NOT
Costume de camp du boïar Boris Godounov, devenu tzar de la Moscovie en 1598, et mort en 1605. D’après uu vieux dessin,
Nos 16, 17, 18, Costumes d'hiver des femmes de Torjok.
Nos 19, 20, 21.
Costumes des femmes de Riazan, chef-lieu du gouvernement de ce nom. La ville de Riazan est située sur l'Oka, un des affluents de la Volga, au sud-est de Moscou.
No 22.
Ivan IV, dit le Terrible, tzar de la Moscovie en 1583, mort en 1584,
Pierre-le-Grand, tzar de Russie en 1682, mort en 1725 ; en habit de marin, conservé au musée d'armes de Moscou,
No 94,
Une fille de boïar, du temps de Pierre-le-Grand, D'a-
près une gravure de Corneille de Bruyn empruntée No 27, à ses Voyages par la Moscovie (1708; traduits en
français en 1718). Le prince II Repnine, D'ae une gravure des Voyages d'Olearius (1647).
Un prince Repnine, D'après une gravure du même N° 28, ouvrage. : : — :
Le boïar Léon Narischkine, D'après un tableau du dix- N° 26. septième siècle conservé au musée de l'Ermitage à Pierre-le-Grand vêtu d'un caftan appelé polonais. Saint-Pétersbourg,
Aucnn empire au monde ne présente une diversité de races semblable à l'agglomération de celles qui peuplent la Russie. Un ethnographe anglais, Latham, ni donne le nom d’Empire des Quarante-quatre peuples ! Ce n’est pas ici le lieu d'aborder le problème tant discuté de l'origine de la race indigène de ce qu’on appelle la grande Russie, à l’est du Dniepr, et en deçà de la Volga, la controverse portant principalement snr cette vaste contrée, qni est la Moscovie centrale. La population primitive se serait composée d’Altaï-Ouraliens, apparteuant à la race touranienne, et elle aurait été ensuite absorbée par des Slaves. Il n’est pas question ici de la Russie occidentale, on plutôt de la Ruthénie, en deçà du Dniepr et de la Dana, contrée essentiellement slave et qui resta, pendant plusieurs siècles, unie politiquement avec la Polo- °ene jusqu'au partage de cette dernière, Quoi qu’il en soit, il paraît certain que la nationalité
grande-russienne s’est formée du mélange des colons slaves, venus de l’ouest et du sud-ouest, avec diverses tribus finnoises, mongoles et turques. Aujourd'hui encore, « presque immédiatement à l’est du confluent de la Volga et de l’'Oka sont éparses, en îles plus ou moins grandes, des populations non slaves, ouvalo-finnoises vers le nord, mongolo-turques vers le sud. A l'occident de la Russie, d’autres Finnois : au nord les Tavastes et les Karéliens, au sud les Ehstes et les Ingres, occupent le littoral du golfe même où est fondée la capitale de l'empire. An snd des Ehstes s'étend le domaine d’une autre nationalité, aryenne et parente des Slaves, et néanmoins bien distincte, celle des Letto-Lithuaniens. Eufin, au sud, des Tartares, peuplent en partie la Crimée, tandis que des Roumains, Daces latinisés, occupent la partie sud-occidentale de la Russie, entre le Pront et le Dniestr, sur les denx bords de ce fleuve dans sa partie inférieure, et même en certains endroits jusqu'au Boug. » (Élisée Reclus.) Ce croisement des races est facile à reconnaître aujourd'hui même dans les traits physiqnes dn vrai Russe, et le mélange de plusieurs éléments ethniques bien différents entre eux se reflète jusque dans le caractère complexe de cette race composite.
Cette diversité doit se reprodnire nécessairement daus les costumes. L'absence de documents ne permet pas de déterminer exactement ceux de la période la plus ancienne, Cependant, il paraît certain que la partie slave de la population obéissait sous ce rapport aux traditions communes de la race, sous la réserve des modifications exigées par la variété des climats d'nne
aussi vaste contrée; de même que les éléments finnois et mong'ols suivaient les contumes de leurs ancêtres respectifs,
L'intervention des Normands-Varèoues auxquels on attribne la fondation politique du futur empire (EX® siècle) par la cohésion donnée successivement aux cités libres et aux petites républiques à l’état embryonaire, n’a pas dû rester sans quelque infinence sur le costume. Les Varègues ne représentant relativement qu’une faible force numérique, furent assez vite absorbés par les Slaves mélangés , et la fusion devint plus complète par la conversion des Russes, à la fin du dixième siècle.
La Russie emprunta à Byzance uon seulement sa religion, mais anssi toute sa civilisation. Le costume byzantin envahit d’abord la cour, puis il s’étendit aux classes élevées de la société. Au vêtement relativement conrt des hommes et ouvert depuis la ceinture, succéda la longue robe byzantine fermée de partout et bordée de bandes d’étoffes de couleur, Les femmes mirent encore plus d'empressement que les hommes à suivre ce courant, qui fut cependant interrompu au milieu du treizième siècle par l'invasion mongole. Les hautes classes empruntèrent dès lors volontiers aux vainqueurs lenr costume qui se mêla d'abord anx modes byzantines et finit par les éliminer complètement sauf dans les vétements des souverains. La robe close fut remplacée par la robe mongole ouverte dans toute sa longueur, mais boutonnée sur la poitrine. Le manteau sans manches céda le pas à un vêtement de dessus, qui était ponrvu tantôt de manches courtes et larges, tantôt de manches longues et assez étroites, ete., eb souvent d’un col très large et rabattu snr les épaules, ou bien tout droit, on enfin formant capuchon, Le nouveau costume dura plus longtemps que le joug mongole qui finit assez tard dans le seizième siècle ; il persista encore jusqu'au règne de Pierre le Grand, et se maintint même partiellement jusqu'à nos jours dans le peuple de certaines contrées.
A l’époque de l'émancipation politique de la Russie, au seizièéme siècle, dans le costume des hommes entraient les pièces suivantes : nne chemise large et courte, avec petit col; une pièce triangulaire, en soie ronge brodée, y était consne entre les épaules ; chez les riches, les manches, le col et la poitrine étaient ornés de broderies en fils d’or ou de soie et garnis de perles ; le col était fermé par deux boutons en or, en argent ou en perles ; — nn pantalon, très ample mais serré à la taille par une cordelière et entrant dans les bottes à hantes tiges; — un vétement étroit, appelé le caftan, ne dépassant pas en général les genoux, avec des manches trés longues, qn'en société on laissait pendre de façon à ce qu'elles couvrissent les mains ; — snr le caftan se mettait le ferez (nom turc), long jusqu'aux mollets et même davantage, donblé habituellement d’une étoffe de coton, avec des manches bouffantes, larges dans le hant et étroites aux poignets mais élargies aux extrémités. Dans ces deux vêtements il y avait des variétés de conpe, de sorte que leur caractère ne saurait être déterminé avec précision. Les étoffes employées étaient la soie, le velours, le taffetas, le drap et les cotonnades ; on les enjolivait souvent avec des rubans et des broderies. Les cordons du cou servant à retenir l’habit étaient ornés de glands. On attachait au ferez, au moyen des ronds métalliques on autres enveloppés d'étoffe, et garnis quelquefois de pierreries, un col mobile, droit ou rabattu. Pour le dehors, on mettait encore par-dessus un troisième vêtement, très ample, à manches longues dont l’une couvrait habi-
tuellement la main ; avec un col droit, où couvrant amplement les épaules. Fait en drap, en velours et en satin, ce pardessus était orné de brandebourgs, et quelquefois bordé d’or et garni de perles. Les princes eë les boïars (ou nobles, dérivé du mot boï, bataille) portaient de hauts bonnets soit entièrement en fourrure, renard ou zibeline noire, soit en velours brodé d'or et garni d’une large bande de fourrure. Les bottes, en usage chez les Russes depuis le dixième siècle, étaient d'ordinaire en maroquin de couleur, avec des bouts droits terminés en pointe, où recourbés à la manière turque. Elles montaient au-dessous dn genou, et les tiges servaient souvent d’abri à un coutelas. Les semelles étaient garnies de petits clous, et le talon était pourvu d’une demi-lune en acier, cuivre ou argent. Les tiges se faisaient aussi en velours, en satin, en chevreau, avec broderies et pierreries chez les riches. Les bottes à la mode tartare se distinguaient par des tiges très courtes. Les anciens Russes portaient habituellement les cheveux longs, mais les boïars vivant à la cour les faisaient couper par coquetterie ; toutefois, celui qui tombait en diserâce les laissait croître et. ne les peignait point en signe de désespoir,
Le costume des femmes était presque pareil à celui des hommes, seulement il avaïé plus d’umpleur. Les manches des chemises étaient étroites, mais extrêmement longues, de façon à former de larges plis sur les bras. Elles portaient rarement le caftan et jamais de col. Le vêtement long était agrémenté sur la poitrine de cordelières et de nombreux boutons. La manche était souvent onverte en dessous, pour laisser passer le bras. Élles se coiffaient de larges bonnets, en satin, en damas ou en drap d’or, et garnis de fourrure ; les bonnets des filles adultes étaient élevés et en fourrure de renard. Sous leur bonnet, les femmes mariées relevaient les cheveux sur le sommet de la tête ; chez les filles ils couvraieut la moitié du front et pendaient par derrière en longues tresses terminées par des touffes de rubans rouges. La chaussure féminine consistait en bottes on eu souliers ; les filles portaient des talous très hauts, ornés de petits clous. Le sexe féminin se fardait à outrance, de blanc et de rouge, et se peignait les cils et les sourcils.
Passons maintenant aux particularités de nos deux planches par ordre des dates.
Dans la sacristie de l’église de la Trinité, à Siergnievsk, on conserve le caftan ou le ferez du fameux despote Ivan IV (n° 22). I est en gros-de-Tours, couleur de païile, doublé en étoffe de coton bleu bordé de taffetas blane. Le col, à la tartare, est droit et étroit. Le vêtement est soutaché dans toute sa lungueur eu raies verticales, et sur les manches en raies horizontales. Sur le devant il est pourvu de cordons de soie avec glands au moyen desquels on fermait lhabit.
Boris Godounov (n° 15) est vêtu d’une sorte de savrau courb, appelé demi-caftan, avec des manches longues, en soie verte, fermé au moyeu de brandebourgs. Par-dessus est un ferez long, également en soie, avec des manches courtes, serré à la taille avec une ceinture persane.
Le vêtement du matin en été d'un boïar du dix-septième siècle (n° 4) est nne sorte de ferez, en soie, bordé en or. Son honnet est en soie rouge brodée d’or (notre lithographe a commis à cet égard une erreur dans la coloration), et doublé de castor. Il est tout rond, piqué, et taillé de façon à couvrir la nuque et les joues.
Le tzar Fédor ITT (mort en 1682), un des frères de Pierre le Grand, essaya d'introduire les costumes polonais, etle vétement russe a subi parfois dans cesens queiques modifications. Ainsi le caftan d'honneur du cosaque Brechka (n°° 2 et 5) avec ses manches ouvertes et flottantes se rapproche du Fontousch polonais. L'ouverture verticale de ce vétement, ainsi que du caftan de Pierre-le-Grand (n° 26), en drap fin de Hollande, est de mode polonaise, tandis qne le trait caractéristique de l’habit rnsse esb de s'ouvrir obliquement (voir les n° 4, 15, 25 et 28), mode usité encore aujourd’hui dans les costumes populaires.
Le caftan du prince Repnine (n° 25) est en velonrs; sa pelisse, en satin bleu d'acier, est doublée de zibelines ; la ceinture est en soie ronge, le bonnet est en velours et garni de fourrure.
Le prince Pierre Repnine (n° 27) porte un sarrau (zpoune, nu dérivé du joupane polonais) rose foncé, garni de perles; par-dessus est nn ferez avec des brandebourgs et doublé en soie verte. Le col droit, appelé Æozir, richement orné, est attaché au vêtement. Le prince tient dans la main gauche un essnie-mains, qui jouait un grand rôle en Russie. Tout le monde en portait, car il était d'usage de se laver les mains avant la prière, avant et après les repas. Le tzar faisait cebte opération chaque fois qu'il était obligé de donner sa main à baiser à un non-coréligionnaire. Ces essuie-mains étaient en toile de lin très fine et brodés avec luxe.
Le boïar Narischkine (n° 28) est vêtu d’un caftan en étoffe persane, serré à la taille par une ceinture de même provenance. Sa pelisse est donblée de zibelines noiïres, eb son bonnet est de même fourrure. Sur le tableau original le caftan est de couleur brune et les bottes à la tartare sont en maroquin vert avec biges en maroquin rouge brodé d’or.
Lu jeune fille noble (n° 24) est vêtue d’une robe longue (le swræfan) en soie blanche, brodée pardevant et tout autour et sarnie de boutons de même étoffe. La taille est serrée par une ceinture également en soie blanche, ornée de fleurs en broderie et frangée en or. La pelisse est en étoffe de Perse, doublée de zibelines et bordée de dentelle en soie blanche. Autonr du con, elle porte une sorte de collerette en mousseline, garnie de perles. La coiffure est une espèce de bonnet en guise de diadème auquel est attaché un voile en soie blanche pailleté d’or.
L'habit de marin de Pierre-le-Grand (n° 23) est celui qu'il portait lorsque, en qualité je simple charpentier, il étudiait incognito la construction des navires en Hollande. L’étoffe est d'un drap grossier, donblé de taffetas ; les boutons sont reeonverts en tissus de crin.
Ce souverain étendit l’occidentalisation de son penple jusqn’à la réforme du costume. Les longs caftans furent raccourcis par son ordre et cette opération dnt être faite de force par des soldats sur des citoyens trop attachés aux modes des ancêtres. Il proscrivit aussi le.port de la barbe, mais ne réussit qu'incomplètement dans cette mesure.
Les costumes populaires en Russie sont d’une grande variété. Le byzantinisme n’exerça sur eux aucune influence, et, selon les contrées et les vicissitudes politiques locales, ils sont tantôt d’origine slave, tantôt d'essence tartare. Cenx représentés dans nos deux planches sont des costumes de fête, ce qui explique leur richesse.
Eu ce qui concerne ceux du sexe féminin de Tver (n° 7 à 9) ils se rapprochent beaucoup de ceux de Torjok (n° 10 à 14), ville voisine, dont il est parlé dans notre notice de la planche ayant pour signe nne Cornemuse. La robe (le sarafan) est ronde, plissée par derrière, en soie lamée d’or, ouverte aux entournures ; le mantelet en casaquin (douchégr'eika) est sans manches en été, pour laisser voir celles de la chemise, on dépourvu même de tout corsage, de sorte qu’il ressemble à un japon conrt, retenu par des bandes en guise de bretelles. Au con, nn rang de perles et pas de cravate. La coiffure se compose d’une sorte de diadème en métal garni de pierreries, on de verroteries, fixé sur un couvre-chef spécial, composé d'un genre de bonnet en toile, nommé volosnik, qui n’est jamais apparent ct qui est destiné à protéger contre le contact avec les cheveux la pièce d’étoffe (povoïnik) dont il est recouvert et sur laquelle est jeté nn voile en soie ou en gaze. Les gants sont remplacés par des convre-mains en velours recouverts sur le dessus en fourrnre de zibeline.
La haute coiffure en pointe des femmes de Torjok (n° 10 à 12 et 16 à 18) s'appelle 4o4oschnik (crête de poule) et c'est le signe distinctif des femmes mariées. C’est un ornement appliqué au sommet, toujours verticalement, en forme de demi-lune, ou bien en forme ronde, ovale ou triangulaire, la pointe en haut. Dans nos figures 10 à 12 les Æokoschnik et les cravates doubles sont en soie brodée de perles; les voiles sont en gaze de soie brodée en or. Les filles de Torjok (n° 13 et 14) ont pour coiffure une variété du kokoschnik, où le rond du sommet n’est plus vertical, mais incliné on horizontal. Le tissu tombant sur le front est une dentelle brodéc de perles. Le voile est très large et très long : attaché au sommet, il se rejoint sous le menton et enveloppe toute la personne. A la tresse de cheveux est attaché uue riche passementerie.
Dans le costume d'hiver des femmes de la même localité (n° 16 et18), le fichu en taffetas blanc frangé d’or qui recouvre le Æokoschnik en satin bleu brodé d’or et de perles, est le ÿovoinik, dont nous avons parlé plus hant. La pièce de même étoffe qui retombe dans le dos est le nadzatylnik. Le manteau et les pelisses sont en drap on en velours; les souliers sont en maroquin ou en velours brodé d’or.
Le costume des femmes de Riazan (n° 19 à 21) se compose d’un jupon, d’un corsage, d’un tablier et d’un vêtement de dessus, à manches conrtes (appelé ponka), en drap blanc, bordé de passementeries rouges. La coiffure, nommée Hifscha, consiste en nne sorte de capnche en velours rouge, brodé en or sur le devant. Par-dessns est noué un fichu en soie gorge-de-pigeon. + Le nadzatylwik abtaché à la coiffe et retombant dans le dos est en passementerie ronge.
‘ Exemples tirés des Antiqnités de l'empire de Russie, grand ouvrage publié par ordre de l'empereur
Nicolas, avec un lexte russe et 523 planches en couleurs, dessinées par Solntzev et ihograpluées
par Dreger (Moscou, 1849-1853, texte in-4° et 7 vol. de planches in-folio).
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RUSSIE
SLAVO-RUSSES. — MORDVIEN. — KALMOURK. — TARTARE.
1 2 3 4 5 6 î 5 9) 10 11 N9s 4, 5 et 6. — Slavo-Russes, appartenant au gou- sont compris dans la Grande Russie, le berceau des vernement de Tambov, situé entre eenx de Vladimir Russes. et de Nijni-Novgorod. N° 1. — Mordvien ou Morduin, vaee finnoise répandue dans les gouvernements de Kazan, Simbirsk, Oren- N°5 7, 8, 9, 10 et 11. — Slavo-Russes de la ville de bourg, Nijni-Novgorod et Penza, sur les bords du Torjok, gouvernement de Tver. La ville est située sur Volga et de l'Oka. la Tvertza, l'un des affluents du Volga. N° 8, — Kalmouk des steppes du Don, race mongole,
Tamboy et Tver font partie de la Russie d'Europe et N° 2, — Femme de la race tartare,
Parmi les nations diverses qui composent l'empire russe, et qui donnent tant de pittoresque à certaines de ses grandes foires annuelles, tenues en quelque sorte au confluent de races profondément différentes les unes des autres, comme celle de Nijni-Novgorod, à la jonction du Volga et de l'Oka où le Kamtchadale, le Géorgien, le Kirguise, se coudoient dans les bazars, pendant les cinq à six mois de la belle saison, avec l'habitant de Novgorod et de Kiev, ou comme celle d'Ourioupinskaïa, sur le Khoper, un des tributaires du Don, où se rencontrent les marchands de la mer Noire, de la Perse et de l'Asie centrale ; là où les physionomies sont aussi différentes les unes des autres que le sont les marchandises elles-mêmes, et où, sans sortir de l'empire, on trouve des chrétiens des différentes communions, des juifs, des mahométans de plusieurs sectes, des adorateurs de Boudha et de Brahma, des païens, ct enfin des peuplades qui ne se sont même pas encore élevées jusqu'au paganisme; parmi des nations aussi diverses, disions-nons, encore insuffisamment connues et décrites, malgré les travaux poursuivis sur l’ordre dn gonvernement impérial de Russie, il est difficile de suivre, en les rattachant à des traditions certaines, les innombrables variétés des costumes . populaires. Ces variétés étant étrangères à la mobilité des modes et ayant surtout pour
cause, en dehors des origines, les nécessités climatériques, la pénurie ou la richesse des populations, les conditions de leur existence, la nature de leurs travanx, c’est à signaler leur rapport avec le costume porté que nous nous appliquerons principalement,
Le costume des femmes de Torjok tient de traditions éloignées en ce que la robc ouverte aux entournures pour laisser passer des manches de lingerie, étoffées et fermées au poignet, est la robe droite, d’origine asiatique, qu'ici on porte avec nue ceinture. Le linge exhibé aux manches est une braverie qui remonte aussi assez haut; « elles sont tellement empe- « sées et polies avec une pierre à cet cffet, dit Vecellio, qu’elles deviennent très brillantes, « et ressemblent à du papier plutôt qu'à de la toile. » Le grand voile transparent porté par la femme n° 7, qui en est entièrement enveloppée, serait, au dire du voyageur anglais-Carr, un moustiquaire; le fait est à remarquer dans un tel elimat et nécessite une explication, Les mouches conservent dans le Nord une plus longue existence que dans les régious plus tempérées de l’Europe, en raison de l'usage des poëles ; lorsque l’été y fond tout à coup, sans avant-coureurs au mois de juin, et que les mouches sont réveillées de la torpeur où elles étaient plongées pendant la saison de la chaleur artifieielle, elles deviennent nn véritable supplice. On est donc obligé de porter le moustiquaire et même fant-il se garder de lui laisser aneune ouverture, C'est un appareil spécial : la tête est couverte d’uue sorte d’entonnoir renversé, dont les bords élargis permettent l'isolement du visage; le voile tombe du sommet élevé auquel il est attaché ; on brode la gaze avec de légers bouquets semés en quincônce dans des lignes sinueuses, Cette broderie et [a bordure en soies métalliques ont pour principal objet la tension du tissu dont leur poids empêche l’adhérence. L'emploi de ce voile est gênant : on doit s'en dispenser avec d'autant plus de plaisir qu'il est de coutume de se saluer entre les deux sexes en s’embrassant sur les deux joues.
De Rechberg dit de ce costume en général que la robe longne, ouverte par devant, est boutonnée avec des bontons de métal; que les femmes des marchands et des paysans an peu fortunés portent une espèce de mantelet et couvrent leur tête d'un bonnet appelé échepetz, brodé d’or ou d'argent, quelquefois d’une dentelle on d’un réseau de petites perles fines ; que d’autres n’ont qu'un simple bonnet sous lequel sont cachés les cheveux; que certaines reeouvrent le bonnet d’une espèce de châle (à Torjok il est de toile ou de soie) qui tombe sur le dos eë sur les épaules; enfin, qu’en général les filles ne portent le plus souvent qu'un simple bandeau. Après la cérémonie du mariage, eb avant de quitter l'église, la swakha on promba, celle qui assiste l’épousée, lui ôte sa coiffe de fille pour lui mettre celle des femmes. Elles ont des colliers, des boucles d'oreille et des bracelets. Les souliers de euir sont bordés de drap et souvent enjolivés de broderies en soie d’or ou d'argent.
Tver est nn pays essentiellement agricole . Aussi ses paysannes ont elles des robes écourtées en étoffes grossières. Sauf le n° 4, qui a la robe sans taille avec nne ceinture et les manches de lingerie, base du costume national, les autres s’éloignent tout à fait du type
général.
Le costume national porté dans presqne toutes les classes de la société ne se distingne que par la finesse de l’habit et la qualité des bijoux.
Les n%S, 10,11, appartiennent à la classe des artisans. On y remarque un large tablier, et les femmes couvrent ordinairement l'extrémité de leur bonnet d'un monchoir qui entoure le cou, forme un nœud et retombe en arrière ; c’est une coiffure de prédilection. Le tout petit enfant porté dans les bras de sa mère, est lui-même affublé non seulement d’un mouchoir, mais aussi du bonnet en pointe. Quant aux mantelets à tournure de casaquin, ils sont ou sans manches, avec une ouverture pour lc passage des bras (n° S), on avec une manehe ne dépassant pas la longneur du vêtement (n° 11), où enfin, comme au n° 10, sans manches et sans ouvertures, et c’est alors nne cape sons laquelle les mains se trouvent à Pabri : ce dernier mode est le plns habituel.
L'arrangement du mouchoir de tête des filles de labour est du même genre que celui des femmes d'artisans de la ville. C’est un préservatif dont l'ampleur et la tournure varient, ne laissant en général le visage que très peu à découvert. La pièce d’étoffe frangée, montrant sa forme rectangulaire, dont la femme n° 5 a la tête couverte, est à remarquer. De dimension plus restreinte que les autres coiffures du genre, mais produisant les mêmes effets avec son bandean en mentonnière, elle représente ici, à coup sûr, le type le plns ancien, car elle senle a la coupe sobre qui convient à l'emploi des peaux. On s’en servait certainement dans ces climats, comme on en fait toujours usage en remontant vers le Nord, avaut d'y avoir des cotonnades, Le n° 6 porte un mouchoir de tête remarquable par son ampleur ; c’est une grande toilette. Si la saison oblige la femme à porter le surtont du moujick, tout y est calculé pour en souffrir, coquettement parlant, le moïns possible ; d’abord le tissu de la coiffure est apprêté de manière que sa raideur produise de l’étalage et un rayonnement en arrière qui favorise le passage de la longue tresse de cheveux, enroulée de perlines délicates moutées sur fil de laiton, «et retombant dans le dos. Le mouchoir de tête laisse à nu l’oreille parée d’une grosse perle, et, sur le devant de la poitrine, on trouve encore une large garniture de perlines. On ne saurait se dispenser de la chaussure forte, en cuir épais, soit pour la neige, soit pour marcher dans les terres grasses d’un pays agricole; il faut bien aussi, puisque partout en Russie c’est l'usage populaire de porter en double et en triple les vêtements enveloppants, selon la rigueur climatérique, consentir à se faire des jambes massives par la superposition de bas épais; mais loin de les dissimuler, on étage assez haut . l°le bord brodé de la chemise, 2° le bord brodé de la robe, 8° le bord du surtout.
La femme taiare ou tartare, n° 12, offre avec celles que nous venons de voir un contraste frappant. On remarquera que le costume se compose d’un habit de dessous et de dessus; que ce dernier est coupé et attaché de façon que le léger croisement dn haut et celui du bas laissent une ouverture ponr le passage d’une riche ceinture; on voit encore que le long voile d’étoffe est fendn pour le passage de manches larges, étoffées, fermées au poignet, et que, les denx côtés dn voile étant rapprochés, les mains étant l’une sur l’autre, la femme cst
close entièrement, sauf le visage. Ces Tartares portent le pantalon large, leurs étoffes sont rayées, où ornées de quelques fleurs courantes. Le voile est ici de soie, les deux robes en sont également, et les manches sont en soie brochée d’argent. Les femmes pauvres, vêtues sur le même type, s’habillent en nankin. Il ne faut voir dans cet exemple que Fune des variétés du costume des Tartares : leurs tribus répandues fort au loin ne pouvaient conserver d'unité sons les divers climats où elles subsistent, La femme ici représentée appartient aux tribus riches qui trafiquent avec le centre de l’Asie sur la route de la Chine, Les Tartares sont mahométans et le Koran leur permet de prendre quatre femmes ; on les achète et le prix dépend de la prospérité locale. Ceux de Kasau se contentent d’une seule à la fois, remplaçant les vieilles au fur et à mesure. Ceux qui voyagent continuellement pour le commerce, en ont quelquefois une dans chaque ville où ils ont coutume de s'arrêter. Le prix d'achat varie de vingt à cinq cents roubles ; le kalym se débat entre le père et le gendre avant de faire sa cour. Pas jolies, mais fraîches et bien faites, ces femmes tartares sont vantées par leur douceur et leur modestie, ainsi que par leur docilité envers leur mari.
Le n° 1 représente un H/ordvien. Malgré son origine finnoise, ce peuple se rapproche beaucoup par son extérieur de la race russe proprement dite, dont il à adopté d'ailleurs tout le costume. Ce sont des cultivateurs, n’aimant pas le séjour des villes et u’habitant que de petits villages.
Le n° 3, de race mongole, est un Kalmouk des steppes du Don. Les Kalmouks sont des pasteurs de nombreux troupeaux de chevaux et de montons servant à leur nourriture, et ils mènent la vie nomade. Ils excellent dans la préparation des peaux d’agneaux, connues sous le nom de peaux d’Astrakan, et en font commerce. Ils sont venus, au XVTII° siècle, de l'Asie centrale et ont été définitivement établis au XVIII siècle. Ce costume élémentaire, du mode russe comme le précédent, n'a pas plus besoin de description que l'autre.
(Les documents proviennent tous des travaux evécutès par les soins du gouvernement impérial de Russie. Les originaux des n° 1, 2, 8, 4, 5, 6, sont des photographies coloriées qui ont figuré à Ÿ Exposition ethnographique de la Socièlé de Géographie, faile à Paris en 1875.)
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COIFFURES POPULAIRES
C’est surtout chez les femmes russes que le costume populaire a survécu et s’est eonservé dans son originalité primitive. La partie capitale du costume féminin, le /sckepalz, coiffure anx nombreuses variétés, aura longtemps encore la préférenee sur les innovations futures, à cause de sa forme conronnant si eoquettement la physionomie slave, et de sa tournure émi-
nemment pittoresque.
Ces exemples, comme eeux représentés dans la planche ayant pour signe la Sphère, sont empruntés à la Grande Russie et appartienneut aux gouvernements de Novogorod, de Koursk
et de Kalonga.
C’est dans le souvernement de Novgorod que les beautés slaves sont en plus grand nombre qu'ailleurs. Leur réputation, toute populaire, s’étend jusqu'aux femmes finnoises habitant la même région et qui se distinguent aussi par une beauté tonte raryorodienne.
HABITANTS DU GOUVERNEMENT DE NOVGOROD. Boucles d'oreilles en grappes de perles, à monture d’or. Colliers de perles et d'améthystes,
No 1.
Tos 9 R Jeune fille d'Ostoujna. SERGE : É Femmes de Tikhvin.
Coïffure eu étoffe d’or brochée, ornée de broderies et de pierres précieuses. Garniture de perles formant No 8, Serre-tète d'étoffe jaune galonnée d'or sous une
des festons qui couvrent le front. Mouchoir d’étoffe toque allongée couvrant la nuque. Cette coiffure,
retombant derrière les épaules, ornée de broderies est entourée d'une espèce de tur-
ban fond blanc et additionnée d’un gros ruché couvert de perles s’avançant en avant du front, — Boucles d'oreilles et colliers de perles,
N° 5, Bonnet offrant sans doute une des nombreuses variantes du kokoschnik (crête de poule); d'étoffe carmin brodée d'or, ce bonnet est entouré d'un turban blauc et garni d’un capuchon en cordons de laine de diverses couleurs. — Colliers et boucles d'oreilles en verroterie.
Comme le démontrent ces deux exemples, une senle localité présente plusieurs genres de coiffures ; cette même ville de Tikhvin a des bonnets dont les formes différent encore de celles-ci; voir à ce sujet les n°% 2 et 4 de la planche la Sphère.
No 4.
Femmes de Bielozersk,
Bonnet ayant quelque analogie avec celui de la jeune fille d'Ostoujna (n° 1) ; les riches broderies forment des médaiïllons dont le fond rouge est agrémenté de rosettes de perles. Mouchoir d'étoffe bleue,
Boucles d'oreïlles ornées de perles et de saphirs. Colliers de perles.
Le col de la chemisette est lui-même bordé d'orfé. vrerie.
No 7.
Habitant de Tikhvin.
Bonnet de soie verte avec gamniture en poils d’Astra-
kan, Cette garniture à deux pattes, où deux jugu-
laires, qui, rabattnes, s’attachent sous le menton à l'aide d’un cordon violet à gland d’or,