‹ Le Cousin du roiChapitre 14 sur 32 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

DUFRESNY

Encore un qui me fuit, hélas , après le roi ! Morbleu! dirait-on pas que je porte avec moi Les malédictions du destin, comme Oreste? C'est donc la vie! Eh bien, le théâtre me reste! Là du moins, dans les temps voilé de crêpes noirs, Notre gaîté brandit son thyrse tous les soirs, Dans quelque chaud décor où descendent les fées! Je les vois, fol essaim, de verveine coiffées, Éparpillant les fleurs d'un langage poli Sur l'œuvre que je tente avec Biancolelli.

Prenant un manuscrit.

Quel sujet effrayant et neuf! Ma Mère l'Oie! Les contes bleus! la toile immense où se déploie, Au milieu des géants dont les nains sont vainqueurs, L'intrigue de la vie et le roman des cœurs !

Parcourant In manuscrit.

Là... le Prince Charmant d'abord trouve Peau d'Ane En robe de soleil, mais l'ogre...

Jetant le manuscrit avec dédain.

Rien ne damne Un trouvère gaulois comme d'écrire à jeun, Et quoique fou des vers, je n'en trouve pas un, Si le vin, cet ami prodigue, et toujours riche, N'en chuchote d'abord le premier hémistiche! Quand les Anaeréons sont à demi vaincus, Leur conseiller n'est pas Erato, c'est Bacchus! C'est ce bon enchanteur dont la voix familière Me dira si l'on peut trouver après Molière Ces fredons imprévus qui valaient des julcps Contre tous les ennuis!

Il va chercher une bouleillc et se verse à boire.

Mais, parle Dieu des ceps!

Quel vin piteux! avec quel regard il me lorgne! Assurément j'ai vu dans un cabaret borgne Ce clairet qui m'affronte avec un air railleur ! Ah! fi! le mauvais vin!

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