‹ Le costume historique vol. 6 1888Chapitre 31 sur 140 · COSTUMES POPULAIRES. — TYPES DE LA RUE ET FIGURES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

COSTUMES POPULAIRES. — TYPES DE LA RUE ET FIGURES HISTORIQUES

(Cette planche est à rapprocher de lu plunche CT qui lui juit suite.)

N°0 1.— « Almanachs nouveaux! »

N° 2, — « Cuisinières, avez-vous de la graisse à vendre? »

C'était sans doute à Londres comme à Paris qui, en 1620, avait une corporation de chandeliers allant d'hôtels en hôtels, de maisons en maisons, pour faire des chandelles avec les restes des graisses. (Sauzay. — Collection Sauvageot.)

N° 3.— « Diddle, diddle, diddle, dumpleins, ho! »

C'est la vieille marchande qui s’avance péniblement, à petits pas, en s’aidant du hâton pour porter le barillet qui contient le boudin, une espèce de pudding.

No 4, — « Tiddy, diddy, doll, toll, loll, toll! »

À l'allure de ce gentilhomme de carrefour, d'une loquacité facile, on pressent quel peut être le genre de son honiment. C’est l’homme habile à confectionner

certains électuaires, l'orvietano réparateur, si utile |

aux gens fatigués, qui ont besoin de se soutenir. Remède si précieux, que vouloir bien en réserver nne portion pour ceux qui @ tirent la langue » (to loll) c’est vraiment faire œuvre de grand seigneur

N° 5. — « À mes gros oignons ! »

Nes Get 7. — & Draymen. »

Le drayman est le conducteur de la charrette on haquet

du hrasseur, le dray.

C’est l'affaire du charretier de décharger les barils et de les placer convenablement dans les celliers des déhitants. La manœuvre pour la descente et le placement des buis, on tonneaux de forte dimension, se fait très rapidement. Il y faut de l'adresse et de la force. Ce sont, généralement, de rustiques campagnards, bien trempés, qui conduisent le haquet des brasseries,

Les deux draymen, d'aspect jovial, qui forment le groupe n° 7, sont des portraits datés de 1820 : Jobn Barrington et Thomas Neville, appartenant à deux brasseries différentes, qui étaient d'importants établissements à cette époque.

Le placement des pipes, ordinairement de 108 gallons chacune pour les cabaretiers, s'est heurensement effectué; le sAilling, la pièce de douze pence, payé par le tavernier pour le labeur et les risques, est empoché; et on absorhele pot écumant de porter, la honne hière forte, que le cabaretier a l'habitude d'offrir aux charretiers conveuables. Le coup est souvent doubhlé; et avec cette coutume John Barrington, qni dut se modérer avec l’âge, but longtemps quotidiennement entre trois et qnatre gallons de porter, soit

six à huit litres de cette bière forte accompagnée d’une trentaine de verres de gin. — Nos deux gaillards qui se repassent la pinte devaient être des consommateurs de capacité bien proche. .

N°08. — « ]Vaterman to a coack-stand. »

C'est le garcon des stations des voitures publiques. Soigner les chevaux, les abrenver, leur donner leur nourriture pendant l'absence momentanée du cocher, tel est le rôle des Watermen ou & hommes de l'eau ». Ils ouvrent la voiture au voyageur, et en ferment la portière ; le cocher, quittant la station, leur donne un sou pour le service. Ces gens, tous pensionnés, portent une plaque de métal où leur numéro respectif est gravé. — Ils enveloppent leurs jambes avec du foin pour les préserver de l'humidité.

N9 9. — « Owen Clancey, the Frost-bitten sailor » ou le marin aux jambes gelées, mendiant historique.

Cet Irlandais du comté de Cork étant, en 1814, au service du capitaine Jones, commandant des Deux-frères, qui ft naufrage dans les eaux de l'Amérique du Nord, en revint avec les jambes gelées. Ne pouvant plus désormais gagner sa vie qu’en recourant à la charité publique, il en avait pris le parti. Vêtn de blanc et de nankin, toujours d’une propreté remarquable, il cheminait en se soutenant au moyen de jambes de boïs et de béquilles, Ce gentleman cireulait dans les rues de Londres, où Busby l’a dessiné, en

N° 10, — « Drover, » conducteur de bétail,

Ces conducteurs accompagnés de chiens, amenant le bétail au marché, et, après l'acquisition par les bouchers, dirigeant leurs bestiaux vers les divers abattoirs, se montraient souvent cruels pour les animaux qui leur étaient confiés, Lorsque en 1814 notre drover fut représenté, il ÿ avait déja quelques années que, en vertu d’un règlement, les conducteurs de bestiaux étaient obligés à porter osteusiblement une plaque numérotée qui permit de les retrouver lorsque quelque personne indignée par un acte blämable trouvait ütile de les dénoncer.

No 11, — «F'ish-woman, » marchande de poissons,

« Lorsque ce croquis a été tracé, dit Busby, cette femme était de passage, et la marchande criait son poisson, » On voit que c'était une personne alerte, de celles qui approvisionnaient les villages des envi-

rons de Londres ; ce qui était une rude besogne, car il leur fallait rarement faire moins de 20 milles par jour. (Voir pl. OI, n° 29.)

N°0 12, — « Postman, » homme de la poste, le facteur

Celui-ci est représenté lorsque, entre cinq et six heures du soir, on recueillait les lettres qui, n'ayant pu être déposées en temps utile dans les bureaux de quartier, devaient néanmoins être expédiées le soir même, Il fallait alors qu’elles fussent portées à l'administration générale. Le postman parcourait les rues eu agitant une sonnette pour faire l'appel des missives en retard, et était payé de sa peine par le droit au pence qui lui était dû pour chaque lettre remise dans cette tournée supplémentaire ; — habit écarlate, à revers et doublure de couleur bleue, cravate blanche

Nos 13, — Tête de fortune-teller, la diseuse de bonne aventure,

« La fenme âgée, dit Busby qui a tracé ce portrait, était comme beaucoup d’autres du même genre; elle ue pratiquait aucune religion, n'avait reçu aucun baptême, et ignorait entièrement où et quand elle était née. »

No 14. — « Suilor, » le marin, le matelot.

« Son chef, dit le texte anglais, le trouve toujours prêt à obéir à ses ordres, quels qu'ils soient ; et il est à la fois consolant et glorieux de penser que le succès couronne, presque toujours, ses efforts, Son humanité‘pour l'ennemi vaiueu n’est surpassée que par le courage déployé dans la victoire ; car aussitôt après, cette main, qui vient de poiuter le canon, s'étend pour sauver les victimes qui luttent contre les vagues, où se cramponnent aux fragments brisés de leurs navires, » AZsays! ‘

N° 15.— Tête de pedler ou pedlar, porte:balle colporteur, petit mercier ou quincailler.

Ce nom vient de pedling, qui signifié de néant, de peu, de petite valeur.

N° 16, — « Shoe black, » le noircisseur de souliets.

Ce portrait représente Henry Thxale, né eu 1760, aucien apprenti du pénitencier de Saint-Martiu, qui s'installa vers 1805 et qui figurait encore dans le Strand en 1820 comme un remarquable personnage qui s'était suffi à lui-même en nettoyant les chaus: sures.

Le cri ancien « j'ai pierre noire pour noircù* pantoufles et souliers, » retentissait encore, les bourgeois de la cité s’entêtant aux vieilles pratiques ; mais la mode était pour le cirage à l'œuf, lustré par la brosse, en attendant les brillants souliers vernis, dont les Hunt et les Warren devaient faire un objet de négoce

si important avec leurs somptueux équipages par-‘

courant les rues en éclaboussant les passants, Thrale fonctionnait en pleïn air, et comme un des derniers représentants de ces décrotteurs des rues dont la puissance était déchne dès avant la fin du dix-huitième siècle.

N° 17. — Tête de « milk-girl, » la fille ou l« vierge du lait,

Les milk-carriers ou porieuses de lait sont un des charmes de Londres. Le plus souvent ce sont des Irlandaises ou des Galloïses, fortes et saines, montrant un visage gai et satisfait. Leur cri & milk, maid, below!» & Du lait, jeunes filles, en bas! » qui retentit jusqu'à dix heures du matin, pour recommencer dans l'aprésmidi jusqu'à six heures, s'explique par la situation de toutes les cnisines de Londres, qui sont placées audessous du niveau des rues. (Voir pl, CI, ne 22.

N0 18. — « F'ireman, » l'homme du feu, le pompier.

Les pompiers ont un uniforme particulier, suivant l'office d'assnrance contre l’incendie auquel ils appartiennent. Ces offices d'assurance remontent au temps de la reine Anne, et chacune de ces compagnies à trente hommes à elle, complètement indépendants de la compaguie des porteurs d'eau, les Watermen, et de celle des débardeurs, les Lightermen.

Chaque pompier porte au bras une plaque avec nne devise de son office respectif.

Notre portrait est celui de William Mead, chef de « l'Espérance » en 1820, et sa plaque porte la figure symbolique du titre de la compagnie : habit et gilet rouge cramoïsi, passements jaunes, doublure et parements bleus ainsi que la culotte; cravate blanche. (Voir pl. CI, n° 23.)

N° 19. — Maraîcher des environs de Londres.

Ce campagnard tout modeme porte un vêtement de

toile écrue, fendu sur Le côté, d'un genre fort ancien rappelant le Uliaut du douzième siécle. Ce bliant que l’on mettait en passant la tête par le trou d'encolure se mettait en pardessus plus ou moins court. — Il était fait d'étoffe souple, et composé pour les hommes d’une sorte de corselet plus on moins juste au corps et à manches longues; à ce corselet étaient cousues, soit une jupe, fendne des deux côtés pour ne poiut entraver la marche, soit deux pentes cn manière de tablier, l'une par devant, l’autre par derrière. — Une ceinture, faite d'une bande d’étoffe, masquait la jonction de la jupe avec le corselet, à la hauteur des hanches.

L'origine des vêtements de ce genre est asiatique ; on en trouve des exemples dans les bas-reliefs de Persépolis, et sur les monuments des Sassanides. Le bliaut, bliat, blial, fut chez nous à l'usage des deux sexes parmi les classes supérieures pendant les onzième, douzième et treizième siècles. Il y en eutun grand nombre de variantes ; celui des femmes différait de celui des hommes, ete. La robe courte qui figure ici, avec sa jupe fendue de chaque côté et son corselet plissé ainsi que les poignets, se rapproche surtout du bliaut du milieu du douzième siècle. Les plissés si fins et si multipliés de ce vêtement de toile qui lui procurent l’élasticité d’un tricot, tout en comprimant légèrement les parties du corps qui en sont recouvertes, saus nuire à la liberté des mouvements, sont un stratagème qui remonte aux influences byzantines, .et une imitation en toile des étoffes de soie crépée comme on eu fabrique tonjours dans tout l'Orient.

Nv 20. — «& Tinker, » le chaudronnier ambulant, type d'uu compagnon apprenti.

Cet enfant était l’un des vingt-quatre de l’étameur Jemmy Lovel qui, en exerçant son métier, était parvenu à élever sa nombreuse famille, sans avoir jamais été à la charge de sa paroisse. Les étameurs étant alors & remarquablement » rares à Londres, et mis sans cesse en réquisition, ne connaissaient point le chômage, Ils parcouraïent les rues avec une boîte d'outils et un chaudron contenant le feu. Leur cri étaittonte une oraison : & Pots, soufflets, cuivres, poèles à frire, dassinoires, chaudrons à raccommoder ! >

T'oir, pour les sources, les indications de la planche CT, qui termine la série,

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