SCHMUCKE, OLGA, LA CIBOT
SCHMUCKE
Entrez, entrez, ma petite Olga! entrez, vous êtes chez vous maintenant.
LA CIBOT, à fart.
Chez elle ! ah ! ben, ah ! ben! en voilà du nouveau!
OLGA
Oh! mon bon monsieur Schmucke ! comment pourrai-je donc vous remercier?
De faire cette bonne surprise à Pons? allons' donc! vous allez voir comme il va se mettre de moitié dans ma joie! Et puis vous allez remplir la maison, vous ! . .. moi je ne suffisais pas! Vous, vous allez le retenir chez lui, et il sera bien heureux!., oh ! ma bonne madame Cibot, qu'il va être heureux, mon pauvre Pons ! (Bas.) Vous avez bien fait venir tout ce que je vous ai dit?
LA CIBOT
C'est-à-dire que ça va n'être un repas des dieux !.
SCHMUCKE
Bonne femme! cœur sublime!., mettez le couvert, ma bonne madame Cibot... Voici Pons qui va rentrer!
Laissez-moi faire, il n'attendra pas.
Elle met le couvert, sort et rentre apportant des plats. SCHMUCKE.
Vous mettrez un couvert de plus... pour notre enfant.
LA CIBOT, à fart.
Leur enfant! Ah! quel malheur!., un péché de jeunesse!
OLGA
C'est un rêve que vous me faites faire là, monsieur Schmucke! Vous avez pu penser à moi, vous! à la pauvre orpheline si cruellement éprouvée!., je n'avais plus ni parents, ni asile, et je priais bien Dieu qu'il me réunît aux chers morts que je pleure! Mais le bon Dieu ne l'a pas voulu, puisqu'il vous a envoyé vers moi!..
SCHMUCKE
Le bon Dieu, mon enfant, a été plus bienfaisant pour nous
encore que pour vous, puisqu'il laisse votre jeunesse venir réchauffer notre solitude, D'ailleurs vous savez bien que lorsque j'allais cbez votre pauvre père, vous étiez grande commecela,... je vous prenais sur mes genoux, jemettais des marguerites dans votre jolie chevelure blonde et je vous admirais ccVnme cela, sans rien dire. Il me semblait voir passer devant moi le génie de ma pauvre Alsace!., Ah! ma pauvre Alsace!.. (Moment de silence.) Eh bien, si vous me la rappeliez, petite Gretchen chérie, est-ce que je ne serais pas toujours votre obligé?
OLGA
Oh! mon bon monsieur Schmucke, vous êtes un ange de bonté, je le sais bien !.. Dites-moi ce qu'il faut faire pour vous récompenser de vos bienfaits?.. Je les ai acceptés, oh! bien vivement, parce que j'avais peur là-bas, toute seule, dans cette grande chambre où l'on a rapporté il y a quelques jours mon pauvre père mourant, où j'ai reçu son dernier soupir avec son dernier baiser!.. Oui, j'avais peur de la nuit, du silence... et aussi de la misère qui frappait à ma porte et qui aurait pu me souffler de mauvais conseils. (Avec effusion et portant à ses lèvres les mains de Schomeke.) Oh ! merci, merci encore, monsieur Schmucke!
SCHMUCKE
Bonne petite fille! (a part). Elle me met les larmes aux yeux!..
OLGA
Mais puisque vous êtes seuls avec monsieur Pons, j'ai ma place toute trouvée près de vous, puisque vous voulez bien m'offrir l'hospitalité! laissez-moi être votre servante, la gouvernante de votre ménage. Vous verrez comme je vous soignerai !.. et de quel cœur!.. Ah! je sais travailler , allez!.. J'y suis bien habituée'., et je serais si heureuse d'être utile à mes bienfaiteurs!..
LA CIB0T, qui a entendu les derniers mots d'Olga.
Eh bien! n'et moi, donc!
SCHMUCKE
Oui, oui, allez, mon enfant!... nous avons madame Cibot, une femme excellente qui nous soigne comme si nous étions sa famille.
LA CIBOT
Et ça depuis dix ans, mademoiselle! c'est mes vrais enfants, ça! N'alors vous sentez bien que mes messieurs n'ont pas besoin d'une servante !
SCHMUCKE
Non, non, ma bonne madame Cibot! nous savons ce que nous vous devons !