‹ Le coup d'aile: pie?ce en trois actesChapitre 6 sur 35 · SCÈNE III CLOTILDE, MATHILDE · texte numérisé non relu

SCÈNE III CLOTILDE, MATHILDE

GLOTILDE

A présent que nous sommes seules, ditesmoi sincèrement ce que vous pensez du discours de mon mari.

MATHILDE

Le mien trouve le discours superbe, quoique un peu dangereux.

GLOTILDE

Dangereux pour qui ?

mathilde, étonnée.

Mais pour le pays... A qui d'autre pourrait-il faire tort ?

GLOTILDE

A l'orateur lui-môme.

MATHILDE

Je ne comprends pas... La Chambre a voté tout ce qu'il a voulu. Son triomphe est complet.

CLOTILDB

Ici la chose a été moins bien prise qu'à Paris, et c'est ici qu'il a ses électeurs !

MATHILDE

Oui, dans notre département, les gens sont d'un patriotisme très ombrageux.

GLOTILDE

Songez donc que l'usine de Saint-Léger, qui fabrique exclusivement du matériel de guerre, emploie plus de dix mille ouvriers. Ils sont furieux contre mon mari, qu'ils accusent de détruire leur gagne-pain en réduisant le budget de 1» cjuerre. Vous juge? si nos concurrents vont fiter de l'occasion et souffler sur le feu... Déjà

hier a paru dans un journal de la localité un article d'une insigne perfidie. Pour peu que des insinuations pareilles se multiplient, la situation de Bernard ne sera plus tenable.

MATHILDE

J'ignorais l'article. En quoi est-il perfide?

CLOTILDE

, Il exploite le grand malheur qui a frappé notre famille. Il remue ce funeste passé.

MATHILDE

Je n'y suis pas... Qu'y a-t-il dans le passé de M. Prinson?

CLOTILDE

Il y a son frère.

MATHILDE

Ô'est vrai !... L'odieux Michel!... Depuis des années, son nom ne m'était plus revenu à l'esprit.

CLOTILDE

Nous faisons tout pour qu'on l'oublie. Ce discours maudit a réveillé sa sinistre mémoire... Vous comprenez pourquoi je me tourmente.

Lorsqu'on porte le nom d'un homme qui a coûté si cher à son pays, on ne parle pas avec mépris des vertus guerrières... On s'occupe de la mévente des vins, de l'impôt sur le revenu, du clergé ; mais ou laisse l'armée tranquille. Je parie, d'ailleurs, que Bernard regrette son débordement d'éloquence... Sa dépèche en est une preuve... Vous la lirez demain dans les journaux du département.

MATHILDE

Elle est très habilement rédigée... L'impression sera bonne... (Un silence.) Quel fléau, ce Michel !... Dix ans après sa mort, il fait encore du mal.

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