LES RUTHÈNES
En Gulicie, la vallée du San, l’un des grands tributaires orientaux de la Vistule, pent être considérée comme la zone de séparation entre le pays polonais et le pays ruthène.
Les Rnthènes où Russes rouges appartiennent au groupe russe des nations slaves : ils portent différents noms, suivant les districts : aux environs de Taruapol, on les nomme « Podoliens » ; au sud de Lwow (Léopol, où Lemberg), ils sont appelés « Boïkes »; cb dans les Carpathes orientales, on les connaît sous la désignation de « ITouzoules ».
En Bukovine « pays des Hôtres », comme en Galicie, la population prépondérante est celle des Ruthènes, mais elle ne l'emporte que faiblement sur les Roumains.
C’est dans la Bukovine que les représentants du plus grand nombre de races se rencontrent en groupes entreméêlés. Dix nations diverses se partagent les vallées snpérieures du Pruth et du Sereth, telles que des Polonais, des Székely Magyars, des Tehèques, des Allemands, des Russes, des Arméniens, des Juifs et des Tzisanes. En Bukovine, on ne pratique pas moins de huit cultes différents, mais la religion dominante est la religion grecque, celle de presque tout l'Orient slave.
NCA tombant trés bas par derricre. Veste de cuir brodé, au poil en dedans, et garnie de petites épaulettes de velours noir; par les ouvertures que ce vêtement Toquet brodé, garni de fleurs coquettement posé sur le laisse pour le passage des bras, apparaissent les lar-
côté de la tête; de longs rubans s'en échappent en ges manches rayées rouge de la chemise. Jupe de
Jeune fille de Wiznitz; Bukovine.
velours trés juste sur le corps, ornée, par devant, de longues rangées de broderies dont le dessin est répété transversalement sur le bord inférieur, Petites bottes de cuir.
Paysau ruthèuc de Marmaros ; Hongrie.
La figure énergique du paysan de Marmaros est encadrée de longs cheveux recouverts d'uu ehapeau de feutre plat et à larges bords. Cravate de laine. Chemisette aux manches allant en s'élargissant vers les poignets, et serrée à la taille par une large ceinture à boucles de cuivre. Pelisse sans manches, à fourrure intérieure, dont les bords et les coutures sont brodés de ziezak rouges et verts. À une large bretelle rayée pend une gibecière contenant des provisions de bou-
No 7, Femme ruthène de la Bnkovine,
Haut bonnet brodé, orné, par devant, d’une espèce de cocarde enrubannée et couverte de fleurs; le fond de cette coiffure est entouré de petits faisceaux de plumes. Collier de corail à plusieurs rangs. Chemise brodée, froncée à l’encolure, et aux longues manches passant par les ouvertures d'une pelisse de velours doublée de fourrure, Large ceinture rayée, maintenant une jupe de velours noir très étroite, Petites bottes de cuir.
Sacher Masoch, dont les vivants récits surces populations sont lus en ce moment avec un si vif intérèt, montre ces femmes bottées eomme les hommes et fai. saut du cheval un usage aussi fréquent ; cette botte féminine a son langage. Lorsque la femme qui,comme partout, semble avoir taut de peine à prononcer le mot du consentement, lors même qu'elle se sent tou-
che, aiusi qu'une bouteille d’eau-de-vie de prunes (slivowitza). Large pantalon d'étoffe grossière rentré dans des bottes de cuir. Gros bâton noueux en guise de caune,
chée, le oui que lui demande ardemment dans le têteà-tête l’homme enamouré, c'est en lui tendant son pied pour qu'il en tire la hotte qu'elle Ini fait sa. voir qu'elle n’a plus de résistance à lui opposer.
Les Aouzoules où Hulsules sont un rameau à part de la tige commune du peuple Ruthène. Ils se sont mêlés à celui-ci avec le temps, en embrassant la religion grecque et en adoptant en grande partie la langue ruthène, mais ils ont conservé nn très grand nombre de mots que l’on ne rencontre pas dans les divers dialectes ruthènes ; d’où vient leur nom de Æuisules, on l'ignore, tout en sachant, par exemple, qu’en roumain il signifie « volenr, brigand. » Ce nom de Hutsule vient peut-être de la langue des Roumains qui en auraient flétri leurs voisins, car les Hutsules se donnent un autre nom, celui de Werchowyncé, c’est-à-dire habitants des hautes montagnes.
Au commencement de ce siècle, les Iutsules étaient connus comme des brigands émérites : quoique leurs mœurs se soient adoucies, ils considèrent encore ce temps comme la plns brillante époque de lenr passé, et ils conservent toujours nne certaine propension au brigandage, qui est leur principale distinction de tons les autres Runthènes. Montagnards comme les Kurdes, ils sont, comme ceux-ci, indomptables amatenrs de chevaux eb aiment à s’isoler anssi du reste du monde. [ls ont, en général, un sens fin et ingénieux de l’ornementation dont ils usent pour leurs pipes et aussi ponr des ustensiles de bois, comme des bouteilles décorées par eux avec un style que l’on rapproche des produits indous.
Les Æutsules ont d’autres vêtements ponr les jonrs de fêtes que ponr les jours onvrables. Le Ruthène n° 5 et le Magyar n° 16, si proche du Hutsnle dans tout son accoutrement de montagnard, indiquent déjà des différences ; cependant elles ne sont poiné complètes, Le costume
des fêtes est composé d’une houppelande en gros drap rouge foncé, descendant jusqu'aux senonx et qui est agrémentée de cordonnets bleus et de petites houppes en laine, de couleurs voyantes, enrichies de filets de faux or.
Cette houppelande est passée par-dessus l’espèce de camisole en peau de mouton et sans manches, le poil en dedans, telle qu’on la voit n° 5. Cette camisole à surtout le caractère d’une parure, elle n'est ni fermée ni boutonnée pour se garantir du froid. Elle est bordée d’une étroite bande de pean de mouton noir et embellie de broderies en laine de couleur et d’ornements en maroqnin.
Le pantalon large et de couleur ronge, toujours dans le costume habillé, est pris dans la tige des bottes fortes, où marche avec la sandale en peau de bœuf teinte en brun. Dans ce dernier cas, le pantalon est serré au-dessus de la cheville par des courroies ou des cordons blancs. Lorsqu'il porte les sandales, le Hntsule enveloppe le pied dans une sorte de chausson de laine couleur ponceau. Sous la camisole de peau de mouton, il met pour les fêtes une chemise en toile fine qu'il a tissée lui-même ; elle descend jusqu'aux genoux et elle est bordée en bas par une étroite broderie. Les manches ne sont pas brodées.
Ainsi vêtu, le Hutsule porte encore en bandoulière un sac plat ct large, cousu de galons ornés d’une multitude de boutons de métal : il suspend ensuite une espèce de poire à poudre, de forme demi-cireulaire lorsqu'elle est en bois, auquel cas elle est garnie de plaques de laiton et incrustée de dessins en fil de métal, on encore d'incrustations en nacre. Autrement, cebte poire à poudre, souvent fourchue, est en corne de cerf richement décorée de plaques de cuivre jaune. Le sac et la poire à poudre sont suspendus par des courroies garnies de boueles, courroies ornées de boutons de métal et se croisant sur la poitrine, À cet accoutrement, le Huësule riche ajoute encore un petit sac plat en peau garni de plaques d’ornements de laiton on de bontons de métal; ce sae sert pour l'argent, eb surtout pour porter la pipe en cuivre jaune, la pierre et le briquet.
Le chapeau rond, qui est la coiffure d'été, est orné d’un fin ruban de plaque de métal. En hiver, la tête est couverte par nn bonnet rond, en peau de mouton. Tout Hutsule porte une large ceinture en cuir à trois ou quatre boucles, garnie de riches anncanx en cuivre jaune, Cette ceinture retient un couteau pointu semblable à un stylet, ou un Ctui avec un couteau et une fourchette; jadis on y logeait le pistolet, mais aujourd’hui ce dernier n'y figure plus que le jour de Pâques, dans les assemblées de noce, on pendant les fêtes solennelles. La monture de ce pistolet est en bois orné de cnivre jaune.
Le Huisule endimanché tient à la main une forte canne don la pomme est remplacée par nne petite hachette, tranchante ou non. L’une aussi bien que l’autre est en cuivre jaune très ornementé. Le bois est Iui-même recouvert dans la partie supérieure par des plaques de cuivre jaune décorées de nombreux dessins. La hachette non tranchante est ordinairement montée sur une canne courte ; elle servait anciennement comme nn signe de distinction ; aujourd'hui les hachettes ne sont, soi-disant, que pour la parade. En réalité elles servent souvent dans les
rixes, qui toutefois sont moins meurbrières qu'on pourrait le supposer, les Hutsules étant très adroits an maniement de cette arme, et sachant frapper du plat de la hachette de manière à ne jamais blesser gravement leur adversaire.
Lorsque le Hutsule va à la noce, surtout qnaud il y va à cheval, il met un manteau blanc sans manches attaché sur la poitrine avec des boucles en laiton.
Le costume de tons les jours diffère de celui de fête par l'emploi de la houppelande en drap noir au lieu de drap rouge. Le pantalon des jours ouvrables est en drap noir ou en laine blanche de poil de chèvre.
Chez les vieux Hutsules, hommes et femmes fumaient la pipe avee la même passion. C'est aujourd'hui la cigarette qui la remplace. Les femmes Hntsules ont anssi leur costume pour les fêtes, une houppelande poncean, une eamisole en peau de mouton et sans manches, plns richement brodée en couleurs voyantes que celles des hommes. Celles qui sont riches portent, an lieu de là camisole ouverte, la honppelande doublée de peau de mouton (voir n° 7). Si eette houppelande est en étoffe noire, on la borde de mouton blane, si elle est ponceau, la bordure est en mouton noir.
Les femmes ne se servent de jupons que daus les grandes occasions, et les portent toujours bleus. Pour les jours ordinaires elles mettent en place de jupons, deux bandes d’étotfe, on une seule fort longue, attachées à la taille et descendant jusqu'au-dessus de la cheville (voir n° 1), de manière à n’en être pas gênées pour monter à cheval. Cette sorte de jupon tendu, fabriqué à la maison, esi fait de laine de mouton: il est de couleur brune ou noire avec une large bordure rouge. Par-dessus ce vétemeut on met parfois un tablier rouge, bordé de filets de faux or en bandes d’un doigt de largeur. Le jupon et le tablier, ordinairement très jolis, coûtent très cher.
Les femmes huisules portent des chemises blanches peu longues et dont les manches sont richement brodées en fils de couleurs. Dans ces broderies, les fils de laine ou de coton sont surtout de couleur rouge, noire et verte, le bleu y est beaucoup moins fréquent.
Les broderies, que les femmes ruthènes confectionnent elles-mêmes sur des données toutes traditionnelles, sont d'un caractère et d'un goût qui ont été fort remarqués depuis quelques années, Leur facture les rattache à l'industrie des tapis manufacturés en Asie, en Perse partieulièrement, et, selon la coutume des peuples orientaux qui n'emploient pas seulement les fleurs pour composer les motifs de décoration des tapis et des tentures, mais qui se servent aussi de combinaisons géométriques, offrant l'aspect de mosaïques de diverses couleurs, qui couvrent parfois la surface entière des tissus. Dans les broderies, dont nous avons formé la pl. @ Z, si nécessaire pour compléter nos figures d'ensemble, on retrouve tout ce qui caracéérise les ornements des tapis orientaux : des motifs composés de fleurs, dont on dessine seulement la silhouette, et dont la forme, disposée régulièrement, dépend du matériel employé. Parfois le décor consiste en arabesqnes fantastiques dont la souree reste indécise, mais ce genre élastique se rencontre également dans les tapis de l'Orient. Cette analogie entre les produe-
tions ruthéniennes et le genre des dessins qui décoraient les tapis de Perse, du type prümitif, exposés à Vienne en 1875, et que les Slaves de la Galicie, cenx qui ont formé le Musée industriel de Léopol où Lembere, ont fait ressortir avec un juste sentiment de la valeur de leur goût national, rend tout à fait intéressants les spécimens que nous avons rassemblés en les reencillant dans l'Exposition autrichienne de 1878, à Paris.
La femme hutsule serre sa chemise à la taille avec une convroie où une ceinture poncean à boucles de laiton. Les filles portent au con et sur la poitrine des perles en verre (rassade), des croix, ou bien des colliers avec des chaînettes auxquelles se trouvent attachées beaucoup de petites croix, et souvent des pièces de monnaie d'argent, des médailles d'argent, de cuivre jaune et même d’étain. Elles portent des boucles d'oreille ct, les jours de fête, des bandeanx de cuivre janne appliqués sur le front. Le collier consiste parfois en nne bande étroite de ruban rouge en laine, sur lagnelle sont disposés des dessins formés par des perles de verre de couleurs enfilées sur du crin de cheval. Le bandeau en cuivre attaché sur le front est également appliqué sur un ruban de laine avec de la laine rouge effilochée.
Les bagnes constituent un important et indispensable ornement. Les filles tressent leurs cheveux en nattes ornées, les jours de fête, de petits bontons de cuivre janne on de petites coquilles blanches. La manière de se coiffer est très variée. La Hutsnle fait d'ordinaire deux tresses contonrnant la tête et retombant derrière en grosse natte, En carême, elle n’y met point d’ornements. Les jours de semaine, elle y ajoute des boutons, nne laine un pen foncée, déjà portée ; aux fêtes, la qnantité des ornements angmente, selon qu'il s’agit du jonr de Pâques, d’une cérémonie nuptiale. En deuil, la Hutsule porte les chevenx épars, noués seulement derrière la tête. Enfin, en hiver, la coiffure est plus modeste qu’en été; nn mouchoir enveloppe la tête.
Pour sortir, pour aller à l’église, les femmes mariées mettent sur leur tête une sorte de chale en toile blanche, ouvrage de leur main; les bouts de ce châle qui retombent sur le dos sont brodés de dessins très variés et de couleurs voyantes, dont on vient de voir les aractères par nos spécimens ; ce châle complète l’harmonienx effet dn costnme entier.
La femme hutsule n’a pas en main la hachette, maïs une sorte de canne garnie en hant de enivre jaune. Les femmes pauvres n'ont qu'un simple bâton.
La botte montante, en chevreau de couleur rouge, est la chaussure des jours de fête; à l'ordinaire, ce sont des sandales ct tonjours des bas rouges ou de conlenr voyante. € Les Houzoules, dit M. É. Reclus (nous avons conservé le nom Aulsule, parce que c’est celui que nous tronvons employé par les Polonais de Lemberg:), sont les plus forts, les plus gais et les plus heureux des Ruthènes. »
LES VALAQUER.
Les Valaques et les Moldaves, ne formant qu’un seul peuple, les Ronmains, — sont devenus la race prépondérante sur le bas Danube et dans les Alpes transylvaines ; ils débordent même dans les pays environnants.
Le moïndre paysan valaque se croit desceudu des patriciens de Rome et se refnse à considérer les Gètes et les Daces comme ses ancêtres ; par sa grâce et sa sonplesse, il se distingue en effet des hommes du nord et se rapproche plutôt des peuples méridionaux.
Les femmes sont la grâce même, soit qu’elles observent les anciennes modes nationales, soit qu'elles aient adopté la toilette moderne. « A ces avantages extérieurs, » dit M. Élisée Reclus, « la Roumaine ajoute nne intelligence rapide, une gaieté communicative qui en font la Parisieune de l'Orient. » x
Les femmes valaques sont aussi des agents irrésistibles des progrès des Roumaius sur les bords du Danube pour l'assimilation des races voisines. Comme le dit un proverbe de la Ser- Die : « Dès qu'une Valique est entrée, tonte la maison est valaque. » Les jeunes Slaves de religion grecqne les demandent fréquemment en mariage de préférence à leurs compatriotes, dautaut plus qu'il leur suffit alors d'une somme moins forte pour acheter leurs fiancées.
Eu Hongrie, il est encore certains comitats où le marché du mariage se fait publiquement, avec la naïveté des anciens jours. À Topanfalva, dans le haut bassin de l’Aranyos, les jeunes-geus accourent de plusieurs lieues à la « foire aux filles » qui se tieub en juillet, le jour consacré aux patrons saint Pierre et saint Paul. Elles sont là par centaines, en compaguie de leurs parents et de leurs amis, couvertes de leurs atours, assises sur leurs coffres de vêtements, ayant même tout auprès le bétail qui leur est accordé en dot. Le notaire, eampé sous
un arbre, attend le moment de rédiger des contrats. On a compté jusqu’à cent quarante fiançailles dans une seule foire.
NoG. descendant jusqu'à la cheville, et munie de larges manches; c'est la pièce priucipale du costume, L’encolure, le plastron, le bord des manches et le bord inférieur de la camasia sont plus ou moins richement brodés; les dames roumaines introduisent parfois dans ces broderies des pièces de monnaie d'or et d'ärgent. Cingatoria, ceinture de laînetricolore à laquelle
Jeune fille valaqne d'Orsova ; Hongrie.
Les cheveux, eutremêlés de fleurs et de rubans, ont un bandeau noué sur le côté de la tête. Pendauts d’oreilles. Collier de grosses perles; en Roumanie, les
femmes riches portent trois rangées de pieces de monuaie en or, tandis que celles d’une position infé. rieure n'en ont qu'une seule composée de pièces d’argent. Le collier d'une rangée à une valeur de quatre à cinq cents marks, et celui de trois rangées de mille
à douze cents. Cumasia, longue chemise de lin blanc
tient le catrintia, tablier aux longnes franges multicolores, aussi nommé, selon les contrées, /ota ou zade. En hiver, la femme valaque porte une camisole en peau d'agneau, sans manches, ressemblant beaucoup au peptarin des hommes. Cisne ou ciobete, chanssures de cuir,