‹ Le Coureur de fillesChapitre 6 sur 32 · I- iD · texte numérisé non relu

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il la lança de toute sa force. Pierre l'attrapa au vol, et la posa tranquillement sur ses quatre pieds. Leroc voulait sauter par terre. La Griotte le prévint à temps.

— Allons ! bon ! ça va recommencer ! tu fais la bête, à la fin!

Pierre dut l'aider à le maintenir. 11 pressa légèrement le bras blessé de son père, qui, dompté comme un taureau auquel on a mis un anneau dans le nez, se recoucha avec un grognement perçant et continu, tandis que Pierre, sans le

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lâcher, sanglotait et lui disait, en maîtrisant ses soubresauts, le corps tout secoué :

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— Voyons, papa, si je te dis que je cours les î filles, tu te fâches, et si je te dis que je cours ne '■ pas les filles, tu te fâches encore. Alors, je ne sais plus quoi dire, moi !

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A Rachild*.

L'épouse dort, le corps alourdi par les baisers que l'époux a laissés tomber) sans compter, un peu partout, et plus spécialement aux fossettes, aux petites cavités, aux rigoles, aux endroits où la chair se creuse, des baisers tantôt écrasés

I comme les larges gouttes d'une averse, tantôt petits, ronds, à peine sonores, ininterrompus,

I envolés des lèvres comme des bulles de savon d'un fétu de paille.

Mais déjà la chère femme pèse bien lourdement sur le bras du cher mari. D'abord, par

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petites secousses prudentes et répétées, il tente vainement de le dégager. Le bras semble collé. Il dit avec douceur :

— Aline, Aline, attends voir un peu !

Et, comme elle ne fait aucun mouvement, il

s'enhardit, se roidît, et, d'un seul coup, arrache son bras, qui lui semble une chose cotonneuse, inerte, morte, ou plutôt disparue. Un vague ronron s'échappe des lèvres d'Aline, comme un bourdon d'une fleur qu'on a remuée, et du fond de son sommeil elle murmure :

— Oh, que tu m'as fait mal, Albert !

— Je ne pouvais pourtant pas, dit Albert, attendre ainsi l'aurore. C'est bon pour Milon de Crotone, des situations pareilles !

Et il se retourne du côté du mur, car il a fait prendre à sa femme, dès le début de leur mariage, l'habitude de coucher « sur le devant ». Il prétend que de cette façon, à la naissance du premier enfant, elle n'aura pas à souffrir d'un changement de place toujours pénible...

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