‹ Le coureur des bois;Chapitre 41 sur 56 · LE PRISONNIER · texte numérisé non relu

LE PRISONNIER

Les voyageurs s'arrêtèrent un instant pour contem pler ce tranquille tableau.

« Sir! s'écria Wilson qui, depuis quelque temps déjà, comme il le disait, avait reconnu dans le canot la tournure et les traits du jeune Gomanche qu'il rencontrait pour la seconde fois, nous avons ici un brave guerrier dont la main a déjà serré la vôtre.

— J'y vais, répondit sir Frederick Wanderersans lever la tête. Et quel est cet ami? car, grâce à vous, je ne rencontre jamais un ennemi, ce qui en vérité devient monotone.

— Eh! sir, répliqua l'Américain, ce qui est écrit est écrit; je ne connais pas autre chose, moi, et après cela, si Votre Seigneurie désire que je la mette en face de quelque bon danger, ce sera l'objet d'une clause additionnelle à notre traité, sans quoi.... vous sentez, sir Frederick, je ne saurais, sans encourir le risque d'un procès ou le reproche de ma conscience, condescendre

— Nous verrons, nous verrons, interrompit l'Anglais en se levant. Ahl c'est mon jeune Comanche, ajouta sir Frederick avec vivacité; je suis aise de le revoir. *

Rayon-Brûlant serra la main de l'Anglais, pendant que le Canadien et Pepe, ainsi que les deux Mexicains, ne regardaient pas sans étonnement le singulier couple de voyageurs que le hasard leur faisait rencontre.

« Y a-t-il longtemps déjà que Votre Seigneurie parcourt les bords de la Rivière-Rouge? demanda Bois- Rosé en anglais.

Depuis six ou sept jours, répondit sir Frederick ; j'étais à la poursuite de ce beau coursier blanc que vous voyez là-bas, et je me dispose à dire adieu a ces rives, sur lesquelles on voyage, par ma foi, avec autant de sécurité que sur celles de la Tamise.

— Eh bien, interrompit le carabinier, je diffère entièrement d'avis à ce sujet. Demandez à Bois-Rosé.

— Demandez à Wilson, » reprit sir Frederick. L'Américain souriait d'un air orgueilleux et se rengorgeait.

« Vous pourriez avoir raison, dit-il à Pepe, et sir Frederick quelque peu tort.

— Pour peu que ce fût agréable à sir Frederick, ajouta Pepe, je me charge de le faire changer d'avis d'ici à ce soir. »

Bois-Rosé interrompit la discussion, qui s'animait, à la joie de Wilson.

« Vous n'avez donc pas rencontré, demanda-t-il à l'Anglais, deux bandits escortés d'une dizaine d'Indiens, et qui emmènent un jeune prisonnier?

— Des bandits ! Vous m'étonnez, mon ami, répliqua Wanderer ;il n'en existe ici que dans votre imagination. Wilson, avons-nous vu des bandits ? »

Le chasseur yankee cligna de l'œil, et dit : « Sir Frederick, aux termes de nos conventions, je dois non-seulement vous tirer de tout danger généralement quelconque, du fait du désert s'entend, mais encore vous empêcher d'y tomber. Or, pas plus tard qu'au point du jour. . .

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