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cinas, et le lancer dans ces fourrés, c'est l'exposer h y laisser sa peau ; mais, à tout prendre, c'est, comme vous dites, la vie d'un chrétien à troquer contre la sienne. »
A ces mots, le chasseur de bisons déliait le nœud qui s'attachait au collier d'Oso.
« Pille, Oso, pille, mon brave 1 » continua Encinas en faisant de nouveau flairer au chien le chapeau de Fabian ; puis il le lâcha.
Le vaillant dogue sembla, cette fois encore, comprendre la volonté de son maître, qui comptait plus encore sur son instinct que sur sa bravoure, et, au lieu de s'élancer en aboyant avec fureur, il s'élança silencieusement à travers les buissons.
« Nous le suivrons, Pepe, s'écria le Canadien; il ne sera pas dit qu'un animal sera moins prudent qu'un père qui cherche son fils et qu'un ami qui cherche son ami. »
L'Espagnol ne se le fit pas répéter, et les deux chasseurs se mirent avec précaution à la piste du chien. Mais Oso sembla bientôt et évidemment en défaut. 11 quêtait en vain dans les touffes d'herbes des émanations semblables à celles qu'il venait de flairer, et les deux chasseurs le virent tout à coup de loin faire un détour et sortir du fourré où il s'était engagé.
« Croyez-vous qu'il ait compris ce qu'on attend de lui? demanda le Canadien basa Pepe.
— Sans doute; ce n'est certainement pas de ce côté que Fabian est entré dans le bois avec les Indiens, et le dogue va tout naturellement remonter à l'origine de la piste qu'il suit. »
Le chien quittait brusquement, en effet, la lisière du bois de cotonniers, et les deux chasseurs le virent retourner dans la direction du bouquet de saules sous lesquels ik avaient déjà trouvé les traces de Fabian. Tous deux suivirent Oso le plus rapidement possible sans s'inquiéter de se faire voir, et, en débouchant dans
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l'espace dégarni d'arbres, ils trouvèrent Encinas qui, inquiet de son chien favori, faisait le tour des massifs pour le rejoindre.
« Laissons- le faire, dit-il; mon brave Oso est aussi habile que courageux. Vous voyez qu'il se rend compte de la mission dont je l'ai chargé. »
Après s'être remis sur la voie, le dogue s'élança, en aboyant, dans la direction d'un des côtés du bois qui abritait les Indiens, et que les deuz chasseurs, en venant, avaient laissé sur leur droite. Arrivés, après un long détour qu'ils durent faire pour éviter de passer sous le feu de l'ennemi, ils ne virent plus le chien d'Encinas. Dans cette partie du bois, la ceinture d'arbres paraissait moins fournie.
Inquiet de l'absence de son chien, Encinas le siffla pendant quelques minutes sans que l'animal lui répondît; bientôt cependant on l'entendit donner de la voix; Les aboiements qu'il poussait semblaient plutôt annoncer la joie que la présence d'un danger; et les trois chasseurs, obéissant à son appel, prirent leur course à travers le taillis.
Ils ne tardèrent pas à rencontrer un petit sentier dans toute la longueur duquel les herbes paraissaient si récemment foulées que leurs tiges n'étaient pas encore flétries, quoique écrasées sous les pieds des chevaux, dont l'empreinte était aussi visible que sur un chemin sablé.
C'était au bout de cet étroit et tortueux sentier que la voix d'Oso continuait à retentir. Puis les herbes devinrent plus rares; au terrain amolli succéda un sol [lus dur. Ici les trois chasseurs s'arrêtèrent à la voix de Bois-Rosé.
« Restez où vous êtes, dit le Canadien. Il est inutile que nous fournissions un triple but aux carabines cachées là derrière. Ahl Pepe, vous ne vous êtes pas trompé, le chien a éventé la mèche, u
Pendant qu'Encinas caressait Oso, revenu vers lui, et rattachait à son collier sa courroie de buffle, Pepe, sans avoir égard aux avis du Canadien, et impatient de voir par lui-même, s'était coulé jusque derrière lui.
Les dernières herbes du sentier venaient mourir sur un terrain pierreux, et à vingt-cinq pas environ de la frange clair-semée qu'elles formaient, le bois commençait. Mais au lieu de présenter à l'œil, de ce côté comme de tous les autres, un rempart insurmontable de lianes, de troncs pressés et de branches entrelacées, le sol, primitivement creusé par les eaux, laissait entre les arbres un passage de quatre pieds de largeur. De chaque côté de cette espèce de ravine s'élevait un talus à pans droits, dont l'intervalle était rempli de troncs d'arbres et de branchages fraîchement coupés
« C'est par ce passage que les coquins sont entrés à cheval comme par une porte cochère, dit Pepe.
— Ne perdons pas notre temps ici, Pepe, et, puisque vous voici, glissons-nous chacun d'un côté de cette ouverture pour voir ce que fait l'ennemi : où estFabian, et par quel endroit il faut commencer l'attaque. Encinas, tâchez, s'il est possible, que votre chien soit muet; sa voix pourrait nous attirer, à vous comme à nous, le désagrément d'un morceau de plomb dans le corps; ou mieux encore, courez avertir Rayon-Brûlant et don Augustin que nous avons trouvé le passage vers l'ennemi, puis foncez hardiment à la tête des plus braves; | nous allons éclairer votre marche, mon compagnon et moi. »
Encinas goûta cet avis et s'éloigna promptement pour remplir sa mission.
A droite et à gauche, à vingt pas du chemin creux, la lisière du bois reprenait toute son épaisseur, et les deux chasseurs n'hésitèrent pas à s'y engager, chacun de son côté, pour exécuter leur projet. Telle était la vigueur de la végétation qu'à peine leurs yeux pouvaient-ils dis-
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tinguer les objets à quelques pieds devant eux; mais, toute périlleuse que fût cette reconnaissance det. lieux, il était indispensable de la pousser aussi loin que possible. Le Canadien continua donc d'avancer en se glissant à travers les branches, comme l'alligator qui rampe au milieu des roseaux et des joncs pour surprendre le buffle qui se désaltère.
Peu à peu cependant le bois s'éclaircissait, et Bois- Rosé put non-seulement distinguer des formes vagues et confuses d'hommes et de chevaux, mais encore jeter un coup d œil sur l'espace entouré par l'épaisse ceinture d'arbres qu'il venait de traverser.
L'Étang-des-Castors occupait l'une des extrémités d'une vaste clairière où les chevaux et les hommes tenaient à l'aise. Sur les bords de cet étang s'élevaient une quinzaine de huttes de castors de forme ovale. La plupart de ces huttes, que les Indiens venaient d'envahir, plongeaient presque dans l'eau ; mais deux ou trois étaient assez éloignées des bords de l'étang pour avoir été converties par les assiégés en un solide rempart dont les selles des chevaux, les couvertures et les manteaux de buffle emplissaient solidement les intervalles. C'était entre la rive de l'étang et ce retranchement que se tenait le gros des Indiens, tandis que les autres allaient et venaient pour fortifier les endroits les plus faibles de la ceinture d'arbres de la clairière.
Du reste, ni Fabian, que cherchaient en vain ses yeux troublés par l'horrible appréhension qu'il éprouvait pour son enfant, ni Rosarita, ni Sang-Mêlé. ni Main-Rouge, ni l'Oiseau-Noir enfin n'étaient visibles au Canadien.
11 suppos? que les objets de sa sollicitude, comme ceux de sa haine, se trouvaient entre l'étang et les huttes des castors, dont les ouvertures étaient pratiquées du côté de l'eau.
Pepe, de son côté, n'apercevait rien de plus que Bois-Rosé ; les deux chasseurs durent donc réprimer le
désir qui les aiguillonnait de faire feu sur des ennemis odieux, mais sans importance dans ces circonstances si graves.
Bois-Rosé prêtait l'oreille avec anxiété à tous ies bruits qui parvenaient jusqu'à lui. Il espérait entendre la voix de Fabian ou celle de la fille de l'hacendero, et il comptait, plein d'angoisse, les minutes écoulées depuis le départ d'Encinas, en quête de renfort. C'était un moment effrayant, en effet, que celui qui précédait une attaque désespérée* où le sang allait si abondamment couler, et où la vengeance d'ennemis sauvages pouvait s'exercer par représailles sur son enfant prisonnier.
Tout à coup, dans la direction de la digue des castors, occupée par le jeune chef comanche, une détonation suivie de hurlements, puis encore une demi-douzaine de coups de feu ébranlèrent les airs. Un grand mouvement eut lieu dans la clairière, près de l'étang, et, au spectacle qui s'offrit quelques instants après aux yeux du Canadien, il sentit tout son sang se figer dans ses veines.