‹ Le coureur des bois, ou, Les chercheurs d'orChapitre 9 sur 60 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le dernier des Mediana.

Lorsque Cuchillo, à la fin de l’entretien dont nous venons de rendre compte, sortit de la cabane où il avait eu lieu, le soleil n’était déjà plus perpendiculaire, et commençait à s’abaisser vers l'horizon. La terre, desséchée par l'ardeur du jour, renvoyait les effluves brülants dont elle dégageait son sein. (es vapeurs, condensées par le vent, qui déjà soufflait plus frais, donnaient, par l'effet du mirage, aux plaines arides qui bordaient la forêt, l'aspect d’un lac limpide, comme si la nature, qui ne se plaît qu'aux parfaites harmonies, voulait offrir à l’œ1il une compensation à la triste nudité du paysage.

Des craquements sourds se faisaient encore entendre dans la forêt, pareils à ceux du bois qui se tord au contact du feu. Mais les arbres relevaient petit à petit leur feuil-

lage sous le vent du sud, et semblaient attendre impatiemment l'heure où le dais de brume qui les couvre la nuit allait rafraîchir leurs cimes.

Cuchillo siffla, et, à ce son bien connu, son cheval accourut en galopant. Le pauvre animal avait l’œil éteint par la soif. Son maître, éru de pitié, versa dans une calebasse quelque peu d’eau de son outre, et, bien que ce ne fût qu’une goutte pour l'animal, son œil morne se ranima.

Cuchillo brida, puis sella son cheval, et chaussa ses éperons. Cela fait, il appela un des domestiques de don Estévan, et lui donna l’ordre, de sa part, de harnacher Îles mules et les chevaux, et de prendre les devants pour apprêter le coucher, qui devait avoir lieu à quelques heures de route, dans un endroit qu'on appelle {a Poza (la Cr-terne), où les voyageurs devaient passer la nuit.

Le domestique objecta que ce n’était pas là le chemin le plus direct pour Tubac, mais bien celui de l’hacienda del Venado (la métairie du Cerf). Cependant, sur la réponse péremptoire de Cuchillo, que l'intention du maître était de séjourner quelques jours à l’hacienda, le domestique se mit en devoir d'exécuter les ordres qui lui étaient transmis.

Le propriétaire de cette vaste exploitation agricole, la seule de cette importance entre Arispe et la frontière, était renommé, dans tout l’espace compris entre ces deux points, comme l’homme le plus généreux envers ses hôtes. Ce fut donc sans répugnance que les gens de la suite des deux voyageurs apprirent qu’en allongeant leur route ils gagneraient du moins quelques jours de repos dans cette hospitalière demeure.

Le domestique chargé des ordres transmis par Guchillo, après avoir sellé son cheval, se dirigea au galop vers la lisière de la forêt voisine, à l’entrée de laquelle il avait atiaché la jument Capitana!. Autour d’elle étaient groupés

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