met sous nos yeux un Arabe de la tribu des Smélas, de la province d'Oran. Le n° 3 est un Chaouïa, Berbère du massif intérieur. Son burnous de laine rayée est de ceux que deux

tribus industrieuses, habitant les montagnes, les Beni-Abbès et les Béni-Ourtilan, fabriquent pour les Kabyles.

Le n° 6 représente un grand chef arabe du désert. Les tribus sont de caractères différents : il y en a de religieuses, commandées par des marabouts, et d’autres où la noblesse militaire

remplace l'autorité religieuse. Les tribus religieuses ne sont pas les plus paisibles : ce sont elles qui, depuis la conquête, ont fourni les plus ardents agitateurs. Les tribus nobles ou militaires sont désignées dans l’ouest par le nom de Djouad et de Mehal, dans l’est, par celui de Douaouda. L'origine en remonte aux invasions arabes. Elles traînent à leur suite d’autres tribus dépendant entièrement d'elles : ce sont les #ribus serves, subissant en effet, et sans ge plaindre, un véritable servage. Le chef ici représenté porte, par-dessus le haïk obligatoire, un chapeau de plumes dont les larges bords peuvent procurer de l’ombre au visage. Ce chapeau au sommet pointu est enjolivé de cordonnets en soie rouge, tendus de la partie supérieure à ses bords. Nous n’insisterons pas sur le vêtement de corps-taillé à l’ottomane; la veste courte est de soie avec broderies d’or, la ceinture est également en soie et les culottes sont de drap, ainsi que le burnous blanc et garance devenu celui de nos spahis. Des bas de coton rayé, montant plus haut que le genou, et des bottines en maroquin à tiges largement fendues, ornées de glands, complètent l’ensemble de ce costume original. La pièce de soie rayée à la tunisienne;qui ceint les hanclies et'est nouée un peu sur le côté, n’est pas une pièce essentielle de ce costüme. C’est une parure que l’on rencontre souvent en Kabylie, où elle entre dans les atours féminins. La chaussure est beaucoup plus indispensable, et mérite l’attention; elle se compose de deux pièces, la bottine, dont les montants aident à se préserver des vipères, et une sandale grossière, faite de peau de bœuf où de chameau, avec son poil, nouée sur le pied au moyen de lanières de cuir. Cette sandale est la {orbaga, la chaussure d'été. On la porte, ” comme on le voit ici, par-dessus le maroquin des bottines légères, mais tous les Arabes du désert en font usage en l’attachant avec de simples ficelles; elle est indispensable aux pieds ‘nus pour marcher sur les sables brûlants de la plaine.

Notre chef arabe tient un coran de sa main droite ; sous son burnous, par-dessus sa veste, se trouve un étui pour ce coran, car c’est un péché que desporter le livre sacré sous la ceinture.

Les n%4, 5, 7 offrent des types de Juives d'Alger et de ses environs. Les mœurs et les usages des Juifs de ces contrées sont presque les mêmes qu’au moyen âge. Le costume féminin est un mélange hétéroclite des modes anciennes du nord de l’Europe et de celles de l'Orient. Le yémèni qui serre le front et barre hermétiquement le passage aux cheveux est la coiffure de rigueur pour les femmes mariées. Les Juives ne se tatouent pas le visage, la Bible leur inter-

disant ce genre d'ornement ; elles sont en général remarquables par la blancheur de leur teint. Comme elles ne quittent guère la maison (c’est le mari négociant qui court au dehors), elles ne cherchent pas à briller, et se contentent du confortable pour leur accoutrement. L’élégance de leur costume s’en ressent ; la plupart du temps, il est fait de tissus assez grossiers, et il n’a pas la coupe gracieuse de celui des Mauresques bien qu’il leur soit emprunté en grande * partie. Le corsage n’est pas taillé pour soutenir la gorge, comme chez ces dernières, et lès Juives l’ayant communément volumineuse, ce défaut de goût, de soin, quoiqu'il y en ait

nombre de fort jolies, leur fait de bonne heure le plus grand tort. Leurs longues jupes ne laissent voir que le bas de la jambe nue et leurs pieds chaussés d’une espèce de pantoufle sans quartier, ne recouvrant que les doigts, Elles portent des caleçons, et lorsqu'elles sortent, enveloppées depuis le haut du bonnet jusqu'aux talons, elles ne se cachent que la moitié du visage, se conformant ainsi à un usage antérieur à l’islamisme, car il proviendrait des anciens peuples idolâtres de l’Asie et de l'Afrique,

En résumé, le costume de ces Juives de l'Algérie semble plein des traces du passage de leur peuple sur tant de points divers du vieux monde. La forme élevée de la coiffure en cotonnade, portée par la demoiselle juive n° 4, rappelle celle des musulmanes du commun de Tchanak- Kalé, à la presqu'île asiatique des Dardanelles ; ses cheveux, tombant dans le dos en une tresse unique, sont enroulés dans de la soie, comme on le voyait en Perse au XVI° siècle, selon Vecellio; ses manches de linge, taillées en pointe, sont nouées par derrière l’une à l’autre, et, dans plus d’une peinture de notre moyen âge occidental, on retrouve l'exemple de manches de cette coupe, nouées de la même façon. La longue coiffure du n° 7 a tout à fait la physionomie du hennin des dames françaises du X V° siècle; l'édifice était de même forme et portait aussi le long voile traînant à terre, ou relevé. Cette coiffure, vint-elle d'Europe lorsque les Juifs d'Espagne s’établirent à Alger, à la suite des Maures chassés de leur conquête ? Ne viendrait-elle pas de la Syrie? Voici ce qui appuierait cette dernière hypothèse, Le bonnet en pointe de notre n° 5 est de forme analogue, tout en étant moins long : or ce bonnet se trouve dans Vecellio comme étant celui de la Juive de Syrie. Enfin, au mont Liban, les femmes druses portent encore aujourd’hui sur le haut du front une longue corne d’orfèvrerie, le fantour, du haut duquel descend, en le recouvrant, un long voile épais et noir traînant à terre dans la maison.

Les étoffes de ces costumes offrent peu de variété, Au n° 4, la demoiselle juive est coiffée avec une étoffe assez épaisse, espèce de madras en coton. Son corsage mal ajusté est de soie, galonné d’or aux coutures ; la jupe est en cotonnade à larges dessins. Le bonnet du n° 5 est une espèce de feutre ; le nœud est en soie, ainsi que la ceinture. Le corsage, également de soie, est décoré sur la poitrine d’épaisses broderies d’or; linge de coton. Le long voile du n° 7 est en mousseline, brodée sur le travers du bonnet qu’il recouvre ; le corsage est en soie, largement quadrillé de gansés d’or, plus propres à dissimuler les formes qu’à les faire valoir ; la jupe est en laine; les chaussures sont en soie.

Les n°% 1,2, 8, 5 sont reproduits d'après des aquarelles appartenant au Muséum d'histoire naturelle de Paris, — Les n°% 4, 6, 7 proviennent du Musée des colonies. ( Voir pour le texte : Voyage dans la régence d'Alger, par P. Rozet; Paris, 1833, in-8° ; # L'Algérie, par M. E. Carette (L'Univers pittoresque); — Exploration scientifique de l'Algérie, par À. Ravoisié; Paris, 1846 et suiv.,

in-fol.)

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AFRIQUE

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