‹ Le cousin Frédéric, ou, La correspondanceChapitre 1 sur 21 · SCENE ï · texte numérisé non relu

SCENE ï

1 AULIjNE , AMELIE entrent à gauche. (Elles sont censées revenir de la promenade. )

AMÉLIE

Allons , il y a tout, à présumer que mon mari se sera arrêté en chemin je croyais, en dirigeant notre promenade de ce côté , le rencontrer sur la grande route ; mais ses affaires l'auront probablement retenu quelques heures de plus qu'il ne le croyait.

PAULINE

Impatience très-flatteuse pour un mari de quarante-cinq ans.

AMÉLIE

Ma chère Pauline , M. de Neubourg mérite tout mon attachement ; il est bon , plein de franchise.

PAULINE

Oui... '^depuis cpi'il a cpiitté.la diplomatie.

AMÉLIE

Son esprit est gai... son caractère excellent.

Tu prends ton bonlieuv en patience c'est lorl bien ;

mais , Amélie , est-ce que quelquefois , là... quand tu es seule... tu ne regrettes pas ce pauvre Frédéric ?

AMÉLIE

Frédéric ne m'eût peut-être pas rendue aussi heureuse.

PAULINE

A cause de sa mauvaise tête.... Ali! elle me faisait peur aussi!... Je me rappelle encore ses adieux... Ma cousine , te disait-il en relevant ses moustaches , je pars pour l'année ; l'honneur et mon devoir l'ordonnent... je vous serai fidèle; mais si vous trahissiez mon amour... j'ai là d'excellens pistolets... il me faisait frémir... et ma mort suivrait de près votre perfidie. . . et malgré cela tu t'es mariée I et tu as eu le courage de le lui apprendre !...

AMÉLIE

Je ne crois pas beaucoup à ces grands désespoirs d'amour.

PAULINE

Un militaire... cela se tue pour un oui , pour un non.

AMÉLIE

Je lui devais d'ailleurs la connaissance des motifs qui m'avaient décidée à épouser M. de Neubourg : moi seule je pouvais lui apprenclre qu'une mère mourante , désespérée de nous laisser sans fortune , sans protection , m 'avait suppliée de recevoir de sa main un guide, un appui; cette lettre fut la première et la dernière qu'il reçut de moi ; dans le commencement, je te l'avoue, le silence qu'il a gardé m'avait un peu inquiétée... Mais en y réfl('chissant bien, je n'ai pas tardé à me convaincre qu'un peu de dépit— de colère l'avaient jusqu'à présent empêché de me répondre.

Ya, ce n'est pas ta faute s'il n'est pas arrivé quelqu'accident fâcheux.

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