‹ Le coureur des bois;Chapitre 21 sur 56 · II · texte numérisé non relu

II

figures partout, même parmi g'. Qu'importe,

après tout, ce que peuvent être ces deux Indiens? nous sommes i<:i eu nombre et russî bien armés qu'eux. »

lira continuèrent \6\ït route; mais néanmoins ces deux inconnus semblaient avoir laissé dans l'air un souffle de funeste augure. Pendant le temps qui s'écoula jusqu'à la couchée, le pas cadencé des chevaux sur le terrain sec et sonore se mêla seul aux derniers bruissements des cigales que les ténèbres faisaient taire.

Bientôt la vue d'un feu allumé dans la campagne indiqua aux voyageurs l'endroit que les domestiques qui les précédaient avaient choisi pour faire halte jusqu'au lendemain.

Une petite tente de soie, que la galanterie de Tragaduros avait fait venir d'Arispe en vue de ce voyage, fut dressée sous un bouquet d'arbres pour doria Rosarita. Quand le repas du soir fut achevé, elle se retira sous sa tente, mais elle chercha vainement le sommeil sur les dentelles de son oreiller. La jeune fille se rappelait la nuit où Tiburcio dormait non loin d'elle, lorsqu'elle l'avait vu pour la première fois; et, comme l'avait fait Tiburcio lui-même cette nuit-là, elle écouta tour à tour avec une larme et un sourire le murmure du ruisseau qui coulait tout près d'elle, le tintement de la clochette de la jument capitana, les glapissements lointains des chacals, le cri de l'oiseau de nuit, en un mot, toutes ces harmonies vagues du désert, qui éveillent tant d'échos dans un cœur de vingt ans.

Que n'eût pas donné Fabian pour voir le lendemain, quand au point du jour la fille de don Augustin sortit de son abri de soie pour remonter à cheval, la pâleur enchanteresse qu'avait lair ;ée sur son visage l'insomnie dont il avait été l'auteur?

La cavalcade reprit sa marche comme la veille; mais Èiosarita était plu? rêveuse ehmre que le jour précé-

dent. Les souvenirs qu'elle croyait avoir laissés à l'hacienda surgissaient partout autour d'elle; car l'amour est ingénieux à établir à chaque instant des ressemblances frappantes sur les analogies les plus lointaines. Quoi qu'en disent certains esprits chagrins, l'imagination est aussi habile à se créer de douces illusions qu'à se forger de désolantes chimères.

Dans tout le trajet de l'hacienda au Lac-aux-Bisons, car c'était à cet endroit que la cavalcade se rendait, la réalité semblait favoriser Fabian et ne laisser à l'imagination que bien peu à faire.

Après avoir marché plusieurs heures, le sénateur, resté quelques instants en arrière, rejoignit la cavalcade. Il apportait en triomphe 5 Rosarita un bouquet de fleurs de lianes qu'il s'était arrêté pour cueillir. Un petit cri de joyeuse surprise, arraché à la jeune fille par la vue de ces campanules aux brillantes couleurs, paya le sénateur de sa galante attention; puis, au moment de le remercier, Rosarita sentit la voix lui manquer et se détourna soudain pour ne pas laisser lire sur son visage une émotion douloureuse, tandis que sa main laissait retomber, une à une, les fleurs offertes par le sénateur. « Qu'avez- vous? grand Dieu! s'écria Tragaduros, surpris et peiné à la fois de ce mouvement inattendu.

— Rien, rien, » reprit la jeune fille en faisant un effort pour serrer dans sa main le bouquet si subitement dédaigné.

En disant ces mots, Rosarita donna de la houssine à son cheval, qui partit comme un trait. Elle avait besoin de confier au vent qui sifflait dans ses cheveux un soupir de douleur qui l'étouffait.

Rosarita venait de se rappeler que jadis aussi Tiburcio cueillait pour elle des fleurs sur sa route, et celles qu'elle tenait maintenant dans sa main lui semblaient odieuses; elle les froissa convulsivement et les ieU loin d'elle.

« Il y avait donc quelque insecte venimeux dans ces fleurs? lui demanda le sénateur quand il l'eut rejointe.

— Oui, » dit avec effort Rosarita, qui sentit ses joues se colorer de la pourpre des fleurs qu'elle venait de jeter.

Nous en savons assez maintenant des sentiments secrets de dona Rosarita, pour ne plus la suivre pas à pas dans ce voyage .

Nous laisserons donc arriver la cavalcade, le matin du quatrième jour, tout près du Lac-aux-Bisons, où nous devons la précéder.

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