‹ Le costume historique vol. 6 1888Chapitre 68 sur 140 · COSTUMES DE LA NOBLESSE ET DU PEUPLE · texte numérisé non relu

COSTUMES DE LA NOBLESSE ET DU PEUPLE

No 1. Nos.

Dons ° Thu Paysan du palatinat de Lublin.

Nos 2, 3,4, 6.

Nobles, N° 9.

N°5. Grande dame.

Paysan des environs de Cracovie.

No 7. N° 10.

Montagnard des Carpathes. Le connétable de Pologne,

C’est ici qu'on voit le mieux le vêtement qui, avec le joupane (voir nos plauches ayant pour signes B couronné, L couronné, BN et la Cornue), constitue l'essence même du costume national polonais : c’est l’habit de dessus, à manches fendues, appelé kontouseh (kontusz). Comme uous l’avons déjà dit, il à fait son apparition en Pologne vers la fin du quinzième siècle, mais à l’état d'exception. Son origine est orientale, et son nom, dérivé d’un mot turc, signifierait :

robe longue de dessous. Les sultans turcs avaient l'habitude d'envoyer aux Khans de la Crimée des vêtements de ce genre, de couleur ponceau et garnis de boutons en or, en récompense des faits de guerre. Il en tombait aussi entre les mains des nobles polonais, avec le butin, dans les expéditions contre les Turcs et les Tartares, et la jeunesse aimait à s’en parer pour rappeler ses actions d'éclat. A la fin du seizième siècle l'usage de ce vêtement devint plus fréquent, aussi bien dans la noblesse que parmi les bourgeois, mais la conpe orientale (telle qu’on la voit encore en Perse) en fut modifiée et accommodée au goût national,

Le konlousch, qui se mettait par-dessus le Joupane et le dépassait un peu en longueur, était échancré sur la poitrine de façon à laisser voir ce dernier, tont en étant garni d’une rangée de six boutons, mais les pans s’en croisaient légèrement à partir de la ceinture. Uni sur le devant, il faisait par derrière plusieurs plis assez amples, depuis la taille, Les manches, très larges de l'épaule au conde et se rétrécissant vers le poignet, étaient fendues par-devant sur toute la longueur à partir de l’aisselle jusqu’à la moitié de l’avant-bras, et laissaient ainsi voir une partie de la manche du joupane. On pouvait à volonté soit enfiler ces manches, soit les laisser pendre librement le long du bras après avoir fait passer celui-ei à travers la fente (voir notre n° 4), ou bien encore, ce qui était d’un port plus solennel, les rejeter dans le dos (voir notre n° 6); mais cette mode était en quelque sorte le privilège des nobles de l’âge d'homme et d'un rang plus élevé, Lorsque dans une dispute, un gentilhomme polonais a retroussé sa moustache et à rejeté en arrière les manches de son kontousch, cela signifiait qu'il était prêt à tirer le sabre du fourreau. Ce dernier geste exprimait d'ailleurs plus d’une idée ; il marquait tout aussi bien la gravité que la bravade, et quand on voulait insulter quelqu'un, on rejetait en arrière l’une de ses manches de façon à l'en frapper au visage, saus en avoir l'air. Il jouait aussi un grand rôle dans la mimique qui accompagnait la célébre danse nationale, la Polonaise, décrite si poétiquement par Liszk dans sa Vie de Chopin.

Quelquefois le Hontousch était boutonné jusqu'au cou (voir notre n° 2), et, outre les boutons, il avait encore des brandebourgs d’or où d'argent. Un même galon en passementerie de la couleur de l’habit on bien un cordon d’or où d'argent bordait le vêtement bout autour. La doublure du Æontousck, y compris les manches, était toujours de la même couleur que le joupane. Le col était tantôt droit (voir la fig. 12 de la planche ayant pour signe la Clef), tantôt replié comme ceux du temps du Directoire, tantôt renversé à plat et se prolongeant en revers Jusqu'au bas de l'échancrure (voir notre u° 4). Les étoffes employées pour ce vêtement étaient le drap, le velours, la soïe. Les serviteurs des gentilshommes les portaient en coton ou en lainages inférieurs,

Les nobles seuls mettaient la ceinture par-dessus le Hontousch, tandis que les bourgeois, en vertu d'anciennes lois somptuaires, ne pouvaient la porter que sur le jouyane. À une époque qu'il serait difficile de préciser, les ceintures en cuir, en passementerie ou en soie furent remplacées par l'écharpe orientale, de brocart pur, ou de brocart ct soie, où bien simplement en soie, de provenance turque ou persane. Les plus estimées venaient de l'Inde et étaient faites d’uu cachemire tellement fin qu'on pouvait les passer à travers une bague. Ces ceintures, dites chinoises, étaient d’une couleur uniforme : verte, orange, cramoisie ou blanche, et n’avaient pour toute décoration qu’une étroite bordure et les deux extrémités ornées de fleurs de la plus ravissante beauté, Les écharpes de brocart et celles de soie avaient en moyenne trois mètres cinquante de longueur sur trente-six centimètres de largeur ; mais il y en avait qui atteignaient une longueur de six mètres et une largeur proportionnelle, Elles étaient à une, deux où quatre faces différentes en couleur, et on les tournait du côté qui convenait le mieux à la nuance de

l’habit. On mettait grand luxe dans ces ceintures, qui coûtaient quelquefois jusqu'à 300 ducats et plus, mais on ne s’en servait que dans des occasions exceptionnelles, Le nœud, dont l’arrangement variait, était formé par-devant, au milieu de la taille, et les deux bonts, garnis de franges, retombaient sur les deux côtés ou quelquefois par derrière. Pour se ceindre on avait naturellement besoin du concours d'une personne. Avec le temps, on arriva à fabriquer eu Pologne de semblables ceintures qui ne le cédaient à rien en richesse et en beauté aux écharpes de l'Orient ; on en faisait aussi venir de Paris et de Lyon.

Ce n’est qu'à partir dn règne de Jean Sobieski (dix-septième siècle) que l’usage du £oztousch devint général. Cependant au siècle suivant, sous les deux Auguste de Saxe et sous le dernier roi, Stanislas Poniatowski, les costumes allemauds et français firent snccessivement invasion en Pologne et entrèrent en Intte avec le costuine national, La diète de 1776 ordonna le port de 7oupanes cb kontouschs nniformes, avec couleurs et garnitures différentes pour chaque palatinat. Les nuances choisies étaient : le cramoisi, l’'amaranthe, le grenat, le bleu, l’azur, le saphir, le vert foncé, le vert tendre. Le bonnet était de la même couleur que le joupane. Ces uniformes se sont conservés jusqu’en 1794, où, après la défaite du général Koscinszko, on commença à abandonner définitivement le costume traditionnel,

Comme coiffure, les nobles polonais n’ont jamais porté que des bonnets, de formes très variées, mais toujours garnis ou entièrement en fourrure. Aux premières années du règne du dernier sonverain apparut la Æonfederatka, qui doit son nom aux confédérés de Bar (1768). Haut d'environ quinze à dix-huit centimètres, ce bonnet cousn de qnatre morceanx d’étoffe rectangulaires, s’élargissait presqne imperceptiblement vers le sommet qui était exrré (voir le n° 6). On le confond ordinairement à l'étranger avec la krakouska (voir le n° 5), bonnet carré aussi, mais très plat, qi n’est porté que par les paysans, ceux surtout des environs de Cracovie, d'où lui vient son nom. Faite de drap ou de velours, la koafederatka pouvait être de toutes les couleurs ; la garniture en fourrure n'avait que quatre à six centimètres de largeur, On la portait tantôt toute droite, tantôt abaissée négligemment sur le côté on sur le front. Souvent elle était ornée d'un cordon d’or ou d'argent, terminé par un gland aplati (voir le n° 2), qu'on faisaib passer sous l’aisselle. C’est le bonnet ainsi fait qui, introduit dans la cavalerie polonaise vers la fin dn règne de Stanislas-Auguste, devint dans la suite le shako du lancier moderne, tel qu'on le voit porté par les lanciers polonais de Napoléon I; aujonrd’hui on lui donne une forme pincée qui le défigure.

L’ample manteau à manches, à large col rabattu, qu’on voit au n° 2, est un vêtement empranté aux Tatares au commencement du seizième siècle. On l'appelait opognetcha et elle était en drap ou en feutre.

Le personnage représenté au n° 10 est un connétable ou grand-général (Aefman), comme le témoigne le bâton de commandement, en guise de massue à pointes, qu’on voit sur la table. Son bonnet (kolpak) entièrement en fourrure, est orné d’une aigrette. Il porte un yowpane blanc et un Æonfousch de brocart boutonné jusqu’au cou. Le grand manteau sans manches

dont il est revêtu est la déliura on déliulka, une variété de la déia (voir notre planche ayant pour signe la Cornue). Elle était sans manches, doublée d'une légère fourrure, sans col ou l'ayant seulement quelque peu relevé, et garnie tout autour d’un galon d’or, C'était exelusivement un vêtement d'apparat.

En tout temps les femmes suivaient assez les caprices des modes étrangères et tenaient moins que les hommes à la pureté du costume national. Cependant le dix-septième siècle vit ressnsciter Pantique amicula de la colonne Trajane, pardessus assez court, garni généralement de fourrure (voir le n°3). Ce vêtement entra, avec quelques modifications, dans le domaine de la mode française, sous le nom de polonaise. Lies femmes portaient aussi, par-dessus leurs robes, des vétements imitant le kondouseh; e’était le Kontusik, à manches fendues, presque toujours garni de fourrures (voir le n° 9). Leur longueur était variable. La grande dame que nous venons de citer est coiffée d’une sorte de turban, avec aigrette.

COSTUMES DU PEUPLE

Tunique courte, pantalon étroit, long pardessus ou pelisse de mouton, bottes ou chaussures tressées en éeorces d’arbres ; chapeau conique à bords étroits, ceint de deux cordons au milieu de sa hauteur (voir le n° 2 de la planche B couronné); ou bien un chapeau bas et rond (voir le n°7 de la même planche), enfin une eeïinture plus ou moins large, en euir où en laine : telles sont les principales parties de l'habillement du paysan polonais que nous montrent les documents les plus anciens, et qui s’est conservé, à quelques variantes près, jusqu’à la fin du quinzième siècle. Le vêtement féminin se composait d’une chemise, d’uu jupon, souvent d’un corsage, et d’un long pardessus. Vers la fin du siècle passé et au commencement de celui-ci, les costumes des paysans des diverses contrées de la Pologne se formulèrent encore plus uettement et aujourd’hui nous y trouvons comme un recueil de toutes les anciennes formes de l'habit national. Leur variété est trop grande pour que nous puissions les passer tous en revue ; mais nos figures en offrent les principaux types; pour les autres, on recourra aux recueils spéciaux que nous signalons plus bas.

Les n° 1 à 8 sont tirés du recueil des Costumes de AL. Maleyko. Les n° 9 et 10, d'après le recueil de Norblin, gravé par Debucourt (1817).

Les ouvrages à consulter sont indiqués dans la notice de la planche L couronné, — Voici ceux pour les costuines populaires : Golebiowski (Luc), Lud polski (le Penple polonais, ete.) ; Varsovie, 1830 ; #u-8, fig. — Zienkowicz (Léon), Les Costumes du penple polonais ; Paris, 1841 ; èn-4, avec 40 pl. — (erson (Adalbert), Costumes polonais ; Paris, Lemercier; Varsovie, Daziaro; s. d. (vers 1855) ; in-4, avec planches.

PRE ONCNE POLEN

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