‹ Le Coureur de fillesChapitre 27 sur 32 · I- iD · texte numérisé non relu

I- iD

fU

fM —

O ru

{J CL

Ma bonne amie ne savait rien. Elle disait : un atmosphère, une éclair. C'était une fleur sau- 'vage. Elle a voulu apprendre. Elle appelle une

Original from

iS2 LES PETITES BRUYÈRES

lettre une missive, le facteur notre courrier, une soupe un potage, les hommes des mortels, et la lune V astre nocturne. Elle s'est cultivée: c'est un légume sec.

<* u m ru

SI

Q. TJ

tî eu ■= B ^ o o I- iD

ru

Eutre les lèvres d'une bouche, dont, par bonheur, la description n'est plus à faire pour avoir été faite quelquefois çà et là, entre des dents blanches, non truffées, serrées étroitement et que n'écartent point ces espaces noirs, ces trous d'ombre qui rappellent vaguement des ouvertures de tunnel, la langue d'une jolie femme apparaît lumineuse, humide, toute semblable à une tranche d'orange et sans doute légèrement acidulée. On en goûterait, car on ne voit d'abord en elle qu'un instrument de précision propre aux opérations mystérieuses et compliquées de l'amour. Soudain, effarement, recul de buste!

O ro

Original from UNIVERSITV OF MICHIGAN

si

5; Ol Q. '-O

<= .Q O CL

Voilà que d'une manière inopportune, bruyamment, interminablement, ça se met à retentir!

Heureux celui dont la bonne amie possède une belle voix! Il peut la faire chanter, et, avec d'adroits compliments, l'encourager, l'épuiser, et peu à peu lui fatiguer sa langue jusqu'à la mettre hors de service. C'est autant de gagné contre son bavardage.

O poétesse 1

Mais je ne fais pas de vers !

En ètes-vous sûre ?

Non, là, bien sincèrement, je vous affirme

("""rw^nL'' Original from

by VjUU^U. UNIVERSITY OF MICHIGAN

m ru

ro

Q. TJ

tî CU

ro

i-H TJ

fM —

O CL

que je n'en fais que de tout petits, sans prétention, pour les amis et quand je suis triste. C'est bien comme sentiment, voilà tout. Mais j'aime follement tous les vers, et quand j'en entends dire, je pousse, en signe d'émotion, un petit sifflement prolongé, comme un serpent à sonnettes auquel on donnerait des coups de cravache ; et je sens alors, oh ! je sens très bien que si j'avais travaillé, j'aurais pu faire une bonne actrice, une grande actrice pour la tragédie sérieuse, avec des strophes dedans.

Aujourd'hui si démodées, les banales plai-

santeries contre la femme de lettres furent tou -

jours d'imprudentes fautes de tactique. Bien au contraire, croissez et multipliez, chères sœurs ; vous m'enlevez, à moi qui suis homme, la possibilité d'être le dernier en talent.

C^f\ncî\i' Original from

by VjUU^IC UNIVERSITY OF MICHIGAN

LES PETITES BRUYERES 185

<* u m ru

ro

fN > O ^

Q. TJ

t; eu

en

fN —

O ro

On appelle femme supérieure une femme qui est toute surprise, quand elle se regarde dans une glace, de ne pas se voir au front une étoile en papier doré.

— Moi, donc, Monsieur, je suis la femme de votre rêve, car je n'ai pas d'esprit, et je nourris votre enfant toute seule.

Oui, sans doute, mais encore faut-il reconnaître, qu'au point de vue humain, vous êtes vous-même au-dessous de mainte femelle : car, si l'on a vu des chèvres allaiter maternellement des bébés, on n'a jamais vu une femme donner e sein à un petit bouc.

Original from UNIVERSITV OF MICHIGAN

Page 1