‹ Le coton son régime, ses problémes, son influence en EuropeChapitre 168 sur 193 · PROGRÈS MATÉRIELS · texte numérisé non relu

PROGRÈS MATÉRIELS

Onze années se sont écoulées depuis le jour mémorable où un concours solennel et jusque-là sans exemple réunissait à Londres des représentants de tous les peuples de l'univers, venus pour comparer leurs forces respectives et leur habileté dans les arts et dans l'industrie.

La France y avatt noblement tenu son rang, et parmi les régions industrielles qui contribuèrent à cet éclatant succès de noire nalion, Mulhouse et son rayon occupèrent une place éminente.

Aujourd'hui que ce concours se renouvelle dans des circonstances analogues, il n'est pas sans intérêt de chercher à se rendre compte des travaux faits pendant cette période décennale, et des perfeclionnements et améliorations apportés dans les principales industries du Haut-Rhin.

Comme vous le savez, Messieurs, dans notre rayon manufacturier la première place appartient aux industries textiles. Ce sont elles qui occupenl incontestablement le premier rang, soit par

l'importance de leurs produits, soit par le nombre des ouvriers qu'elles emploient.

L'impression des toiles de colon, qui v int s'implanter à Mulhouse au milieu du siècle dernier, a amené peu à peu à sa suite le tissage et la filature; la construction des machines a suivi, et quoique l'industrie cotonnière soit restée la priucipale des départements de l'Est, la laine a pris aussi une place importante dans la production, et la soie et le lin alimentent quelques établissements.

Considérons maintenant le travail successivement dans ses divers éléments, en commençant par la filature.

Filature.

Les dix années qui viennent de s'écouler ont été signalées par une prospérité exceptionnelle pour la filature du colon. On a vu la plupart des anciens établissements se libérer de leurs engagements, renouveler leur matériel pour le mettre au niveau des progrès du jour et augmenter notablement le nombre de leurs métiers. La production s'accroissait en même temps par la création d'une foule de nouveaux établissements, sans jamais cependant pouvoir se mettre à la hauteur des besoins. Cette situation si favorable a eu plusieurs causes principales.

Nous devons rappeler en premier lieu que, par suite de la disette de 1847 et de la révolution de février 1848, les affaires étaient restées slationnaires, et que la production s'était restreinte dans les limites d'une prudence excessive. A la fin de cette crise, et lorsque la confiance fut rétablie, les affaires reprirent une impulsion d'autant plus grande que la consommation avait été plus faible pendant les années précédentes.

C'est ce qu'attestent, entre autres, les documents fournis par les ingénieurs des mines {Bulletin de la Société industrielle de juin 1861). Ils montrent que l'on avait établi :

En 1847 , 12 machines à vapeur de 208 chevaux de force.

- 1840, 8 - iOi -

En 1851, 10 machines à vapeur de 207 chevaux de force.

Les besoins étaient tels que la production ne put y suffire et que les prix s'élevèrent, malgré le rapide développement du travail. Nous voyons à Mulhouse, notamment en (852, en 1853 et en 1854, la plupart des établissements s'agrandir, quelques-uns jusqu'au double, et plusieurs maisons nouvelles se créer.

Cette prospérité exceptionnelle, qui s'étendit à tous les genres de fabrication, et notamment aux industries textiles en général, continua plusieurs années, puis se ralentit, à mesure que la production, en s'accroissant, se mettait au niveau de la consommation.

Pour la filature de coton elle dura jusqu'à la crise actuelle, par des raisons particulières que nous allons énumérer.

Indiquons d'abord la vogue exceptionnelle que donna à l'organdi et aux mousselines de toute espèce une succession d'étés secs et chauds, au moment môme où la mode, ce despote qui, tour à tour, favorise ou délaisse le fabricant de tissus, doublait et triplait l'ampleur des robes; car l'obligation de porter vingt mètres par robe, au lieu de dix, se traduisait naturellement par celle de se charger moins , c'est-à-dire d'adopter les tissus les plus légers.

Or, mille broches de filature alimentent vingt-cinq métiers marchant en calicots, tandis qu'elles n'en alimentent que dix à quatorze en organdis unis ou façonnés. Il n'est donc pas indifférent, pour la filature, que l'on porte ou non des tissus fins: leur règne équivaut, selon le point de vue, à une insuffisance dans le nombre des broches, ou à un amoindrissement subit de la production courante du tissage; or qui dit rareté, dit cherté.

Si l'on ajoute que la consommation du calicot pour la vente en blanc prit à la môme époque un énorme développement et nécessita un accroissement incessant dans le nombre des métiers à tisser, on aura une nouvelle cause d'insuffisance de la filature à satisfaire les besoins de la vente; car la construction d'une filature exigeant des capitaux bien plus considérables que celle d'un tissage, il en est résulté que le développement de la première de ces deux industries est toujours resté un peu en arrière de celui de la seconde. Par suite, la demande des filés étant toujours plus grande que leur production , leurs prix sont toujours restés trèsélevés. Ainsi, il y a eu une demande considérable de filés d'un côté, et de l'autre une continuelle rareté de produits, double cause de prospérité, à la fois, pour la filature elle-même, considérée en général, et pour chaque établissement en particulier. Les quelques moments d'arrêt ou de baisse de prix n'ont jamais duré bien longtemps et ont eu un résultat avantageux, celui de décider plus facilement les filateurs à remplacer leurs anciennes machines par des métiers perfectionnés et d'un rendement supérieur. Il est juste, cependant, d'ajouter qu'en ce moment celle industrie souffre considérablement, par suite de la cherté du coton, à laquelle vient se joindre la crise commerciale.

Les progrès accomplis se classent sous deux chefs différents, selon la nature des cotons employés.

filature des cotons courte-soie. — Une transformation radicale s'est opérée depuis une dizaine d'années dans la filature des cotons courte-soie. La principale est la substitution des métiers automates (self-acting) aux métiers à la main. On peut admettre que la plupart des filatures de coton Louisiane produisant les numéros 25 à 30 en chaîne, et 3o à 43 en trame (et ces établissements forment la grande majorité des filatures d'Alsace et des Vosges), sont déjà transformées en métiers renvideurs, ou, au moins, sont en voie de l'être; car c'est aujourd'hui une question vitale pour cette industrie.

Les autres modifications sont moins générales; cependant toutes les filatures construites dans ces derniers temps, et les anciennes qui ont renouvelé leur matériel, ont adopté en tout ou en partie le système do travail et la série de machines que nous allons décrire sommairement.

batteurs. — Les anciens batteurs sont généralement remplacés aujourd'hui par des batteurs (système anglais) à rouleaux comprimés. Ceux-ci, tout en ouvrant et nettoyant mieux le coton, permettent de former des rouleaux préparés pour le cardage, d'un poids trois a quatre fois plus considérable que précédemment (de

10 à 12 kilog.). En outre, la nappe en est beaucoup plus régulière. cardage. — C'est la grande régularité apportée aux opérations

du battage qui a permis l'adoption du cardage simple, maintenant presque généralement pratiqué.

La presque totalité des anciennes filatures de notre rayon, pour utiliser leur matériel existant {cardes ordinaires à chapeaux plats) , se sont mises à carder le coton une seule fois sur ces machines en produisant 17 à 20 kil. en douze heures, au lieu de 15 à 16 kil. qu'elles produisaient en cardage double. Leur production ayant ainsi été augmentée d'environ 20 p. 100, celte quantité a pu être absorbée par l'augmentation de production de leurs métiers renvideurs, comparativement aux anciens métiers. Quant aux filatures contruiles toutes récemment ou en voie de s'établir, elles adoptent généralement le système de cardage anglais à chapeaux circulaires automates et à travailleurs, dont la production par machine peut varier de 30 à 40 k. en 12 h., et dépasse même quelquefois celte quantité. De plus, le système des canaux de cardes, encore adopté partout

11 y a une dizaine d'années, tend à être remplacé par celui des pots tournante pour chaque carde, avec appareil casse-mèches aux étirages.

bancs a broches. — Les bancs à broches anciens ont généralement été remplacés par des bancs à broches à bobines comprimées; et ceux généralement construits aujourd'hui sont du système a double cône avec ailettes à force centrifuge.

métiers a filer. — Les métiers les plus répandus en Alsace sont ceux des systèmes Sharp Boberts et Parr-Curtis,àc six cents à huit cents broches, ces derniers surtout pour la filature des filés ordinaires, chaîne 28 et trame 37. La production moyenne par broche et par jour peut en être estimée à (ï décagr. 20 grammes pour la chaîne, et 5 décagr. pour la trame. Llle est donc de 12 à 15 p. 100 supérieure à celle des anciens métiers a la main.

FILATURE des cotoxs longue-soie. — Une révolution complète a été opérée dans la filature des numéros 70 et au-dessus, par l'adoption presque générale des peigneuses, soii du système Brtl-

rnann, soit du système Hùbner, toutes deux d'invention française et môme mulhousienne. On a pu obtenir, à l'aide de ces machines, des tissus dont rien n'égale la netteté, la transparence, et dans bien des établissements, elles ont permis de tirer un parti bien supérieur des cotons et des matières qui étaient généralement restées dans la catégorie des déchets.

Outre l'adoption des peigneuses, un changement important a été apporté dans le traitement des cotons fins par la suppression du battage à la main de ces cotons.

Des perfectionnements apportés au battage mécanique, et l'invention des nappeuses (modification des nappeuses pour laine), ont permis de supprimer cette première opération, très-dispendieuse et si nuisible à la santé des ouvriers.

Tels sont les principaux changements opérés dans la filature des colons longue-soie en Alsace. Il nous reste cependant à signaler, malgré les difficultés qu'elle offre, une tendance progressive vers l'adoption des métiers automates pour le filage des numéros 50 à 100, et même au-dessus; mais elle est loin d'être générale jusqu'à présent, car la différence qui en résulterait dans la maind'œuvre influe sensiblement moins sur les prix de revient que pour les gros numéros, et, de plus, la production par jour n'est pas augmentée non plus dans la même proportion.

Fils de coton retors. — En parlant des progrès de la filature dans notre rayon, il ne faut pas oublier de mentionner le développcment récent qu'a pris l'industrie des fils retors. Nos fils à coudre sont supérieurs à ceux des Anglais et se vendent plus cher que les leurs sur les marchés d'exportation.

Filature de laine peignée. — Une autre industrie, introduite en Alsace depuis peu d'années (1839), a pris surtout dans la première partie de la période qui nous occupe un grand accroissement.

La filature de laine peignée, qui en 1851 ne comptait que cinq établissements et 38,500 broches, est exploitée aujourd'hui par six maisons possédant ensemble 71,500 broches et 300 métiers mécaniques à tisser le mérinos. Une nouvelle ère de prospérité semble s'ouvrir aujourd'hui ptfur cette industrie, après un ralentissement de quelques années, dû surtout à la prépondérance presque exclusive que prirent sur les tissus de laine mérinos, pure

ou mélangée de coton, ceux de laine dure anglaise, pure ou mixte, et les étoffes légères de colon (jaconas, etc., etc.), qui s'adaptent mieux à l'ampleur des robes et dont les f lis conviennent mieux aux robes actuelles.

Parmi les principaux perfectionnements introduits dans cette industrie depuis 1851, nous citerons : 1° l'adoption de la peigneuse Heilmann,qui a opéré une véritable révolution en fournissant un peigné beaucoup plus propre, tout en produisant plus de cœur et moins de Mousses; 2°la purification des eaux de lavage,*à l'aide d'un procédé simple et pratique qui produit une économie de savon tout en permettant de mieux laver la laine; 3° l'adoption de bobiniers à compression et à double rangée de bobines qui améliorent les mèches et doublent presque la production.

La filature de laine peignée dans le Haut-Rhin fait aujourd'hui pour 12 millions d'affaires, et occupe 2,200 ouvriers (32 pour mille broches). C'est une des plus belles conquêtes de l'industrie alsacienne.

Résumé des progrés faits dans la filature de 1831 à 1861 .

185t. Et années antérieures. Adoption de i'épurateur Risler. Apparition de ta peigneuse Heilmann ; les métiers auloma-' tes commencent à se répandre.

1 852. Première filature, de 25,000 broches self-acling, établie à Mulhouse.

Transformation générale des machines préparatoires. Introduction des batteurs et des bancs à broches renforcés, et suppression des métiers en gros. L'emploi des grands .métiers au delà de 500 broches se généralise.

L'application au coton de la peigneuse Heilmann, établie par MM. Nicolas Schlumberger et C e , se généralise

1853. Apparition de la peigneuse Hûbner, construite par MM. André Kœchlin et C e . Sous le coup d'une combinaison de brevets, elle est peu répandue jusqu'en 1857 et 1858, époque où plusieurs maisons s'en servent. MM Dollfus-Mieg et C e ont, les premiers, utilisé cette machine sur une très-grande échelle. En 1801 il existait dans cette maison 60 peigneuses Hûbner.

1854. Depuis 1854 jusqu'en 1860 pas d'autres progrès pour la filature de coton que des améliorations aux divers organes des machines, tels qu'ailettes à force centrifuge, mouvement de bancs à broches à double cône, etc.

Pour la laine peignée, procédé de purification des eaux de lavage, adoption des bobinicrs à compression et à double rangée de bobines.

1859. Introduction des métiers automates Parr-Curtis de 1100 broches. Etirages à pots tournants" et casse-mèches.

1860. Cardes à chapeaux tournants et à hérissons et pots tournants.

1801. Carde américaine de Higgins et Sons.

FILATURE DE COTQN.

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PS

FQRCE MOTRICE

MACHINES à

vapeur.

MOTECRS

hydrauliques.

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