‹ Le costume historique vol. 6 1888Chapitre 86 sur 140 · XIX° SIÈCLE. COSTUMES POPULAIRES DE ROME · texte numérisé non relu

XIX° SIÈCLE. COSTUMES POPULAIRES DE ROME

LES TRASTÉVÉRINS.

Bartolommeo Pinelli, si estimé par les artistes, graveur féeond, alerte, charmant, est, par excellence, le dessinateur populaire des choses de la basse Italie, pendant la première partie du siècle ; né dans le faubourg de Trastévére, il reste le plus exact portraitiste et le meilleur historien des Trastévérins, ces laboureurs, jardiniers ou vignerons d’au-delà dn Tibre, qui se donnent comme les vrais et senls descendants des Romains.

L'assemblée que nous reproduisons, composée de sgherri romaneschi, tapageurs rodomonts, querelleurs, prompts à s’emporcer, à défier, à se battre, nn peu spadassins, qui s’enrolent avec empressement pour suivre un chef ardent, hardi, un de ces capo-papoli qui, les jours de révolution, sont des Rienzi ou des Mas’Aniel, est nne des cinquante-deux grandes gravures parues en 1823, où Pinelli, en illnstrant le poème de Meo Patacca, une satire romaine où les scènes populaires abondent, mais qui remonte à 1695, ne s’est nullement préoccnpé de l'ancienneté de l’âge, mais s’est servi des modèles qu'il avait sous les yeux et qu’il connaissait si profondément. II Meo Pataeca, nn nom populaire un peu ridicule (Palace vent dire palard, menue monnaie, pelecchia, taquin ; Meo, probablement l’abréviation de Zartolommeo) est un récit plein d'observations, où la langue, les allures locales sont retracées avec une vérité qui lui à valu un immense snecès, et des plus durables parmi le peuple. Écrit par Ginseppe Bernari dans le dialecte populaire de Rome, #7 lingquagio romanescho, c'esb nn de ces poèmes comiqnes (giocoso) dont le badinage n'appartient qu'aux populations assez fines, assez bien douées, pour savoir rire d’elles-mêmes, c’est-à-dire de certains excés de leur caraetère, Le sujet consiste dans l’émotion causée à Rome lors de l'investissement de Vienne par les Turcs ; nonvelle aggravée de la fausse annonce que l'étendard de Mahomet flotte déjà

sur la ville assiégée, et va, infailliblement, parcourir toute] Kurope. Là-dessus, à Rome, remueménage extraordinaire, dont le principal autenr est Meo Patacca, le héros trastévérin. Il parle et agit avec une puissance d'entraînement irrésistible, fait des enrélements, exerce ses compagnons, endosse enfin lhabit pompeux dn commandement, et se trouve tout prét à partir pour la victoire, lorsqu’arrive la nouvelle de la délivrance de Vienne par Sobieski : nouvelle qu’il a du moins l’honnenr de recevoir le premier et de propager avec le même feu iuextinguible qui l'anime tout le temps. Le poème se termine par l’henreux hyménée de Patacca et de Nuccia, une de ces belles Trastévérines à l'œil fier, à l’attitude dédaigneuse, pour lesquelles Phomme aimé doit être un sujet d’orgueil.

Dans ses Tableaux de lu ville éternelle (1835), M. Joseph Regnier s'exprime ainsi : « Seuls les hommes dun peuple ont gardé la carmagnole de velours, la ceinture ou faseiu barriolée, le hant-de-chaunsses pareil à la veste, les boncles larges anx genoux, incommensurables sur le soulier, D'aucuns retiennent leur épaisse chevelure dans le réseau de soie noué sur une oreille, et campent sur l'autre un chapeau pointu, relevé d’un bord ; sur leurs épaules débraillées s’étale uue manière de cravate rouge ; la petite veste se porte alors an vent comme un dolman de housard, et le gilet blanc ou rouge, à la napolitaine, se croise à l’aide de petites chaînes terminées par une boucle d'argent ciselé. On déboutonne la genouillère pour laisser voir un calecon rouge qui serre le genou avec une rosette flottante, et tout cela forme un négligé galant, »

Nous joignons à la scène principale nue suite de coiffures d'hommes et de femmes, toutes tirées de la même suite de planches.

N° 1. — L'un des témoins du mariage de Patacca, avee le nœud de rubans et des pendants d'oreilles coiffé d’un bonnet lié d’un nœud de rubans, qui en- en perle allongée. veloppe les cheveux. N° 5, — Meo Patacea.

N°2, — Jeune homme, dont la chevelure eu partie | N° 6. — Homme du peuple, en longue résille, sons uattée forme un chignon, traversé par une épingle, le chapeau de la famille des Bolivars. Cette grande

et orné d’un petit nœud de ruban.

No 3. — Marco Pepe, le rival de Patacea, portant le bonnet eurubanné du n° 1 et par dessus, s'avançant | N° 7. — Femme du peuple portant le ehiguon haut, jusque sur ses sourcils, uu petit bonnet de coton à surmonté du peigne habituel, et ayant la perle allonfloche, qui n'occupe peut-être cette position que gée à l'oreille, pour eacher le tron de la blessure que Patacca lui | N°8. — Jeuue homme paré d’une fleur, posée nou à a faite au front eu un combat singulier. l’un des revers de la veste ouverte, mais dans le

N° 4. — Nuccia, la maîtresse de Patacca; chevelure gilet à la base du cou. | en partie nattée bien dégagée, se relevant en helle masse et retenne par le haut peigne, marchant

résille est encore prolongée par deux cordons à petits glands qui pendent jusqu'à la hauteur de la ceinture,

Nos 9 et 10. — Chapeaux de modèles divers.

N° 11. — Aspeet postérieur d'un chignou féminin.

Aquarelle de M. Stéphane Baron.

Voir pour le lerte : A1. Eugène de Montlaur, de l'Italie et de l'Espagne; Paris, 1852. — Le Magasin Pittoresqne, année 1857. — Ch. de Brosses, Lettres familières écrites d'Italie en 1739 et 1740 ; avec une étude littéraire et note, par Hippolyte Babou; Paris, 1858.

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