COSTUMES POPULAIRES DU FINISTÈRE ET DE LA LOIRE-INFÉRIEURE
(PLANCHE DOUBLE
La maison bretonne (fi ou kear) ne se compose que d’une pièce de rez-de-chaussée au-dessus de laquelle se trouve un grenier pris dans les combles. Aux murs extérieurs de ce logis principal sont ordinairement adossés, pour les besoins du ménage et de l'agriculture, quelques petits bâtiments de pierre, de bois ou de terre.
Le seuil de la porte de la maison de demeurance est généralement élevé de trente à quarante centimètres au-dessus du sol, et forme une espèce de banc; d’où Ini vient son nom, l’assié de hu. En été, les fermiers s’y asseyent pour souper ou s’y reposer; dans les bourgs et les villages, certains assiés de hu deviennent des centres de réunion autour desquels les voisins se groupent pour entendre des contes eb se faire mutuellement part des événements de la localité, On appelle Lu (de Pancien français Awis) une porte pleine que l’on ne ferme qu’à la nuit ou lorsque tout le monde est aux champs, et contre-hu, une demi-porte presque toujonrs ferméc afin d'empêcher les enfants de sortir de la maison ou le bétail d'y entrer.
Dans la plupart des fermes et des maisons de campagne, la place (c’est ainsi qu’on nomme le sol de l’habitation) est formée de terre soigneusement débarrassée de tout caillou ; on Parrose ct on y mêle parfois de la chaux ou de la balle d'avoine.
Comme dans la plupart de nos provinces, les cheminées des maisons rustiques de la Bretagne sont vastes et surmontées de grands manteaux dont une sorte de lambrequin d’étofe fait souvent le tour. La tablette de dessus est occupée par une petite croix de bois noir au
christ en os d’un travail absolument sauvage, où par une « sainte vierge » de faïence grossièrement colorée; ees images sacrées ne doivent jamais être vendnes, cela porterait malechance, mais on peut les donner. Autour de ces objets, sont généralement placés des vases chez lesquels on retrouve le caractère des poteries gauloises, ou des ustensiles, tels qu'un chandelier, nne lanterne, un fer à repasser, ete. Le foyer proprement dit forme une estrade composée de larges pierres; son importance permet d’y introduire des chipots on sièges de cheminée. C’est la place d'honneur; dire à quelqu'un « sourd’ous diqu’an fouyer (montez jusqu'an foyer) », c’est lui faire la plns graciense des invitations. L'aïeul s’y met ordinairement et, comme dans cet exemple, y surveille parfois la cuisson des erépes, ce mets national par excellence, L'hiver, lorsqu'à la veillée toute la famille est réunie et travaille en commun, le foyer est aussi la place du mendiant, lequel est d'ordinaire le conteur attitré des vieilles légendes et le préféré des pennerès (jeunes filles), à qui il indique plusieurs moyens de savoir si elles se marieront dans l’année. Sur l’un des murs intérieurs de la cheminée, est placé le g'Uaumé, morceau de bois articulé faisant l'office d’un bras daus lequel on fiche la chandelle de rosine (résine) qui, le soir, est souvent l'unique éclairage de la maison. D'un autre côté sont pendns quelques ustensiles, la erémaillère, la plagne ronde servant à faire les erêpes, ainsi que des provisions d’andouilles et de jambons fumés.
Le mobilier breton ne paraît point remonter au delà de 1600 et les plus vieux bahuts ne portent guère de date antérieure à 1630. Les meubles de ce pays n’ont point le caractère de l'ébénisterie ; ils sont l'œuvre d’un malvunuzein, menuisier où charpentier de campagne. « Ces artisans », dit M. Louis Tisbères dans son iutéressant travail sur le Æ/obilier rustique breton, & ont appris à décorer leurs onvrages d’ornements et de figures dans les églises et les calvaires. Aussi ont-ils répandn à profnsion et à tontes occasions, les rosaces et les saints. Les gâteaux à pointe de diamant sont la copie modifiée du elou moyen-âge que l’on reucoutrait à cette époque sur toute armure eb tout coffret. Enfin l'imagination de ehaeun a complété l’art de la sculpture bretonne ; la grossièreté du travail, la sanvagerie et la naïveté de l'artiste lui ont imprimé nn cachet partienlier. »
Les meubles en usage, généralement en chêne noirci et ciré, sont :
Le gwilé ou lit, toujours apporté par la femme et faisant partie de sa dot. Dans le Finistère, où plus que partout ailleurs le mobilier breton a conservé son architecture spéciale, on fuit usage du gwilé eloz, lit clos dit à Aussiauwr, e’est-à-dire fermé par des portes ou panneaux glissant lun sur Pautre ; c’est le lit ici représenté. Il forme une grande caisse earrée plus ou moins ornée d’ajourés destinés à donner de l’air, et montre des panneaux décorés de seulptures au milieu desquelles on aperçoit l’Z7 surmonté d’uue eroix qui orne habituellement les autels ; les rideaux et les couvertures de drap sont quelquefois enjolivés de deutelles dites de « Quimper ». Dans les nombreuses familles, ces lits, rapprochés les uns des autres, forment comme une boiserie continue. Parfois, la caisse du lit, au lien d’être fermée par des panneaux, est sim-
plement percée d’une ouverture cintrée par le haut, laquelle avec sa galerie et ses rideaux de cotonnade, donne au meuble l'aspect étrange d’un guignol, — Du côté de Trégnier, les lits, sonvent superposés les ans au-dessus des autres dans une même ouverture, offrent une série de couchettes comparables à celles des dortoirs de nos paquebots. Le lit breton, contenu dans une armoire à un seul ou plusieurs étages et qui nécessite une ascension pour s’y coucher, est exactement de la même sorte que le Hit des paysans de la Frise ; celni-là anssi est une indication, sinon de la pareuté des races, au moins de la route suivie par ceux qui ont passé par le Nord en y laissané des traces de leurs mœurs, (Voir la planche A X, Hollande.) — Dans l'Ille-et-Vilaine et dans la Loire-Iuférieure, il n’est pas rare de voir des lits à colonnes tournées en quenouilles et qui supportent un baldaquin recouvert d’étoffe ou de papier peint: ce sont les gwiléou-steng.
Tout lit, en Bretagne, esb accompagné d'une huche placée devant et qui sert à y monter. Dans cette huche, on renferme quelquefois les vêtements, là plupart du temps, le pain, le beurre ou le lait.
Les cofires, ceux propres à renfermer les hardes (arch'iou, voir la planche AD), ceux propres à serrer les grains (griroliou), offrent la plus grande variété d’ornementation dans la sculpure. Le paysan, c’est le cas qui se présente ici, pose quelquefois un vaisselier au-dessus de ces coffres. Ce vaisselier est composé de galeries à jour formant, dans la hauteur du meuble, plusieurs divisions toutes remplies de faïences de Quimper, de Nantes et du Croisie.
L'armel, ou armoire, servait primitivement à serrer les armes; elle contient les vêtements, le linge, l'argent et les souvenirs de famille. Elle doit sa dénomination d'armotre à gâteaux à la décoration extérieure de ses grands panneaux.
La seconde armoñre, dans notre exemple, est placée à côté de l’armel, près de la fenêtre à petites vitres; elle porte le nom de presse et sert à ranger les écheveaux de Jin récemment filés.
La tol, table à manger, est presque toujours placée de manière à être éclahée en plein par la fenêtre, Elle consiste, le plus souvent, en une espèce de coffre destiné à recevoir: la farine, et sur le couvercle duquel le paysan pose les quelques objets indispensables à son repas. Ordinairement, à l’une des extrémités de la taol, esb un tiroir qui sert à enfermer les fourchettes de fer blanc et les cuillers de bois ; mais ici, ces ustensiles sont inbroduits dans le cliquet, portecuillers en bois ouvragé, suspendu au milieu de la chambre comme un lustre. Lorsque le paysan s’absente eb laisse sa table nou desservie, il la couvre au moyen d’un panier en jone tressé suspendu au plafond et que l’on fait descendre à Faide d’une poulie.
Ainsi que les escabeaux à trois quilles, les bancs sont les sièges les plus usités. La Æwdor, chaise, est en Bretagne d'un usage récent et ne date guère que de Louis XVI. Beaucoup de grandes fermes ne possèdent pas plus de deux ou trois de ces chaises grossièrement paillées ou seulement couvertes d’une planche de bois.
La vaisselle bretonne, des plus sommaires, se compose d’écuelles et de plaës en terre vernis-
sée provenant en général des fabriques du pays. Les verres sont en petit nombre et ne servent que lorsqu'on veut faire-honnenr à un étranger. A part ce cas, on boït le cidre dans des #0ques, bols à anses. On va le chercher au tonnean dans des briques, ou, s’il s’agit de le porter à ceux qui travaillent aux champs, dans des fouques, sortes de dames-jeannes,
Aux poutres qui soutiennent le plancher du grenier sont attachées des claies ; l’une d'elles, qui sert de planche à pain, s'appelle sété; sur les antres, on place des bottes d'oignons et d’échalottes, des quartiers de vache salée, des bouzines ou vessies de porc, et des #rochées (branches) de pommes qui doivent préserver les habitants du mauvais air et des épidémies.
La scène représentée comporte les apprêts d’une réjouissance nuptiale. En attendant le moment du départ pour la mairie et l’église, une paysanne, coifféé d’nn frontal brodé reconvert d’un bonnet (ce qui indiqne une femme de Pont-PAbbé), s'occupe, à l’aide d’un foré bâton, à battre la pâte des crêpes contenue dans nn grand bassin de cuivre, tandis qu'nn glaseiz (bleu) des environs de Quimper, logé sous le manteau de la cheminée, surveille la:cuisson en se préparant à retourner uue crépe avec la lubte dont ïl est armé. L'assistance étrangère ou les invités sont représentés par uu paludier de Baëz et sa femme faisant leur entrée avec un livre d’heures à la main. Le corsage de la femme est brodé de paillettes d’or ; son bonnet est reconvert d'un capuchon d’origine gauloise, F’homme a un grand chapeau de feutre dont l’un des pics est relevé ; il porte plusieurs vestes superposécs, un large manteau, des culottes bonffantes et des souliers de cuir fanve. Devané la table est assis le marié vêtu d’une veste rouge couvrant plusieurs gilets, et coiffé d'un {oc (chapeau) orné de chenilles multicolores ; ce paysan de Plogonnec confère avec le kerniad, joueur de binion, personnage qui, en Bretagne, remplace le ménétrier; son costume est celui des ardaaded (bruns) de Pleyben. A eôté de ces deux hommes, une paysanne de Plougastel-Daoulas met la dernière maïn à la toilette d’une mariée dont le costume est celni de Kerfeuteun. Elle porte une coïffe de dentelle, un corsage de soie sur lequel pendent deux scapulaires, une jupe de drap rouge brodée d’or, nn favanger de mousseline et des souliers de drap ornés de boucles d’or. (Voir la planche ayant pour signe la Clef anglaïise ; bijoux bretons.)
D'après un intérieur exposé au Musée Ethnographique de Paris; les costunes sont représentes : par des efigies de grandeur naturelle.
Voir, pour le texte, Hinile Souvestre, les Derniers Bretons; 1858. — 37, Louis Tisbères, le Mobilier rustique breton (La Bretagne artistique, pittoresque et littéraire ; murs 1881). — AT. Paul Sébillot, les Maisons rustiques en haute Bretagne (Revue ethnographiqne, #arsarril 1885).