APPARTEMENT D'UNE DAME MUSULMANE. — LE TANDOUR
On connaît le principe de l’habitation musulmane, la division : le selamüik, côté des hommes : le karem, côté des dames. On donne aussi le nom de karem à l’ensemble du personnel féminin d’une maison. La dame est la hanum ou hanoum; on appelle #2 la jeune fille.
L’habitation est généralement en bois ; le salon représenté est, ainsi que les pièces principales de cette construction, assez haut de plafond pour que deux rangées de fenêtres y soient superposées. Les plus élevées sont des vitraux parmi lesquels s’en rencontrent de coloriés. Les compartiments formant dessin sont faits avec du plâtre, ce qui est un mode tout oriental. Les grandes fenêtres sont garnies de stores grillagés et de rideaux qui ne sont jamais que d’indienne. Les murs unis sont enduits et peints, ordinairement avec simplicité, fréquemment en marbre blanc.
Le mobilier, à peu près unique et que l’on trouve dans toutes les pièces des appartements, c’est le sopha, sur lequel on s’assied les jambes croisées. Le surplus ne consiste guère qu’en des petites tables volantes, qui servent aux collations et aux repas, et sur lesquelles, le soir venu, on place les flambeaux.
En été, les parquets sont couverts de nattes d'Égypte : en hiver, de tapis travaillés à Smyrne, à Salonique, etc.
Le plafond en bois, est divisé en caissons nombreux, peints de diverses couleurs, mais les détails ne valent pas qu’on s’y arrête. L’onementation de cette pièce est due à quelque main européenne, Il est à croire qu’elle est authentique, les Turcs du dix-huitième siècle comme ceux de notre temps ayant souvent recours à nos décorateurs ; mais comme on voit dans les corniches, des arbres, des paysages, des hameaux, des Æeosckhs, écrit d'Ohsson, des parterres, des jets d’eau, eb sur les murs des fleurs et des fruits, malgré les prescriptions du Coran; enfin
comme on rencontre aux entrefenêtres des cartouches du genre rocaille qui donnent une date à cette décoration sans caractère national, on ne doit vraiment considérer cet ensemble que dans ses dispositions générales véritablement typiques.
Le chauffage de la maison turque est fort différent du nôtre ; on ne voit des cheminées en Orient que rarement, dans quelques maisons riches. L'usage du poêle y est inconnu. Le brasero de cuivre, encore dans les mœurs espagnoles, et dont usèrent les Romains et les anciens Grecs, est la manière la plus générale d’échauffer les chambres ; on le place au milieu de la pièce. De plus, les femmes ont leur éardour ou laundour, corruption du mot fennour qui signifie chauffecorps.
Le tandour est une table rectangulaire garnie de grandes couvertures touchant le sol, sous laquelle on met un brasero en cuivre couvert de cendres pour en régler la température. On s’y chauffe commodément en prenant sur ses genoux le bord de la couverture; la chaleur entretetenue sous la table est douce et salutaire. L'usage du tandour est général dans toutes les classes du pays, et même chez les Européens établis dans l'empire, qui en contractent l'habitude avec tous les étrangers.
Le tandour est installé dans l’un des kiochés ou angles du divan, à la place d’honneur où s’asseoit la maîtresse de la maison. Les tandours sont des objets de luxe ; les couvertures sont de satin, de drap d’or et d'argent, d’étoffe richement brodée. C’est au tandour que la hanum reçoit ses visites, et elles sont nombreuses avec le goût des réunions et des causeries si développé chez les Levantines. Les dames turques ne sont point recluses, et sous le yachmak et le féradjé elles sortent même absolument seules, allant et venant en pleine liberté. Elles se réu-
nissent, toujours sur invitation, tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre. La maîtresse de la maison à son tandour place à sa droite celle de ses visiteuses à laquelle elle veut faire le plus d'honneur ;
c’est au tandour que se forme le cercle de la conversation ; c’est là que les hanums prennent ordinairement leurs repas et passent leur journée à fumer le tountounn dans les narguilehs ou les chibouks, à consommer des sucreries, les doundourmas, à faire de petits repas, variant parfois ces occupations en exécutant des broderies au tambour, au métier horizontal fixe. Le tandour, tel qu’on le voit ici, est posé sur une espèce de grand matelas, moitié moins épais que les divans, et il est garni d’une double couverture. Toutes les hanums sont en toilette.
Document emprunté au Tableau général de l'empire olloman, par Mouradja d’Ohsson (Ignace), ambassadeur suédois à Constantinople ; 2 vol. publiés à Paris en 1787-90. Le 3° vol. par C. d’'Hosson, fils d’'Ignace, paru chez Firmin-Didot en 1821.
Voir pour le texte l'ouvrage des d'Ohsson; et dans le Tour du monde, année 1863, les Femmes turques, leur vie et leurs plaisirs, par M. F. Jérusalémy.
ASC AT
PPS PRESSE
QU AA A VA Aa 4
aVe
ia [à
Lzr