‹ Le courrier des thèâtres;Chapitre 12 sur 25 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Les Mêmes , un valet.

le VALET.

M. Torquato est là qui demande un tête-à-tête;

Il ne, demande jamais que ça, lui.

ÉLÉONORE

Est-il dans son délire?

LE VALET

Non , madame, pas pour le quart d'heure.

ÉLÉONORE

Faites-îe venir.

PARIS

11 paraît qu'il a quelques bons momens....

Clic, clac, le voici.

PARIS

Ah! je vais donc voir un grand homme.

{Ritournelle.)

§CEŒE V.

Les Mêmes, LE TASSE. (// est représenté par un enfant et porte le cosiume exact du héros de la pièce. )

PARIS

Àh ! mon Dieu ! quVst-ce que c'est que ça?

le courrier; C'est le Tasse.

PARIS

Çà, le Tasse!.... demi-Tasse tout au plus

ÉLÉONORE

Silence, il va dire quelque chose.

le tasse, sans voir personne.

Air : Tandis que tout sommeille.

Dans ces bois je m'enfonce

Bien loin de tous ces grands ,

Perfides courtisans ,

Suivant paitout Alphonse.

Je suis petit , petit , petit,

Mais quel feu me dévore !

Quand je vois ces sots en crédit , Et que j'admire mon esprit, Le petit Torquato grandit

Auprès d'Éléonore.

ÉLÉONORE

Des chaises , s'il vous plaît. ( On apporte un fauteuil pour Éléonore et une chaise a1' enfant pour le Tasse.) Asseyons-nous, mon cher Torquato; vous avez désiré me parler en particulier.

LE TASSE

Oui, ma princesse. (Ils s asseyent. )

LE COUPcRIER.

Vous allez entendre comme ca parle....

PARIS

Nous verrons Lien; mais comme il est petit! Je nJen reviens pas.

Clic , clac, la taille ne fait rien à l'affaire, surtout avec ce petit gaillard-là.

Air : Ces bosquets de lauriers.

Aux spectateurs il sait communiquer Ce noble élan de son âme brûlante ; Par l'éloquence il se fait remarquer; Sa voix sonore est aimable et touchante. Du public c'est par le talent Que les acteurs sont les idoles , Et si celui-ci n'est pas grand , Il se grandit en s'élevant Au-dessus même de ses rôles.

eléonore, au Tasse.

Est-ce là tout ce que vous avez à me dire ?

LE TASSE

Pardonnez...., il y a encore autre chose..

LE CDURRIER.

Ecoutons....

PARIS

Est-ce que ça vous amuse, vous?

Eh! eh! eh!

LE TASSE

Aili : T'en souviens-tu ?

Vous souvient -il de ce jour plein de charmes, Où je vous vis pour la première fois ? En ce moment je vous rendis les armes.

ÉLEOWOR.E.

Parlez plus bas; on nous entend, je crois.

(Le Tasse descend un degré de sa chaise.)

LE TASSE

Mes yeux sur vous restaient fixés sans cesse ; Je ne vis plus personne autour de nous. Tous mes regards exprimaient la tendresse : Je m'en souviens, vous en souvenez- vous ?

ELÉONORE

( Même air. )

Vous souvient-il combien j'étai s rêveuse Le lendemain de ce jour plein d'appas?

LE TASSE

Vous souvient-il que ma flamme amoureuse?....

ÉLÉONORE

O nnous entend; de grâce encor plus bas.

( Le T'isse descend tout-à-fait. ) Vous so uvient-il

(Ici Paris s'est coiffé de son bonnet de nuit.) le cou r d ier , interrompant Eléonore. Pardon, belle Eléonore, pardon, monsieur Le Tasse.., mais une dépêche très-pressée nous appelle ailleurs.... Clic, clac ! nous reviendrons vous voir....

PARIS

Du diable si on m'y reprend.

Air de Spontini.

Partons , partons , partons , Partons , l'Opéra nous appelle!

Partons ; je suis fidèle A nos conditions.

ELEONORE.

Cette brusque retraite M'étonne tout- à-fait.

LA COMTESSE

Paris est malhonnête.

Voilà votre paquet.

LE COURRIER, PARIS

Partons , partons , partons ,

Partons , l'Opéra nous appelle !

■D . (je suis fidèle

Partons , M, «,,, 7 I il est fidèle

A nos conditions.

ÉLÉOWORE , LA COMTESSE.

Us s'en vont sans façon ; Là-bas , dit -il , on les appelle.

Paris est infidèle A notre ancien renom.

{Le courrier sort en faisant claquer son fouet et part avec Paris j la comtesse emporte le Tasse dans ses bras.)

{Le théâtre représente un palais .)

Page 1