ACTE DEUXIÈME
BRUXXER.
Mademoiselle, c'est une pxeuve de plus de mon amour pour le beau !
CÉCILE
Voilà à coup sûr de la pure galanterie française !
* BRUNNER
C'est de la sincérité de tous pays, mademoiselle!
; CÉCILE
Allons, avouez que Paris a déteint sur vous !.. Vous l'avez habité longtemps?...
J*ai beaucoup voyagé, mademoiselle !...
CÉCILE
Oh ! que ce doit être une belle vie ! Tous les jours des horizons nouveaux ! les grands spectacles de la nature !.. les belles nuits étoilées des climats méridionaux ! . . Comme cela doit élever votre esprit, affermir votre croyance, etv comme on doit, en présence de ces beautés éternelles et sublimes de la création, se laisser aller à des rêveries éthérées :...
BRUNNER
Mademoiselle, dans les pays du soleil, il fait très-chaud, et les moustiques sont .d'insupportables compagnons; vers les pôles il fait très-froid, et il est horriblement dangereux d'aller se tailler des habits dans la peau des ours. La vie d'aventures séduit quand on est très-jeune et que la vie vous paraît un champ sans limites ; mais à mon âge....
CÉCILE
Oh ! n'allez-vous pas vous faire passer pour un vieillard?..
BRUNNER
Non, ^puisque je puis aimer beaucoup encore ; mais enfin à mon âge, je le répète, l'on sent un immense besoin de joies plus intimes et j'avoue que je ne vois rien de tel, pour les procurer, que la vie à deux, quand les cœurs sont liés par l'amour comme les destinées le sont par la loi !...
CÉCILE, à part.
Il y vient!... (Haut.) Et vous avez bien raison, autant du moins que mon cerveau de petite fille peut comprendre les choses de la vie!... oh! moi, je ne suis pas rcmanesque j'aimerais tant cette douce existence d'intérieur!... les bonheurs intimes!,., un enfant au berceau!... une main loyale qu'on presse à chaque heure et que l'on sait apte à vous soutenir, à vous relever, à vous défendre contre tous les dangers de la vie!... voilà mon rêve!...
BRUNNER, à part?
Allons, voilà un petit esprit naïf qui se plie assez bien aux circonstances !...
CÉCILE
Et tenez, ce qui me séduit particulièrement dans Goethe, c'est cet amour profond et calme du brave Gœtz pour sa femme!...
BRUNNER
Vous connaissez Goethe?...
CÉCILE
C'est un de mes auteurs favoris!...
BRUNNER, regardant les livres .
Vous lisez beaucoup, mademoiselle?...
11 prend les livres.
CECILE, agitée.
Oh! de grâce, monsieur!...
BRUNNER
Un dictionnaire allemand! Ah! vous apprenez l'allemand?
CÉCILE
Oh! vous êtes méchant !... ce n'est pas bien, monsieur, de fouiller ainsi dans mes cachettes. Je veux lire Goethe dans )'ori£inal ; il y a deux ans que j'apprends l'allemand?
BRUNNER, qui a pris un autre livre.
La grammaire est bien difficile à apprendre, n'est-ce pas?...
CÉCILE
— Oh ! très-difficile.
BRUNNER
Je m'en aperçois... en voici une qui n'a pas dix feuillets de coupés.
CÉCILE , très-confuse.
Monsieur !...
Silence. — Brûnner- prend Cécile par la main et l'amène doucement sous sou regard.
BRUNNER
Vous êtes adorable !
OLGA, entrant. — Cécile regarde d'un air furieux.
Ah!... pardon, mademoiselle!... j'ai enfin trouvé votre couronne de myosotis.
CÉCILE, bas entre ses dents.
C'est bien !... emportez cela !... vous êtes une petite sotte!...
Olga soit .
BRUNNER, qui a suivi la scène. — A part.
Tiens, tiens ! je connais ces petites façons-là!... ma bellemère me les a montrées souvent ! . . .
On entend les voix des visiteurs qui rentrent.