‹ Le cousin PonsChapitre 15 sur 123 · AU TE PREMIER · texte numérisé non relu

AU TE PREMIER

POXS, souriant.

Il ne faut pas se dissimuler que celle de ma cousine est meilleure! . , .

SCHMUCKE

Moi, je me trouve nourri comme un prince!...

POXS.

Oh ! toi, tu ne connais pas les petitesses de notre misérable nature!. . . cher grand enfant ! . . . tu consentirais à manger du pain sec toute ta vie pour avoir le droit d'aimer ton Pons!... Mais vois-tu, moi, je me suis frotté à la vie des riches et je ne vois pas les choses avec la même candeur que toi!. .. je n'ai jamais été beau ...

SCHMUCKE

Mais si, tu as dû être joli garçon !..

J'ai toujours été laid comme une chenille !.. je n'ai jamais été aimé; les femmes détournaient la tête quand j'arrivais; privé de cette partie du bonheur humain que rien ne remplace, j'ai bien été obligé de me rejeter sur d'autres jouissances : je suis devenu collectionneur et gourmand !!!

SCHMUCKE

Gourmand !... gourmand!., tu aimes les bonnes choses, c'est bien naturel !..

POXS.

Non !.. gourmand,, te dis-je !.. et je ne m'en défends pas !..

SCHMUCKE

Ah ! quel dommage que je ne sois pas riche ! . . tous les jours je te donnerais des repas de roi !

POXS.

Tant que j'ai eu une valeur artistique, ça a bien marché; mes romances se chantaient, j'accompagnais les demoiselles au clavecin et mon rond de serviette était mis partout !.. Alors j'étais un oiseau picoreur et je donnais une chanson pour tout remerciement !.. mais aujourd'hui je suis vieux, la musique nouvelle nous a détrônés, et dame, on oublie un peu le vieux musicien !..

SCHMUCKE

Ah ! tiens, ne parlons plus de cela ! ce sont tous des bêtes !.. Enfin tu as rencontré ton cousin monsieur de Marville?..

POXS.

Oui, tu sais, après cette malheureuse aventure de l'autre jour où Ton m'avait fait sentir, — du moins, je le croyais, — que ma présence devenait ennuyeuse, je m'étais retiré sous ma tente; monsieur de Marville m*a demandé la raison de ma disparition!.. Oh! j'ai été très-digne, mon ami, mais

très-digne!.. Je lui ai dit que je ne demandais rien à personne, et que si, pour quelques politesses qu'on me faisait, et que je rendais de mon mieux, on me supposait taillable et corvéable à merci, j'aimais mieux donner ma démission de pique-assiette.

SCHMUCKE

C'est très-bien, cela !

PONS

Oh ! mon ami, mon cousin de Marville a été bien peiné!.. Figure-toi que c'était tout simplement une sorte de conspiration de la cuisinière et des domestiques contre moi ; mais on m'a fait des excuses !.. . et vraiment j'ai été bien touché des caresses que m'ont faites madame de Marville et sa fille!..

SCHMUCKE

Oui, oui, tu es un enfant, toi L. un artiste. . . qui ne crois qu'au bien et au beau !..

PONS

Mais certainement !.. Et je me suis bien reproché ma sotte susceptibilité !.. aussi me suis-je mis immédiatement en quête d'un moyen de la leur faire oublier !..

SCHMUCKE

Ah! chère belle âme!., tu rends lé bien pour le mal, toi ! . .

PONS

On n'a pas voulu me faire du mal, te dis-je !.. Eh bien, sais-tu ce que j'ai trouvé ?. .

SCHMUCKE

Quoi donc?. .

Ah I vois-tu?., ils auront d'immenses obligations à leur pique-assiette !..

SCHMUCKE

Mais qu'est-ce donc, mon bon Pons?..

PONS

Ma petite cousine Cécile va avoir vingt-quatre ans; elle n'est pas encore mariée ; son union avec le jeune vicomte Popinot a manqué parce que sa dot n'était pas assez ronde. Si je lui avais trouvé un mari, moi?

SCHMUCKE

Un mari?. .

PONS

Brûnner.

SCHMUCKE

Brûnner !

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