‹ Le costume historique vol. 6 1888Chapitre 124 sur 140 · PREMIÈRE PARTIE DU SIÈCLE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE DU SIÈCLE

Nos L et 4, — Rouennaises endimanchées,

Ces ouvrières portent le bavolet (voile qui descend bas); leur chigron, tout en l'air, est séparé de la tête par un bandeau,

Nos 2 et 7, — Costumes du bois d'Embourg, à trois lieues de Rouen.

N° 3. — Femme du Val-de-la-Haye, près de Rouen. No 5, — Parure de Pont-l'Évêque (Calvados), | N° 6. — Jeune Hivraise.

Le fond du bonnet s'éléve en pointe: les femmes élé .gantes mettaient sur ce bonnet un ruban faisant deux tours et qu'elles nouaïent en rosette. Un fichu blanc, garni d'une petite dentelle, est enfoncé dans la robe de soie.

N°s 8 et 16, — Costumes dessinés à la foire de Saint- Gorgon, prés de Rouen.

Le bonnet à une échancrure pratiquée dans sa partie inférieure, et il est posé sur un bandeau de velours ;

à ce velours est cousue une garniture de batiste à petits plis.

N° 9. — Cauchoise dessinée à Limpiville, arrondissement d'Yvetot. C’est la prieure d’une confrérie; elle porte à l'église le pain bénit, k

Le voile est coupé en deux parties et chaque moitié est froncée sur une bande étroite rapportée. Les jours de grande cérémonie, les jeunes files portent un bonnet dont les barbes sont excessivement longues.

N° 10, — Bayeusaine.

Par leur arrangement, les barbes pendantes produiseut

un angle sur le devant du bavolet, Le juste-au-Corps ou casaquin est échancré dans le dos et entre-dans la jupe.

No 11.— Caennaise.

La calipette des femmes de Caen a une grande élévation et ses barbes sont croisées de manière à figurer une mitre ; une épingle d'or la fixe sur la tête. Les cheveux sont retroussés en bourrelet. Par devant, la robe monte très haut. Deux tabliers sont placés l'un sur l’autre ; leurs bavettes ont des coins pointus,

N° 12. — Paysanne de Rolleville ; arrondissement du à la planchette et qui consistait à avoir, étant assise,

Hävre. une planchette suspendue sous les pieds, — Bran-

tôme, en parlant du butin que fit M. de Salvoison au

château de Verceil qui appartenait au duc de Savoie,

dit & qu'il y prit une planchette d'or qui étoit à la

€ haquenée de la duchesse quand elle chevauchoit N° 13, — Costume de Saint-Valery en Caux. & dessus ».

RL = Got Une des parures favorites des paysannes du pays de

Caux, est une grande croix d’or surmontée d'un cœur.

Bonnet déjà très rare en 1827. La garuiture du devant et celle qui tombe sur le chignon sont consues au bonuet,

C'est le costume cauchois tel qu'il s'est conservé dans les campagnes. La manière de monter à cheval est | N° 15, — Costume de Varangeville; arrondissement aussi très ancienne; c’est celle que l'on nommait de Dieppe.

Eu Normandie, le type féminin offre quelques variétés où se rencontrent les traits particuliers eb personnels à chaque petit pays. Dans toutes les contrées de grande culture comme le Roumoiïs, le pays de Caux, le Vexin, les femmes sont roïdes, longues, sèches, hâlées, mais vigoureuses ; la taille est plus petite chez celles qui habitent les bords de la Seine. Comme contraste, la Normande des environs de Bayeux est grande, forte, superbe, jouissant d'une fraîcheur incomparable. Cette splendeur s’adoucit et se tempère dans les environs de Caen. En se dirigeant vers l'Ouest, les traits vont toujours en se féminisant ; les Viroises sont fines et coquettes ; les femmes du département de la Manche ont encore plus de séductions ; enfin c'est chez les Granvillaises que se voit la beauté exquise, la perfection du type normand dans ce qu'il a de plus gracieux.

Le bonnet cauchois, que l'on a toujours pris comme base pour rechercher l’origine du bonnet normand, se composait d’une carcasse en soie richement brodée d’or ou d'argent et affectant la forme d’un cône ou d’une longue corne un peu recourbée; à l’extrémité snpérieure de cette corne, s’attachaient des barbes plissées ou tuyautées en forme de sabot et retombant ensuite jusqu’à mi-corps. Quelquefois même ces barbes étaient assez longues pour descendre jusqu’au bas de la robe ; mais alors on les redoublait et on rattachait le bout à la hauteur du chignon. L’emploi de la riche carcasse, qui devint la pièce principale de la coiffure, et l'absence complète de passe et de fond, constituent la différence qui existe entre le bonnet cauchois et les autres bonnets normands.

Le véritable ancêtre du bonnet normand, c’est le hennin en forme de corue porté pendant de longues années en Allemagne, en Angleterre, et qui est une des coiffures qui persistèrent le plus longtemps en France où tontes les classes de ce côté-ci de la Loire l'avaient adoptée.

On pomrait peut-être aussi attribuer une origine scandinave à la coiffure normande ; voir la jeune Islandaise de Reykiawik (pl DB R, Suède) qui porte, pour chevaucher les jours de fête, un mouchoir de tête surmonté d’un cimier donnant exactement le principe de certains bonnets de la Normandie.

Excepté ceux des Cauchoises, tous les bonnets sont formés de trois pièces : le fond, la passe, les barbes qui sont un prolongement de la base et qui, quelquefois, s’en détachent complètement,

Chez les Baycusaines eb les Caennaises (voir les n° 10 et 11), la passe est droite, couverte de rubans ; le fond presque perpendiculaire se trouve haut, large, évasé: les barbes, rapprochées l’une de l'antre an milieu de la passe, se séparent et vont se rattacher à chaque extrémité du fond, d'où elles retombent sur les épaules.

À Lisieux, au contraire, le fond, très petit, placé tout au sommet, ne coiffe pas la tête; la passe très élevée est aussi un peu flottante; les barbes cousues à l’entour lui servent de bord, elles sont habituellement tuyautées dans la partie qui tourne par derrière,

Le bonnet des Argentinaises a quelque ressemblance avec celui des Lexoviennes (de Lisieux) ; mais il est plus retroussé, plus coquet, plus hardi.

Quelques femmes des bords de la Seine, à Jumièges, à Duclair, ete., se coiffent comme les ouvrières de Rouen de la première partie de ce siècle (voir les n° 1 et 4). Dans ce bonnet, la passe et le fond sont entièrement recouverts par les barbes. Celles-ci se composent d’une longue pièce de mousseline doublée dans le sens de sa largeur et posée par le milieu sur le front ; où on relève ensuite les extrémités pour les entrecroiser l’uue sur l’autre, après avoir formé des deux côtés un large pli tombant jusqu’au-dessous de l'oreille,

À Honfleur, le bonnet se réduit aux proportions d’une modeste cornette. A Vire, il découvre entièrement le front et est posé presque horizontalement.

Dans le département de la Mauche, les barbes ressemblent à de grandes ailes, les fonds se développent dans des proportions extravagantes, quelques-uns se replient sur eux-mêmes comme un cimier démesuré ; de plus, ils se partagent en deux parties et forment ainsi, au-dessus des barbes, une seconde paire de larges ailes blanches dont le contour est maintenu par un fil de laiton.

La calipette de Caen (voir n° 11) est un serre-tête dont le bord, agrandi et relevé, entoure la tête d’une sorte d’auréole formée d’une large dentelle ruchée, à gros tuyaux; un cercle de carton de la largeur de trois doigts environ soutient la partie supérieure du fond ; le haut du bonnet esb maintenu par uu grand peigne ; un nœud, dont les longs bouts descendent jusqu’au milieu du dos, s'attache par derrière.

Lé bonnet de coton se porte chez les femmes de la basse Normandie, surtout daus les environs de Lisieux et de Falaise.

L'arrangement des barbes fait toute l'originalité du bonnet de Granville, Il est collant sur la tête: on couche les deux barbes l’une sur l’autre au lieu de les entrecroiser, puis on les ramène du côté opposé où elles restent flottantes. Les plis qu'elles forment des deux côtés découvrent les oreilles ; mais cette coiffure ne demenre point aplatie sur le front comme elle est posée d’abord; on y chiffonne au milieu, avec les doigts, deux espèces de petites cornes.

D'après les dessins originaux publiés par M. Philippe en 1834, il est facile de suivre les variantes de la coiffure normande dans le département de l’Enre. — Les jeanes filles de Quillebœuf se montrent parées du bavolet des Rouennaises ; les femmes de Louviers et de Pontde-lArche portent un bonnet dont la passe très haute se développe en longues ailes plissées,

le fond est entouré d'un petit ruban, forme qui se rencontre aussi d'Évreux à Nonancourt ; dans le Liévin, les passes deviennent flottantes ; puis on les voit se rejoindre derrière la tête chez les paysannes de Beanmont-le-Roger. Ces localités ont leur coiffure de denil consistant en nne grande pièce de tulle noir enroulée antonr du bonnet, lequel possède alors tontes les apparences d’an haut turban.

Le complément indispensable de l’ancienne coiffure normande, c'était le chignon. Il formait une éuorme coque ébalée snr le cou entre les barbes flottantes du bonnet. Son ampleur représentait la fortune escomptable de celle qui le portait, car le chignon ne se composait que de faux cheveux, et loin de vouloir le dissimuler, les belles Cauchoises affectaient plutôt de le choisi: d’une couleur différente de leur chevelure, afiu qu'on ne doutât pas que leur bonrse seule en avait fait les frais.

Les costumes qui accompagnent les bonnets ont varié suivant les époques: mais ils sont toujours, plus où moins, la reproduction des modes déjà arriérées de la ville.

Les Cauchoises avaient autrefois adopté les doubles jupes; les catholiques et les protestantes se distinguaient entre elles par la couleur de ces vêtements : les catholiques portaient la jupe de dessus, rouge; les protestantes la mettaient bleue.

Au dix-huitième siècle, le costume d’une Cauchoïse se composait d’un corsage de soie janne brodé d’or, à longue pointe, orné au milieu de nœuds à rubans; jupe eb manches d'étoife blene, ouvertes, rattachées de place en place par des nœuds et laissant voir par leurs ouverbures une robe rouge plus longne de quelques doigts que la première ; tour de gorge très haut et tnyauté.

Au dix-neuvième siècle, ce costume s’est complètement transformé ; on à porté le bonnet cauchois avec le soulier beurre frais, les jupons en fourreau de parapluie et les petits corsages dun premier empire. ù *

Aujourd’hui, les riches fermières du pays de Caux, comme celles du Vexin, ont complètement adopté les modes de la ville.

Figures provenant de l'ouvrage intitulé Costumes des femmes du pays de Canx eb de plusienrs autres parties de l'ancienne province de Normandie, dessinés par Lanté, gravés par Gatine; Paris, 1827, in-4°, | ose

Voir, pour le texte, les renseignements fournis par La Mésangère dans le recueil de Lantè. — La remarquable Normandie illustrée publiée en 1852 sous la direction d'André Potter et de A. Georges Mancel. — Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier français, & l’article Coiffures, |

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FRANCE. — XIX® SIÈCLE

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