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ÉPIRE OÙ BASSE ALBANIE; THESSALIE; MACÉDOINE

Le vilayet de Yania comprend l'Épire on basse Albanie et la Thessalie; la ville principale est Yania ou Janina, capitale de l’Épire. Les Épirotes on Albanais qui se nomment eux-mémes Arbenesce, d'où les Byzantins ont fait Arvanite, les Tnres Arnaout, se donnent aussi le nom de Skipetar. Ce dernier nom paraît signifier l’homme toujours armé, celui qui se sert de l'épée, du skiphos. Les Albanais, qui, selon toute apparence, sont une tribn des anciens Illyriens, sont vigoureux eb guerriers; ces soldats d'Achille, de Pyrrhus et de Iskender-bey (Scanderbes) ont conservé toute leur réputation.

Le vilayet de Sélanik est l’ancienne Macédoine ; il est limitrophe à l’ouest de celui d’Yania.

La principale industrie des Épirotes est le costume. Ce sont les tailleurs-brodeurs de Yania qui fournissent à toute la Grèce ces splendides vêtements dont l'étoffe disparaît parfois complètement sous l'or des broderies. En moyenne, un costume d'homme de ce genre est vendu à :- Yania, 1600 fr. (8000 piastres); un de femme, 1800 fr.; un d'enfant, 500 fr.

N°7. — Arnaout de Fania, en costume riche. reaux eb de garnitures en argent repoussé, gravé, niellé. (Ce silahlik est brodé d'or en point de cou-

Haut jez de feutre rouge, au long pusku/ de soie bleue chure; on ne porte plus d'armes aujourd'hui qu'en maintenu par un glaud d’or; djamadan, gilet croisé; temps de guerre, mais la ceinture désarmée reste yelek, gilet droit ; tchepken, veste à longues manches dans l'usage pour conserver la bonne symétrie de ouvertes; sülahlik, ceinture de cuir 4 plusieurs com- l'ensemble du costume.) Fistar, jupe blanche à partiments, propres à loger tout un arsenal de pisto- tuyaux raides, évasés ; dizlik, guêtres brodées en or

lets, tromblons, sabres et couteaux rehaunseés de four- sur un modéle conforme à l'ornementation du hant

de l'habillement; ces guêtres sont rattachées au calecon par des jarretiéres en tissu d’or dont les bouts retombent sur la jambe ; le bas couvre en partie les tcharik, l’élégante chaussure à pointe recourbée à la poulaine; des pompons de soie floconneuse se balancent tout le long de l'extrémité de ce soulier d’apparat,

N9 8, —— Dame arnaaute de Yania.

(Cet élégant et somptueux costume a coûté, à Yania, 2,720 francs.)

Fez de forme basse, dont le feutre ronge et le puskul bleu sont garnis de fils d'or terminés par de petites boules de même métal; la marche communique à ces fils suspendus un mouvement qui les balance et fait bruire les boules. Chemise de soie cuite crépelée, le benrundjuk, lamée d'argent et finement brodée à jour, Entari de satin, à jupe à la franka, à longues mancbes ouvertes; ce vêtement est assujetti à la taille par un yelek: à boutons en grelots, recouvert d'un mintan à manches plus larges et plus longues que celles de l'entari, qu'elles enveloppent sans les cacher eutiérement. Ces trois piéces du costume, entari, yelek et mintan sont d'une même étoffe, et ornées de broderies finement exécutées. Le pardessns sans manches est le djubbé; il est en velours, et l’art du brodeur se donne libre carrière sur le fond intense de sa couleur. Le gansé, la soutache, le point de couchure, la Jinition, tous les points imaginables concourent à la décoration du djubbé, sur lequel s’entrelacent les fleurs, les rinceaux, les épis d'or, au gré du caprice de l’artiste. Rien de mieux composé, de plus délicatement achevé que ces magnifiques broderies sur le velours qui, par sa note vigoureuse, relève ce qu'il y aurait de trop uniforme, de trop éclatant, dans le reste du costume, Les pabaud) sont très simples, sans pompons ui fioritures; il n’y a aucun autre bijou que des boucles d'oreilles discrètes, sans prétention.

N°9, — Arnaout de classe moyenne.

Le djamadan a disparu du costume des gens de cette classe, L'Arnaout représenté ici porte le ye/ek:, le tchepken et les dizlik en drap fin, avec des broderies de soie qui en ornent toutes les pièces. Le fez est un peu moins haut que celui des riches ; le gland d'or est supprimé tout en conservant l’ample et lourd puskul. Le Jistan a des plis plus larges, moins compliqués ; lestcharik sont moins courbés à la pointe, et leurs pompons de soie sont en plus petite quantité. Le silaklik est simplement rayé d’or. Le pardessus, qui sert de com-

plément à tous les costumes arnaouts, est le alouka kébèci; c'est nue sorte de paletot loug et large sans manches, en étoffe feutrée d'uu côté, à longs poils de l'autre. On le porte le poil en dehors on eu dedans, selon l’occasion. C'est un vêtement trés chaud, très commode; il est à bon marché et indispensable,

N° 6.— Arnaout de la classe pauvre.

Le fez est remplacé par un bonnet blanc tout aussi

chaud; pour préserver les cheveux du contact de son feutre plus rude que celui du fez, on met d’abord nn take de coton blanc. Les piéces du costume sont les mêmes que ce qu’on vient de voir; ce qui les distingue c'est qu'au lieu de drap elles sont en une espèce de feutre qui s'appelle aba. Les broderies y sont aussi plus rares et d’un dessin moins recherché. Le silahlik est en cuir tout uni; les fcharik n'ont pas de pompons, les guêtres sont en aba, les jarretières en passementerie commune; le jistan, à plis larges ct irréguliers est en calicot grossier,

N°3.— Paysan des environs d'Yania.

Le Jistan cesse de figurer dans ce costume où tout revêt

un cachet fonciérement utilitaire. Une chaude ceinture de laine épaisse remplace le cuir du silahlik ; des chausses, des caltchaun, au Heu de guêtres, et des tcharik sans pointe recourbée, attachés aux chausses par des bisiéres de cuir, enfin l’aXlauka Lébèci plus ample, lourd, et une chemise de grosse toile fabriquée à la maison, tel-est le costume de ce travailleur des champs.

N0 9, — Haham-bachi de Sélanik.

Le Haham-bachiest un docteur juif és-science religieuse.

Ce docteur donne à ses administrés l'exemple d'une tenue simple où sont évitées les teintes trop éclatantes, La coiffure de celui-ci est le avèze, d'où sortent les deux boucles de cheveux frisés qui caractérisent tout Israélite de la vieille roche. Sou extari est de soie rayée, et ne fait pas un ph sous son djuôbé de drap fin, de couleur sombre, contenue. Son pardessus est le Binich; il est de couleur foncée; les manches comme le vêtement lui-même n'ont qu'une ampleur modeste. La chaussure traditionnelle, mest ou paboudÿj, est en cuir noir.

N°5. — Hodja de Sélanik.

Un Aodja est un aalim, un membre dun corps des ulémas

dont la fonction est l’enseignement. Celui-ci porte le

saryk blanc sur son fez; il a la ceinture en chÂâle sur son entari à larges fleurons imprimés; il est chaussé de bottines molles, les laptchin, et de souliers yéméni. Son æintan, son chalvar, son djubbé, n’ont rien de particulier. Son bixick offre seul quelque originalité : les manches en sont infiniment plus larges qu’il n’est d'usage à Constantinople ; elles sont échancrées en rond, de sorte que les mains penvent agir à l'aise sans cesser d'être couvertes,

Nu 1. — Bourgeois de Monastir.

Monastir, ville principale du bassin de Bistritza (autrefois Érigon) ou Karasou, est le chef-lieu de l'un des mutessariflils du vilayet de Sélanik. Le bourgeais aisé, représenté ici, paraît être quelque maître distingué de l'importante corporation des fabricants de filigrane, qui font la prospérité de cette ville. Les objets en filigrane d'or et d'argent qui se fabriquent là sont renommés pour leur bon goût, leur légéreté, le fini de leur ornementation, et leur bon marché relatif,

Ce bourgeois prospère ne porte pas le solide et chaud aba tissé dans sa province, mais du drap d'Autriche, un pen plus cher quoique moins bon. Son djamadan, son mintan, son tehepken, sont enrichis d'épaisses et gracieuses broderies d'or. Son potour, plus

exposé aux injures du temps, n'est décoré que de quelques rosaces en broderies de soie, Lorsque, selon l'usage antique, ce vêtement de fatigue est légué aux enfants, c'est souvent avec quelque pièce par derrière. La ceinture de cet ousta, maître, est garnie d'une chaîne de montre en passementerie fabriquée dans la ville même; c'est une coquetterie toute locale. La montre, qui est dans le gousset du d/amadan, est, le plus probablement, quelque oignon séculaire enfermé dans un boîtier ad hoc, comme on n’en confectianne plus qu'en Turquie. Cet écrin, lourd et superbe, se met dans une bourse en cachemire. Le fez de ce bourgeois de Monastir est épais et dur comme un chapeau européen, Les souliers sont des goundoura noirs, signalés comme des monuments impérissables.

N°0 4, — Dame musulmane de Salonique.

Ce costume de ville ne différe en rien de celui des da-

mes musulmanes de Constantinople. C’est le voïle de mousseline, le yachmak quiue laisse voir que les yeux; le féradjé à manches larges, retombant par derrière comme un manteau; l'entari court; le long chalvar; des tchédik dans des paboudj à pointes légérement recourbées.

Le dessin des personnages est emprunté aux photographies des Costumes populaires de la Turquie, ouvrage publié en 1878 à Constantinople, par P. Sebah (texte de Hamdy-bey et M. de Launay), sous le patronage de la Commission impériale de l'exposition de Vienne. Les ditails du costume, ainsi que lewr coloration, sont pris d'après les modèles en

nature exposés par l'Union centrale des Beaux-arts appliqués à l'Industrie, Musée du costume, 1874.

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