‹ Le couvent de Carmes et le séminaire de Saint-Sulpice pendant la TerreurChapitre 124 sur 200 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

En 1792 cette chapelle était un oratoire. — Elle fut transformée en resserre de jardinier. — Madame de Soyeconrt la fait restaurer. — Son état actuel. — Inscriptions qui s'v trouvent. — Le Puits des Martyrs. — Légende sur l'if de la chapelle. — Encadrements placés sur le mur du jardin. — Colonnette élevée en l'honneur de la première victime. — Escalier du massacre. — If sous lequel les cadavres ont été amoncelés.

Quand on pénètre dans la partie gauche du jardin de l'ancien couvent des Carmes, ce qui frappe les yeux et commande surtout le respect, c'est la chapelle connue aujourd'hui sous le nom de Chapelle des Martyrs. C'est là, en effet, qu'un certain nombre de prêtres ont été massacrés, et les dalles, ainsi que les murs, portent encore l'empreinte de leur sang.

Nous avons vu quelque part que cette chapelle avait été, dans l'origine, affectée à l'usage d'orangerie. Nous avons peine à le croire, à raison même de la situation du bâtiment; mais ce qui est certain, c'est qu'à l'époque du massacre, c'était un oratoire dans lequel on entrait par une large porte cintrée qui faisait face à Vallée du fond.

Voici la description qui en est. faite dans le cahier

29i LA CHAPELLE DES MARTYRS.

des charges, dressé en messidor an v, pour arriver à la vente du couvent :

« La troisième (section du plan) à droite du grand mur de séparation, est couverte partie en ardoises et partie en tuiles. Elle servait d'oratoire; elle est dallée en carreaux de liais, lambrissée et plafonnée en plâtre. A La suite est un autre petit bâtiment distribué de deux pièces, dont une au rez-de-chaussée et l'autre à l'étage ; le tout couvert en tuiles. Dans cette partie de jardin, un puits de trois pieds de diamètre, et dans la deuxième, un bassin en maçonnerie. »

On prétend qu'après être devenu locataire du muvent au mois de mars 1793, le sieur Dufrancastel, jardinier, transforma cet oratoire en écurie.

Il n'y a rien d'absolument impossible à ce qu'il en ait été ainsi. Les idées du temps comportaient assurément une telle profanation. Mais nous n'en avons trouvé aucune preuve, et l'existence d'un dallage dans cette chapelle nous porte à penser qu'on en a fait plutôt une resserre de jardinier qu'une véritable écurie.

Quoi qu'il en soit, le sieur Foréson avait revendu cette portion du jardin les 7 et 9 vendémiaire an xm (30 septembre 1804), par acte passé devant Me Robin, aux sieurs Guillaume Sabatier, demeurant à Paris, place Vendôme, et Jean Bastard, demeurant rue du Grand-Chantier. Le 22 août 1 807, ces derniers procédaient à leur tour à la mise en vente de cette partie du couvent. Madame de Soyecourt s'en rendit adjudicataire, ainsi que nous l'avons dit, le 22 août 1807.

LA CHAPELLE DES MARTYRS. m

La chapelle des Martyrs et le jardin attenant formèrent le sixième lot de l'enchère. Il y fut désigné ainsi qu'il suit : « Le sixième lot, situé rue d'Assas, esl un terrain clos de murs et au fond duquel existe un petit édifice; d'un rez-de-chaussée, autrefois chapelle ou salle de réunion. »

Les enchères partielles pour ce lot montèrent à 10,800 francs. Une fois devenue propriétaire de cette partie du couvent, la plus grande préoccupation de madame de Soyecourt fut de lui rétablir son pieux caractère. Elle conserva avec un soin tout particulier les traces sanglantes dont les murs et les bancs révélaient l'existence, et au mois de mai 181 o, elle fit bénir la petite chapelle sous l'invocation de saint Maurice et de ses compagnons martyrs. Ce fut M. l'abbé d'Astros, alors grand vicaire de Paris, et depuis archevêque de Toulouse, qui procéda à la bénédiction, et cette touchante cérémonie inspira à M. Legris-Duval, prédicateur du roi, un discours qui émut profondément ceux qui eurent le bonheur de l'entendre '.

Ce fut dans cette situation que M. l'abbé Cruice trouva la Chapelle des Martyrs quand il devint directeur de l'Ecole des hautes études ecclésiastiques.

En 1851, lorsqu'eut lieu l'installation des RR. PP. Dominicains, l'église du couvent leur fut exclusivement réservée. M. l'abbé Cruice songea alors à célébrer les offices divins dans la chapelle des Martyrs, et à la

1. M. Legris-Duval est décédé le 18 janvier 1819; son corps repose dans l'église des Carmes,

rendre accessible tout à la fois à ses élevés et aux fidèles qui voudraient **y venir suivre les exercices relit: in i\. A cet effet, il fit construire un bâtiment d'emiron quinze mètres de profondeur, qui se relia à la chapelle, et dont l'entrée fut ménagée du côté de l'allée d'acacias où l'archevêque d'Arles avait été massacré. Ce bâtiment est un peu plus large et plus élevé de plafond que l'ancien oratoire. Il est éclairé par six fenêtres cintrées garnies de vitraux de couleur dont trois réponsentent les armoiries de Mgr Dulau, archevêque d'Arles, et des deux frères de La Rochefoucauld, évoques de Saintes et de Beau vais. Un troisième est voué à la mémoire des prêtres tués aux Carmes et porte cette inscription : Centum et septuaginta presbyteri occubuere pro fide Dei secunda septembris, 1792 *. Les deux derniers contiennent, l'un, l'écusson de M>'r Affre, fondateur de l'École, et l'autre, celui de M** Sibour, le continuateur de cette œuvre. Au-dessus de la porte d'entrée est suspendu un tableau de bois sur lequel on lit :

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