ELIE MAGUS
Non pas pour moi, je ne donnerais pas plus de huit cent mille francs; car, on ne sait pas combien de temps on gardera ça dans un magasin... mais je paierais la somme comptant.
Eh bien, écrivez-moi une lettre signée de vous deux par laquelle vous vous engagez à payer neuf cent mille francs comptant la collection de monsieur Pons, et nous verrons à vous faire faire un beau bénéfice.
Exclamations de joie de Magus et de Remonencq. LA C1ROT.
Ne faites donc pas de bruit, malheureux !
Au bruit de leur exclamation, Pons se réveille, regarde les trois hommes, et se dresse sur sa chaise.
POîsS, poussant un cri.
Des voleurs !.. à la garde !.. on m'assassine!.. (EHe Magus et
Remonencq se sauvent derrière la porte vitrée. — Fraisier, pétrifié, reste immobile à sa place. — Pons suit des yeux Elie Magus dans sa fuite.) MagUS,
ici!., je suis trahi !. Madame Cibot. .... (Montrant Fraisier.) quel est cet homme ?
LA CIBOT
Pardieu ! est-ce que je pouvais le mettre à la porte?., monsieur s'est présenté tout à l'heure, au nom de votre famille.
FRAISIER, à part.
Elle est admirable. (Haut-patelin.) Oui, monsieur, je venais de la part de madame de Marviile, de son mari, de sa fille, vous témoigner leurs regrets ; ils ont appris fortuitement votre maladie et ils voudraient vous soigner eux-mêmes.
PONS
Ah! ah ! ah-!. . oui-da !
FRAISIER
Ils vous offrent d'aller à la terre de Marville pour y recouvrer la santé ; madame la vicomtesse Popinot, la petite Cécile,
que vous aimez tant, sera votre garde-malade... Elle a pris votre défense auprès de sa mère, elle Ta fait revenir de l'erreur où elle était!...
PONS
Et ils vous ont envoyé, mes héritiers!., en vous donnant pour guide le plus habile, le plus fin expert de Paris?.. Ah ! la charge est bonne !.. vous venez évaluer mes tableaux, mes curiosités, mes tabatières, mes miniatures !.. Evaluez, évaluez!., mes chers parents n'attendront pas longtemps ma succession, ils m'ont donné le coup de pouce !..
LÀ CIBOT
Ah ! monsieur, êtes- vous ostiné !..
PONS, la prenant violemment par le bras.
Ah ! madame Cibot, vous vous dites ma mère, et vous introduisez les marchands, mon concurrent, les Marville ici, pendant que je dors!., (se levant terrible.) Sortez tous! ..
Il pousse la Cibot vers la porte.
FRAISIER, bas à la Cibot, en sortant.
Dites qu'il est fou !
Brisé par 1 émotion, Pons est près de défaillir. LA CIBOT, allant à lui, câline.
Prenez mon bras, monsieur!... (Pons la repousse. — Elle le saisit à
bras le corps et l'étend sur la chaise longue. Pons est épuisé). — Calmez-
vous donc!) La Cibot l'examine. — Là !... il ne peut plus dire ouf ! . . . Sont-ils partis au moins ! . . .
Elle va voir à la porte vitrée, la ferme, puis revient à Pons. PONS, exténué.
Madame Cibot, sont-ils partis?
LA CIBOT
Qui? partis?
PONS
Ces hommes?
LA CIBOT
Quels hommes ? . . . Allons, vous avez vu des hommes ! vous venez d'avoir un coup de fièvre chaude, que sans moi, vous alliez passer par la fenêtre, et vous me parlez encore d'hommes!... allez-vous rester toujours comme ça?
PONS
Comment? là, tout à l'heure, iî n'y avait pas un monsieur qui s'est dit envoyé par ma famille?...
LA CIBOT
Allez-vous m'ostiner encore!... Ma foi, savez-vous où l'on devrait vous mettre?... à Chalento?i!... vous voyez des hommes?...