HIC PRO FIDE CATHOLICA XECATIS
DIE SECUXDA SEPTEMBRIS
AN : MDCCXCII.
Sur les parois latérales de la chapelle sont disposés six panneaux qui renferment, inscrits en lettres d'or, les noms et prénoms des prêtres massacrés. Ces noms sont dominés par une large inscription : Hic pro fin i \-
TIIOLICA NECAT1 8UNT, IHE SECUNDA BEPT1 UBRIS MD< CXCII1,
et de place en place on voit fixées au mur des palmes dorées. Deux autres inscriptions terminent l'ornementation de ce sanctuaire. La première, placée du côté droit, est ainsi conçue : /Estimata est afflictio e.ritus illorum et qnod a nobis est iter, exlerminium ; illi autem sunt in pace. — Sap. 3 '-'.
La seconde, qui est située à gauche, en face de la première, nous remet sous les yeux ces versets du livre des Macchabées, qui semblent avoir été composés tout exprès pour les victimes du 2 septembre : Elegerunt magis mori et noluerunt in fr ingère legem Dei sanctam et trucidati sunt 3.
Plus loin, au-dessus du cintre qui sépare l'ancienne chapelle de la nouvelle, on a tracé, en gros caractères, ce passage de l'Évangile :
Beati estis cam maledixerint vobis et persecuti vos fuerintj et dixerint omne malum adversum vos mentientes propter me : gaudete et exultate, quoniam merces
1. « C'est ici qu'ils furent massacrés pour la foi catholique, le 2 septembre 1792. »
2. «On a regardé leur mort comme une véritable affliction; on a considéré comme une extermination ce qui n'est qu'une séparation d'avec nous : eux, au contraire, jouissent en paix. »
3. « Ayant préféré la mort à la violation de la sainte loi de Dieu, ils ont été massacrés. »
ia8 LA CHAPELLE DES MARTYRS.
vestra capiusa est in cœlis ; sic enim persecuti sunt pro-
phetas qui fuerunt ante vos. Saint M vi tiiieu, v1.
Deux branches de palmier naturel ombragent cette inscription.
A l'extrémité gauche du sanctuaire se retrouve le petit bâtiment dont l'existence est signalée dans le cahier des charges que nous avons cité plus haut. Seulement, le plancher qui divisait le rez-de-chaussée et l'étage a été démoli, et le tout ne forme plus aujourd'hui qu'une seule pièce servant de sacristie.
Enfin, sur la droite, on remarque une espèce de renfoncement d'origine récente, et dans lequel se place d'ordinaire un fauteuil en tapisserie de Beauvais, ayant appartenu à l'évêque de cette ville 2.
Telle est la Chapelle des Martyrs, cet ancien oratoire où la mort la plus affreuse est venue frapper de malheureux prêtres, que rien n'a pu défendre contre la rage des assassins. Tel est ce sanctuaire où le sang a coulé de toutes parts.
Honneur donc à la sainte religieuse qui a tout sacrifié pour sauver cet asile du vandalisme révolutionnaire ! Honneur aussi à ceux qui l'ont accepté de ses mains comme un pieux héritage, et qui en ont fait l'objet de la vénération des fidèles !
1. « Bienheureux vous êtes si vous devenez l'objet de persécutions ou de calomnies à cause de moi. Réjouissez-vous et tressaillez d'allégresse, parce que vous trouverez dans le ciel une large récompense. C'est ainsi qu'ont été persécutés les prophètes qui vous ont devancé?. »
2. La Chapelle des Martyrs possède également un rochet, une crosse et une mitre ayant appartenu à Msr Aiïre.
Espérons que les générations à venir le respecteront à leur tour, et qu'eu aucun temps l'édilité parisienne ne permettra que ces vestiges sacrés soient môles à la poussière des démolisseurs, lors même qu'il s'agirait d'assurer la régularité d'un plan tracé à l'avance. On peut remplacer une rue, mais les monuments de ce genre ne se remplacent jamais.
En sortant de la Chapelle des Martyrs, si on s'engage dans un passage qui aboutit à la rue d'Assas, on trouve un puits dont l'orifice est recouvert d'une large pierre surmontée d'une croix en bois. Ce puits porte le nom de Puits des Marhjrs, et d'après une vieille tradition, il servirait de tombeau à quelques-uns des prêtres massacrés dans la chapelle l.
Sans vouloir nier complètement ce fait, notre indépendance d'écrivain nous conduit à le mettre en doute. Il nous paraît, en effet, peu vraisemblable que les massacreurs aient pris la peine d'aller jeter eux-mêmes des cadavres dans ce puits, qui est à une certaine distance du lieu où le massacre s'est accompli ; s'ils avaient voulu user d'un pareil procédé, il existait dans le grand jardin, non loin de l'escalier au bas duquel on égorgeait, un autre puits qui aurait pu mieux leur servir, et cependant jamais on n'a dit qu'il ait reçu la moindre victime. D'un autre côté, le prétendu Puits des Martyrs est décrit avec soin dans le cahier des charges dressé lors de la vente du couvent, et on dé-
1. Quelques écrivains ont été plus loin ; ils ont prétendu que tous les prêtres massacrés avaient été enterrés dans ce puits.
signe môme l'étendue de son diamètre, comme on l'a vu plus haut. Or, si ce puits avait été comblé à cette époque, on n'eût pas manqué de le dire, et s'il n'était pas comblé, c'est qu'il pouvait servir, et que le séjour d'aucun cadavre n'était venu corrompre ses eaux.
Du reste, rien ne serait plus facile que d'éclaircir un pareil mystère ; quelques fouilles intelligentes faites à une profondeur raisonnable vaudraient mieux que tous les commentaires du monde. Aussi les attendronsnous avant de nous prononcer en dernier ressort sur ce point.
Une autre tradition veut que d'un if qui se trouve à côté de la chapelle, devant l'ancienne entrée, il suinte du sang tous les ans au mois de septembre depuis l'année 1792, parce que, dit-on, un prêtre a été massacré au pied de cet arbre. Cette tradition, il est vrai, ne se propage guère que parmi les gens superstitieux ou d'un jugement un peu étroit. Elle prend sa source dans un phénomène de végétation que nous avons constaté nous-même et qui donne à la sève de cet if une couleur rougeâtre ; mais, hâtons-nous de le dire, les honorables ecclésiastiques qui habitent cette partie de l'ancien couvent sont les premiers à combattre une telle croyance.
En face de cet if, on remarque, le long du mur sépar,i til' du fond, un encadrement en plâtre, qui indique qu'un prêtre a été tué à cet endroit. En second encadrement du même genre existe également sur le mur eu face l'allée du milieu.
Plus loin, à quelques pieds du bassin situé au centre du jardin, et près d'un banc qui existait déjà en 1792, on a élevé une petite colonne de pierre sur laquelle est gravée l'inscription suivante :