‹ Le cousin PonsChapitre 60 sur 123 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

LA CIBOT

Ah! cher homme, est-il simple !.. Non, vous n'êtes un saint, n'un amour d'innocence, n'un homme à empailler, comme disait cet ancien acteur ! Comment ! vous êtes à Pans depuis trente ans, vous avez vu les révolutions, et vous ne connaissez pas le M onde -Piété... les commissionnaires où l'on vous prête sur vos z'hardes? J'y ai mis mes couverts d'argent, huit à filet. C'est pas la peine de parler de ça à notre chérubin, ça le tribouillerait, ça le ferait jaunir, et il est bien assez irrité comme cela !.. sauvons-le; avant tout, et nous verrons après !, .

SCHMUCKE

Bonne femme !.. cœur sublime !...

LA CIBOT

Mais dame!... il n'y a plus rien! toutes mes économies y ont passé ! . . Trois mille deux cent francs !.. loute ma fortune, mes économies de vingt-six ans de ménage ! plus rien !.. rien de rien!., et les médicaments'., moi, je souffrirais bien le martyre pour vous qui êtes un ange !

SCHMUCKE

Non, je suis un pauvre homme qui aime son ami, et qui donnerait sa vie pour le sauver.

LA CIBOT

Et de l'argent, mon bon monsieur Schmucke ! Une supposition, vous ne me donneriez rien, qu'il faut trouver trois mille francs pour vos besoins! Ma foi. savez- vous ce que je ferais à votre place? je n'en ferais ni une ni deux, je vendrais sept ou huit méchants tableaux et je les remplacerais par quelques-uns de ceux qui sont dans votre chambre, retournés contre le mur faute de place!... car un tableau ou un autre, qu'est-ce que ça fait?, ..

SCÏU1UCKE.

Et pourquoi?

LA CIBOT

Il est si malicieux! c'est sa maladie; il est capable de se lever, de fureter, et si, par hasard, il venait dans le salon, quoiqu'il soit si faible, qu'il ne pourra plus passer le seuil de la porte, il trouverait toujours son nombre!

SCHMUCKE

C'est juste!

LA CIBOT

Mais nous lui dirons la chose quand il sera tout à fait bien. Avouez la vente, vous rejetterez tout sur moi, sur la nécessité de me payer. Allez, j'ai bon dos !

SCHMUCKE

Je ne puis disposer de choses qui ne m'appartiennent pas !

OLGA, entrant.

Ah! monsieur Scbmueke.

SCHMUCKE

Comment va-t-ilV

OLGA

Il repose!... je vais chercher sa potion pendant son sommeil.

SCHMUCKE

Oh ! ma petite Olga, tous les malheurs fondent sur nous!... Voilà que cette bonne madame Cibotqui Jusqu'à présent, s'est sacrifiée pour nous, n'a plus d'argent!... Comment soigner notre pauvre ami !..

OLGA

Eh!... mais je travaillerai!... je passerai les jours et les nuits !...

LA CIBOT

Oui, vous vous tuerez pour gagner trente sous par jour et il faut vingt francs de remèdes tous, les jours à monsieur Pons!

OLGA

Oh! mon Dieu!...

SCHMUCKE

Olga, vous êtes une enfant, la pureté même!... rien gue de bon et de juste n'a pu germer dans votre cœur!... vous êtes encore tout près de Dieu, et la vérité doit être en vous!... Conseillez-moi ! . . .Madame Cibot est d'avis de vendre quelquesuns des tableaux, ponr subvenir aux dépenses ! la cibot.

Mais dame, si vous tenez à sauver votre ami ?

SCHMUCKE

Si j'y tiens, mon Dieu !.,. voyons, Olga, ai-je le droit de le faire?...

OLGA

Oh ! tout pour le sauver ! ...

D'ailleurs, pour vous excuser, je puis faire une chose ; je vais vous assigner en paiement, vous, et monsieur Pons!...

SCHMUCKE

Ce serait le tuer !

LA CIBOT

Choisissez!... mon Dieu, vendez les tableaux, et dites-lelui après, vous lui montrerez l'assignation.

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