‹ Le cousin du roi comédie en un acte, en versChapitre 8 sur 32 · SCÈNE ni · texte numérisé non relu

SCÈNE ni

J’ai faits, tu ne. saurais le croire!

DUFRESNY

Pourquoi pas ?

Je ne suis pas rentré depuis trente-six heures.

ANGELIQUE

C’est mal!

DF.SMARRES.

Par feu Silène ! on dirait que tu pleures !

Quelle est ta plaie? et d’où reviens-tu si matin?

DUFRESNY

Laissez-moi'tout mon soûl gourmander le destin,

Et ne me forcez pas à rouvrir ma blessure.

ANGÉLIQUE

Vous la soulageriez en parlant.

DESMARRES

Chose sûre !

Des maux que lu soutins fais-toi l’historien; Sois ton Homère !

• DUFRESNY

Allons, vous le voulez ! Eh bien.

Avant-hier, j’allai tout seul au Cours-la-Reine,

Vers midi ; la journée était chaude et sereine,

J’écoutais les propos des buveurs de soleil.

Entretien toujours neuf, quoique toujours pareil !

« — Que fait-on ? — La princesse a quitté la Savoie,

« Et certaine Philis brûle encor pour Cavoye...

« Qui gèle! — Cossé boit! — Madame de Conti * Joue à la Niobé, car Clermont est parti. —

« Fagon purge. — Boufflers pour le camp de Compiçgne « Arme ses cuisiniers. — Et la Maintenon? — Règne « A jamais ! » J'écoutais, je glosais, comme aux temps. Beaux temps perdus, où, dans mes salons éclatants Rejets d’eau, de lumière et de fleurs indiennes, J’hébergeais chaque soir trente comédiennes!

ANGÉLIQUE

Trente à la fois, Monsieur !

DUFRESNY, sans écouler.

Jetais donc établi

Sur le Cours. Le roi passe, arrivant de Marly.

Énergiquement.

Enfin! les deux cousins se retrouvaient ensemble !

Que fis-tu?

DESMARRES

DUFESNY.

Je tenais l’occasion.

ANGELIQUE

Je tremble.

DUFRESNY

Je ne tremblai pas moi, sachant ce que je vaux. D’un seul bond je m’élance au-devant des chevaux. Je me jette à leur tête ; ils se cabrent, on crie :

Mais les automédons s’arrêtent en furie ;

J’écarte de la main les groupes éblouis.

Et je parle.

ANGÉLIQUE, effnyée.

Au roi?

DESMARRES

Diantre!

DUFRESNY

A mon cousin Louis!

DESMARRES

Aïe! Ici nous marchons en plein dans les broussailles

DUFRESNY

Et pourquoi donc? Anet interpellait Versailles ! N’avons-nous pas vécu presque amis? J’eus mon lot De gloire, sous ses yeux! Il me nomma Chariot, Chariot tout court, ma foi, quand, au siège de Lille, . En chantant un noëi, je grimpai dans la ville !

ANGÉLIQUE

Les nobles souvenirs !

DUFRESNY

« A-t-on jamais conté,

« Dis-je, une histoire ancienne à Votre Majesté?

« Alexandre, au milieu des glaives et des piques,

« Sorti d’un dieu, prêtait l’oreille aux chants épiques. « 11 eut à ses côtés plus d’un poëte assis,

« Et si nous voulons croire aux antiques récits,

« Sans doute il triompha de l’Orient barbare « Pour avoir épargné la maison de Pindare !

« O vous dont les rayons illuminent l’éther ,

« Roi-Soleil, imitez le fils de Jupiter!

« De mon toit relevé que votre orgueil se pare,

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