‹ Le cousin PonsChapitre 78 sur 123 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

vous laisse la libre disposition de vos meubles et immeubles, et si vous ne les léguez pas à des conditions que la morale réprouve, un testament par-devant notaire est inattaquable. Néanmoins, un testament olographe, en bonne forme, et clair, est aussi peu discutable.

PONS

Je me décide, pour des raisons à moi connues, à écrire, sous votre dictée, un testament olographe, et à le confier à mon ami Schmucke; cela se peut-il?

TROGNON

Très-bien. Voulez-vous écrire, je vais dicter, p o n s .

Schmucke, donne-moi la petite table... (schmucke apporte la table.) Monsieur, dictez-moi tout bas; car on peut nous écouter.

TROGNON

Dites-moi donc, avant tout, quelles sont vos intentions.

Pons se penche à l'oreille de Trognon. — P.iis il écrit sous sa dictée. — Pendant cette scène, Schmucke est retourné à l'orgue et a laissé promener ses doigts sur le clavier.

TROGNON, dictant.

Par ces motifs, je donne et lègue au Roi... pour faire partie du musée du Louvre. . .

poxs.

Pardon, monsieur, je suis si faible... excusez ma lenteur.

TROGNON

Ma collection...

POXS, écoutant la musique.

Ah! monsieur! quel artiste !... Ce n'est pas un homme, c'est une âme!... (se remettant à écrire.) Collection... ça y est...

TROGNON

A la charge, si le legs est accepté, de faire à mon ami Schmucke, une rente viagère de...

Deux mille quatre cents francs... ça y est... (a part.) Je parie

que la Cibot est là... (Se soulevant et regardant dans la glace.) Parbleu!... (Appelant.) Schmucke. (Bas.) Regarde donc dans la glace!... la vois-tu? Allons, allons, je la tiens.

Il continue à écrire sous la dictée de Trognou. SCHMUCKE.

C'est vrai!... elle épie!... Oh Dieu!... c'est donc vrai !

PONS

Ah!... c'est bien du travail pour un moribond, cela, monsieur!... Enfin, maintenant, je suis tranquille!... Là:... voici

qui est fait!... ouf!... comme je vais bien m'endormir foat à l'heure... (a part.) du sommeil sans réveil !...

TROGNON

Cachetons maintenant.

PONS

Oui!...

Il cachette.

TROGNON, dictant.

Sur l'enveloppe : Ceci est mon testament!...

PONS

Merci, monsieur. Schmucke, prends ce pli, mon bon Schmucke, quand je serai mort, tu l'ouvriras!... Maintenant, metsle en lieu de sûreté... (Bas.) Mets-le ostensiblement dans le tiroir du secrétaire... et la clef sous le socle de la pendule. Bien!... adieu, monsieur! je n'ose vous dire au revoir!... Allons, Schmucke, viens coucher ton vieil enfant.

11 sort, conduit par Schinucke dans la chambre de droite. — Dans le trajet il

montre encore du doigt à Schmucke la glace où se reflète la Cibot. —

Du pas de la porte il envoie un dernier adieu au notaire. — Lorsque

Trognon va pour sortir, il est arrêté par la Cibot qui paraît tout à coup.

LA CIBOT

Eh bien! monsieur, monsieur Pons a-t-il pensé à moi?...

TROGNON

Vous ne vous attendez pas, ma chère, à ce qu'un notaire trahisse les secrets qui lui sont confiés!... Tout ce que je puis vous dire, c'est qu'il y aura bien des cupidités déjouées, et bien des espérances trompées. Monsieur Pons a fait un beau testament, plein de sens, un testament patriotique que j'approuve fort.

11 sort, LA CIBOT.

Un testament patriotique. Qu'est-ce qu'il veut dire avec son testament patriotique?.. C'est-il qu'il m'aurait fait un viager? Monsieur Fraisier va bien me dire cela! Voyons, le testament est là... et le vieux Schmucke a mis la clef ici... bon...

SCHMUCKE, rentrant.

Chut ! . . Madame Cibot ! . pas de bruit ! . Pons dort !

LA CIBOT

Pardié, je le crois bien qu'il s'endort! il se met dans de tels états!... il est méchant comme un âne rouge!., c'est sa maladie, car en santé, c'est un vrai mouton!.,,

Moi-même, je suis brisé!.. J'ai bien besoin d'un peu de repos!...

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