LE DISTRICT DES CARMES
peu de temps après la réunion des États généraux, les circonstances les plu- graves modifièrent complètement les vues à cet égard.
La fameuse séance du Jeu de paume, le renvoi de Necker, les discours en plein vent de Camille Desmoulin-, et surtout la poursuite dont le peuple fut l'objet dans les Tuileries de la part du régiment que commandait le prince de Lambesc, jetèrent dans Paris une agitation des plus grandes. La population se souleva dans divers quartiers et réclama la réunion immédiate de ses électeurs. Ceux-ci y consentirent non sans quelque hésitation, et, après avoir délibéré entre eux, ils ordonnèrent la création d'une milice bourgeoise de trente mille hommes, et prescrivirent aux districts de se réunir immédiatement dans les mêmes salles où les votes avaient été recueillis, et de veiller ainsi au maintien de l'ordre dans Paris.
Cette nouvelle réunion des districts eut lieu le 13 juillet 1789. Le lendemain la Bastille n'existait plus.
Le premier soin des citoyens dans chaque district fut de se constituer un comité. Vingt-cinq personnes composèrent celui du district des Carmes. Ce furent MM. Ducis, président; Delagrey, vice-président; Lefèvre, secrétaire; Faureau, Pelletier, Ceyrat, Basselard, Carcel, Rey,Lenne, Blanchct, Lasnier, Oblin, Cyrand, Gagnié, Ladey, GuiïTemain, Colson, Tardif, Bourgarel, Boulay, Deyeux, Dubail-Desfontaines, Pain et Botman, membres.
Les assemblées générales ne devaient se tenir, en principe, que le premier dimanche de chaque mois ; mais la gravité des événements rendit ces réunions beaucoup plus fréquentes, et créa entre le district et les Carmes-Déchaussés des relations dont on n'eut qu'à s'applaudir de part et d'autre.
C'est ainsi que, dès le 17 juillet 1789, le prieur consentait, sur la demande du comité, à être le dépositaire des contributions que les citoyens apportaient ', et que deux jours après, le district empruntait, comme marque distinctive, le blason même des religieux a.
Ces derniers, de leur côté, s'attachèrent à rendre une foule de petits services aux membres du district, en se chargeant, par exemple, de leur procurer les différents objets nécessaires au comité, et dont celui-ci usait avec la plus sévère économie 3, ou en mettant à leur disposition l'église même du couvent, toutes les
1. Extrait des procès-verbaux du district des Carmes. 17 juillet 1789. — Le révérend Prieur des Carmes a été prié d'être le dépositaire des contributions que les citoyens apporteront. Le comité l'a nommé d'une voix unanime, et le révérend père a accepté
(Archives de la Préfecture de police.)
2. 19 juillet 1789. — Arrêté à la pluralité que la marque distinctive des membres du district des Carmes sera formée par le blason des Carmes, portant pour légende : a Pro patrie et reye. »
(Archives île la Préfecture de police.)
3. 6 août 1789. — Arrêté qu'à compter de ce jour le comité ne sera plus éclairé qu'avec de la chandelle au lieu de bougie, et que, sur l'offre faite par M. Boizot, d'un réverbère pour la salle de l'état-major, elle a été acceptée avec remerciments.
24 septembre 1789. — Bon donné au père procureur pour recevoir du père Prieur la somme de 80 1. 12 s. pour frais de chandelle, papier, cire d'Espagne et autres choses fournies pour l'usage du comité et de l'état-major.
(Archives de la Préfecture de police.)