‹ Le Cousin du roiChapitre 7 sur 32 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

J'ai faits, tu ne saurais le croire!

DUFRESNY

Pourquoi pas ?

Je ne suis pas rentre depuis trente-six heures.

• ANGÉLIQUE

C'est mal!

DESMARRES

Par feu Silène ! on dirait que tu pleures ! Quelle est ta plaie? et d'où reviens-tu si matin?

DUl RESNY.

Laissez-moi tout mon soûl gourmander le destin, Et ne me forcez pas à rouvrir ma blessure.

Vous la soulageriez en parlant.

DESMARRES

Chose sûre !

Des maux que tu souffris fais-toi l'historien; Sois ton Homère !

DU F RESNY.

Allons, vous le voulez ! Eh bien, Avant-hier, j'allai tout seul au Cours-la-Reine, Vers midi; la journée était chaude et sereine, J'écoutais les propos des buveurs de soleil, Entretien toujours neuf, quoique toujours pareil ! « — Que fait-on ? — La princesse a quitté la Savoie, « Et certaine Philis brûle encor pour Cavoye... « Qui gèle! — Cosse boit! — Madame de Conti «-Joue à la Niobé, car Clermont est parti. — « Fagon purge. — Bouiflers pour le camp de Compiègne « Arme ses cuisiniers. — Et laMaintenon? — Règne « A jamais! » J'écoutais, je glosais, comme aux temps, Beaux temps perdus, où, dans mes salons éclatants De jets d'eau, de lumière et de fleurs indiennes, J'hébergeais chaque soir trente comédiennes!

ANGÉLIQUE

Trente à la fois, Monsieur !

D U F R E S N Y , sans écouter,

J'étais donc établi Sur le Cours. Le roi passe, arrivant de Marly.

ÉneigiqucnuiH.

Enfin! les deux cousins se retrouvaient ensemble !

Que fis-tu?

DUFESNY.

Je tenais l'occasion.

ANGÉLIQUE

Je tremble.

DUFRESNY

Je ne tremblai pas moi, sachant ce que je vaux. D'un seul bond je m'élance au-devant des chevaux. Je me jette à leur tête; ils se cabrent, on crie : Mais les automédons s'arrêtent en furie ; J'écarte de la main les groupes éblouis, Etje parle.

ANGÉLIQUE, effrayée.

Au roi?

DESMARRES

Diantre!

DUFRESNY

A mon cousin Louis!

DESMARRES

Aïe! Ici nous marchons en plein dans les broussailles!

DUFRESNY

Et pourquoi donc? Anet interpellait Versailles ! N'avons-nous pas vécu presque amis? J'eus mon lot De gloire, sous ses yeux! Il me nomma Chariot, Chariot tout court, ma foi, quand, au siège de Lille, En chantant un noël, je grimpai dans la ville !

Les nobles souvenirs !

DUFRESNY

« A-t-on jamais conté, « Dis-je, une histoire ancienne à Votre Majesté? « Alexandre, au milieu des glaives et des piques, « Sorti d'un dieu, prêtait l'oreille aux chants épiques. « 11 eut à ses côtés plus d'un poëte assis, « Et si nous voulons croire aux antiques récits, « Sans doute il triompha de l'Orient barbare « Pour avoir épargné la maison de Pindare ! « 0 vous dont les rayons illuminent l'éther, « Roi-Soleil, imitez le fils de Jupiter! « De mon toit relevé que votre orgueil se pare,

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